Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 31 mai 2012

Mélodie en sous-sol - Henri Verneuil (1963)


Charles, la soixantaine, tout juste sorti de prison, ne se fait plus tout jeune. Il retrouve difficilement son pavillon à Sarcelles, où ont poussé les barres et les tours. Son épouse Ginette lui propose de déménager dans le Sud, de prendre un commerce et de couler des jours heureux, mais Charles ne conçoit qu'un seul genre de retraite : dorée et au soleil. Pour cela, il doit faire un autre coup, le dernier, celui « d'une vie » et cette fois ce sera la bonne : le casino de Cannes. Tout est prêt. Il ne lui manque qu'un complice, il ne peut pas faire le coup tout seul. Il contacte alors un jeune malfrat rencontré en prison, Francis Verlot.
Verneuil réalise avec ce Mélodie en sous-sol le mètre-étalon du polar à la française, bien meilleur que son surestimé Clan des Siciliens divertissant mais souffrant trop de sa volonté de faire « à l’américaine » quand ici on trouve une vraie identité. Le résultat est toujours aussi impressionnant par la grâce d’un travail collectif brillant.


Le scénario (adapté de la série noire The Big Grab de John Trinian) est parfaitement équilibré entre la construction limpide d’Albert Simonin notamment la première partie, modèle du genre dans sa présentation efficace du background des personnages des enjeux et des motivations de chacun, tel le retour de Gabin dans ce Sarcelles déjà hideux de barre d’immeuble impersonnelles. Audiard au dialogues aligne lui les répliques d'anthologies (dont des envolées de machisme typique de l’époque, le passage où la femme d'un ex associé hausse le ton et Gabin qui balance "Tu lui claque pas le beignet ?") tandis Verneuil ne s’en laisse pas compter avec quelque idées de génie puisque le légendaire final dans la piscine serait entièrement son invention.


Gabin déborde de classe en vieux gangster bougon et méticuleux bien décidé à mener la grande vie grâce à son dernier gros coup, avec sous son aile un Alain Delon magistral en jeune vaurien dont la beauté confère une réelle prestance sauvage dans les milieux huppés de la côte d'azur. Maurice Biraud en monsieur tout le monde embarqué dans l'affaire tient un rôle un peu voisin de celui des futurs Cave se rebiffe et La Grande Sauterelle et convainc toujours autant dans ce registre.


La réalisation Verneuil est impressionnante par sa précision et son art d’instaurer la tension notamment lors du braquage avec des cadrages et mouvement de caméra millimétré et un sens du rythme bluffant pour mener les actions simultanées. C’est pourtant lors du final figé et dramatique qu’il atteint des sommets L'Ultime razzia de Kubrick n’est pas loin), captant toute la détresse de Gabin et Delon (magnifiquement stoïque dans la défaite cruelle) par la seule force de sa mise en scène, tout cela en nous ayant stressé un maximum dans tout ce qui précède lorsque les héros essaient de passer inaperçu au milieu des flics. La perfection faite polar, parfois il n’y a juste qu’à aligner les compliments.



Sorti en dvd zone 2 français chez Europa

Extrait

2 commentaires:

  1. Tout à fait d'accord avec vous, Justin, ce film est un chef d’œuvre du genre.
    Et comme j'aime bien les petits souvenirs personnels, je me rappelle l'avoir vu lors de sa sortie dans un cinéma de la rue du Maine... et je me souviens parfaitement du brouhaha dans la salle quand l'un des personnages a cité cette avenue... Nous étions sur les lieux de l'action, et toute l'assistance en a soupiré d'aise et de connivence!
    Delon était si beau et Gabin si imposant!

    Quelqu'un se rappellerait-il ce grand cinéma de l'avenue du Maine, dans le 14ème arrondissement de Paris?

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  2. Trop jeune our avoir connu cette salle mais belle anecdote, ça doit être amusant de constater que l'on est pile dans la zone d'action film ! Lors des jours fériés récents le film est repasser dans une horrible version colorisée sur France 3 j'en ait vu 5 minutes affreux. Ca m'a inciter à le revoir dans son beau noir et blanc originel et l'occasion de saluer en plus la très belle photo de Louis Page.

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