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samedi 16 mars 2013

Les Amants du cercle polaire - Los amantes del círculo polar, Julio Medem (1998)


Otto et Ana se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Ils s’en remettent au hasard pour se retrouver au cercle polaire en Laponie étant adultes.

Poétique, envoutant et rêveur, Julio Medem signe un vrai bijou romantique avec Les Amants du cercle polaire. Ses thèmes sur l'amour, la destinée et le hasard n'ont jamais été plus prononcés que dans l'intrigue flottante de ce film. La scène de rencontre des deux héros annonce déjà la symbolique au cœur du récit. Otto et Ana se connaissent depuis l'enfance, leur route s'étant croisée avant même qu'ils connaissent l'identité l'un de l'autre. Voulant rattraper un ballon échappé à la sortie de l'école, Otto cavale après et se retrouve à partager la course d'Ana qui s'écroule bientôt devant lui. Ils ne partageront là qu'un regard intense mais leur destin se trouve dès lors liés. Ils ne couraient pas dans la même direction pour la même raison, lui pour rattraper un ballon, elle pour fuir son chagrin et celui de sa mère suite à la mort de son père. Après cette rencontre leur vie va suivre une ligne commune, un cercle qui malgré les aléas de la vie et les épreuves va les amener à se retrouver constamment jusqu'à un final improbable en Laponie.

Medem fait de cet élément le moteur de sa narration où l'on suivra le point de vue d'Otto et Ana sur les même évènements (le ton adoptant leur personnalités, tourmenté et passionné Otto, doux et rêveur pour le point de vue d'Ana) puis lorsqu'ils seront éloignés physique sur une même période de leur existence commune de tout manière constamment amenée à se rejoindre. Une magie s'instaure alors dans cet amour naissant avec des retrouvailles attendues mais toujours surprenante pour les protagonistes et le spectateur, donnant quelques-unes des plus belles scènes du film. On pense à ce moment où enfant, Otto attends Ana à la sortie de l'école pour lui déclarer sa flamme, qu'elle n'arrive pas et que dépité en pénétrant dans la voiture de son père il la découvre installée là, l'attendant et souriante.

Autre moment somptueux, Otto se rendant de nuit dans la chambre d'Ana suite à son invitation, dépité de la trouver endormie retourne dans la sienne et la trouve l'attendant dans son lit, le tout filmé avec une grâce inouïe par Medem. Avec peu de mots le réalisateur tisse la complicité et le monde intérieur de ces amoureux, l'extérieur n'existant pas (tout ce qui est lié à leur vie personnelle/professionnelle sorti de leur relation est traité en ellipse) où se pliant à eux tel la relation amoureuse entre leur parent lorsqu'ils sont enfants. Le montage tout en restant relativement linéaire multiplie les inserts passés et futurs, réels ou fantasmés ainsi que les symboles et détails étrange mais qui trouveront leur explications au moment opportun. Les allusions à cet éternel recommencement sont contenus jusque dans les prénoms des protagonistes formant un palindrome puisque se répétant même tournés à l'envers.

Le film est incroyablement riche dans les thèmes explorés. L'ensemble est autant ancré dans le réel que le fantasme dans les bonheur et traumas de ses héros. On aborde ainsi quasiment le conte, le deuil et la séparation se mêle à l'œdipe (Ana et Otto comblant ensemble la perte et/ou l'absence d'un de leur parents) avec un soupçon de trouble coupable puisque les héros élevés comme frères et sœurs se dissimulent pour assouvir leur passion.

Il y a du Douglas Sirk dans la manière qu'à Medem de faire surgir la puissance mélodramatique de façon improbable (Otto qui devient pilote d'avion avec la facilité d'un Rock Hudson médecin dans Le Secret Magnifique, le saut en parachute, l'apparition d'un cerf façon Tout ce que le ciel permet) sans jamais tomber dans le ridicule, on est dans l'onirisme le plus prononcé où les évènements défilent comme dans un rêve seul importe les prochaines retrouvailles.

Après avoir été les jouets du hasard et du destin tout au long du récit, nos amants vont tester leur amour en provoquant ce destin à leur tour pour une rencontre impossible au cercle polaire en Laponie. Là encore le lieu n'est pas innocent puisque cela arrive au moment où inversement à la nuit polaire où l'obscurité est continue en hiver, la rencontre se fera en été où le soleil et les journées sont continus et formant donc un cercle à la manière de l'amour éternel d’Otto et Ana. Julio Medem immortalise cela avec un terrible rebondissement final et une idée de cinéma sublime qui fige cette romance de la plus belle des façons. Grand mélo contemporain.


Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

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