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dimanche 13 mai 2012

Celui par qui le scandale arrive - Home From The Hill, Vincente Minnelli (1960)


Texas. Wade Hunnicutt (Robert Mitchum) est blessé au cours d’une partie de chasse par un mari jaloux. Ceci n’étonne personne puisque ce riche propriétaire terrien a la réputation d’être un incorrigible coureur de jupons. D’ailleurs, son épouse Hannah (Eleanor Parker) lui refuse sa couche depuis qu’il a eu un fils naturel, Rafe (George Peppard), d’une de ses innombrables maîtresses. Leur fils Théron (George Hamilton) souffre de l’ambiance délétère qui règne entre ses parents ; cet adolescent naïf se retrouve tiraillé entre l’influence très protectrice de sa mère et celle dominatrice de son père qui décide d’en faire un homme. Pour parfaire cette éducation virile, il demande l’aide de son fils illégitime qu’il n’a pourtant jamais reconnu ni traité comme tel.

Vincente Minnelli réalisait avec Home from the Hill une sorte de pendant inversé de son grand mélodrame de l'année précédente, Comme un torrent. On retrouve dans les deux films plusieurs éléments communs et typiques du mélo 50's : petites villes provinciales, amours coupables et contrariés, secrets inavouables... Mais alors que Comme un torrent était un drame intimiste ne laissant qu'avec parcimonie exploser son lyrisme (sa puissante scène finale notamment), Minnelli use sur Home from the Hill de toute la grandiloquence et flamboyance dont il est capable pour narrer ce tragique récit familial. Le film entier semble partagé entre élans mythologique et imagerie americana constamment ramenés à une cruelle réalité par l'errance de ses personnages.

Le symbole de cet entre-deux est la figure du fils Theron (George Hamilton). C'est à travers son initiation puis sa chute que se révèleront les qualités et les fautes de chacun dans un crescendo dramatique puissant. Jusque-là choyé par sa mère qui forgera son caractère paisible, il sollicite son père Wade (Robert Mitchum) après une énième moquerie pour faire son éducation d'homme afin qu'il ne soit plus jamais considéré comme un mummy's boy. Wade est un puissant propriétaire texan autant respecté pour son charisme et son courage que détesté pour sa réputation de coureur de jupons qui lui attire le courroux d'un mari jaloux dès la scène d'ouverture.

Des années plus tôt à la naissance de son fils, il avait abandonné son éducation à sa mère Hannah (Eleanor Parker) comme pardon à une nouvelle infidélité soldée par l'apparition d'un fils illégitime, Rafe (George Peppard). La reprise en main de Theron représente donc symboliquement une possible reconstruction de cette famille brisée, le meilleur des deux parents en conflit renaissant en ce fils aimant et conduisant à une possible réunion.

La première partie déploie donc son lot d'images puissantes pour signifier l'accomplissement de Theron (George Hamilton entre candeur innocente et âme torturée très bon) : expédition en forêt, apprentissage du tir, rite de la chasse, premiers flirts avec le sexe opposé... Tous ses aspects sont magistralement résumés dans la séquence où Theron va seul chasser un sanglier sauvage. La "Bête" n'est qu'un grognement indistinct et monstrueux dont la menace n'est signifiée que par ses victimes déchiquetées et se déplaçant dans une forêt touffue à laquelle Minnelli confère une aura surnaturelle et sauvage (le tournage s'étant partagé entre décors naturel et studio).

La scène a été en partie tournée dans des marécages de souffre baignés de nuages jaunes et l'ombre de Theron se faufilant entre les arbres avec un tel arrière-plan renforce encore l'aspect mythologique de ces visions infernales et grandioses (et atténuant la légère déception de la découverte de l'animal un cochon maquillé en sanglier). Ayant vaincu l'animal et ses peurs dans un même mouvement, Theron est devenu un homme et c'est pourtant bien là avec cette perte d'innocence que son enfer va commencer.

Au centre du conflit opposant sa mère protectrice et son père dominateur, Theron va devenir un être tourmenté et brisé lorsqu'il en découvrira la cause. C'est bien sûr son frère illégitime Rafe qui s'accommode de sa fonction subalterne et l'aura accompagné avec bienveillance durant son initiation. Le jeune homme en quête de perfection découvre les injustices du monde et ne peut accepter le sort réservé à son frère, s'abandonnant dans une solitude où il s'aliène ses parents désormais impurs, son statut et aussi sa petite amie associée désormais à une reproduction future de son propre foyer destructeur.

Filmant désormais une réalité et non plus un idéal, la mise en scène de Minnelli revient à hauteur d'homme pour saisir les déchirements de cette famille avec nombre de moments marquants et portés par des acteurs au sommet de leur art. Eleanor Parker entre froideur et expressivité est fabuleuse en mère constamment hésitante entre protéger son fils et blesser celui qui l'a tant fait souffrir. La scène où elle révèle le terrible secret à Theron le visage défait contraste magnifiquement avec la silhouette glaciale levant à peine les yeux sur son époux en début de film.

En parfait équilibre entre outrance et retenue elle bouleverse même lors du finale où elle se plie comme atteinte dans ces entrailles face à un Mitchum mourant. Celui-ci confère une belle humanité à un être qui aurait pu être facilement détestable mais dont il sait dévoiler les qualités à travers l'amour de son fils mais également la dureté et le mépris du puissant tel ce terrible dialogue face au père de la fiancée de Theron tombée enceinte.

La grande révélation est ici George Peppard dont c'est seulement le troisième film. Image vivante de la culpabilité et de la rancœur des uns, de l'amour et de la fidélité des autres, son Rafe (personnage ne figurant pas dans le livre William Humphrey dont le film est adapté et ajouté par les scénaristes) par sa présence apaisée et mélancolique est finalement l'élément rassembleur qui contre tout attente deviendra le pivot d'un futur plus calme pour la famille.

Minnelli offre un spectacle plein de bruit et de fureur où il multiplie les symboliques associant constamment ses velléités mythologiques une certaine vision de l'Amérique. La plus intéressante et significative est celle du fusil dont les coups de feu forment à chaque fois un basculement et une forme de de transition dans le récit, comme un révélateur. Celui d'ouverture auquel échappe Wade symbolisent les failles de celui-ci (d'autant qu'il est sauvé par son fils illégitime), le tir dans la cheminée amorce lui le rapprochement du père et du fils tandis que celui-achevant le sanglier signifie comme déjà dit la maturité de Theron.

Le tir final est un déchirement et une libération à la fois où Wade délivre Theron d'une destinée trop lourde pour lui tandis que le "bâtard" peut enfin retrouver la place qu'il mérite comme le montre le bel épilogue au cimetière. Victime d'un accueil glacial à sa sortie (et notamment à Cannes où il fut présenté en 1960) le film retrouve aujourd'hui la place qu'il mérite parmi les grands Minnelli.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

2 commentaires:

  1. Bonsoir, un de mes films préférés de V. Minelli avec Comme un torrent. Je ne me lasse pas de le revoir. Merci pour tous ces billets. Bonne fin d'après-midi.

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  2. Merci Dasola ! J'aime beaucoup "Comme un torrent" également même si je suis un poil plus mitigé que face "Celui par qui le scandale arrive" qui m'a ébloui de bout en bout, à revoir sans doute ! J'en parlais là sur le blog

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2011/02/comme-un-torrent-some-came-running.html

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