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mercredi 30 mai 2012

Le Cygne - The Swan, Charles Vidor (1956)


Vers 1910, la princesse Béatrice rêve de voir sa fille Alexandra épouser son cousin Albert. Une rencontre est organisée, mais Albert fait peu attention à sa cousine. Dès lors, Béatrice décide de frapper fort et d'exciter la jalousie du fier prince...

The Swan est un film en forme de prémonition puisque dans cet avant-dernier rôle avant la rencontre et le mariage avec le Prince Rainier (le dernier étant la comédie musicale Haute Société la même année) Grace Kelly incarne déjà une princesse.

Le film est la troisième adaptation de la pièce de Ferenc Molnár après celle muette réalisée en 1925 et One Romantic Night (1930), seconde version parlante avec Lilian Gish. L'humour piquant, le marivaudage et le luxe flamboyant des décors et costumes dans ce pétaradant technicolor laisse à penser que l'on va assister à un joli conte de fée moderne. Cette facette demeure surtout dans l'esthétique finalement puisque le ton va s'avérer étonnement cruel et mélancolique.

C'est l'effervescence au château de la princesse Béatrice (Jessie Royce Landis) depuis que cousin Albert et Prince héritier a annoncé sa visite. Béatrice souhaite en effet voir le prince succomber au charme de sa fille la magnifique Alexandra surnommée "le cygne" et voir celle-ci redorer le blason de la famille en devenant la future reine. Problème le prince s'avère un piètre séducteur, enfantin, lunaire et peu attentif à Alexandra. Dès lors Béatrice décide d'employer une autre méthode en titillant la jalousie d'Albert grâce au beau précepteur français (Louis Jourdan) officiant au château mais sans en mesurer les conséquences.

Le début du film est des plus enlevé grâce à l'abattage de Jessie Royce Landis en marieuse affairée, le tourbillon de couleurs de la direction artistique somptueuse est un régal pour les yeux et la maladresse (voir la goujaterie) involontaire d'Alec Guinness offre de joyeux moments comiques.

A l'aise en toute circonstance, le prince préfère donc faire une longue grasse matinée ou encore aller jouer au football avec les enfants plutôt que de faire la cour à une Grace Kelly dépitée. Sous cette légèreté le drame s'annonce pourtant à travers les regards à la dérobée et énamouré du modeste Louis Jourdan qui a bien du mal à contenir ses sentiments.

Le sort n'en sera que plus cruel quand il se verra sollicité par Alexandra et comprendra qu'il n'a été qu'un instrument pour en attirer un autre. Louis Jourdan, "french lover" attitré d'Hollywood à l'époque et plus habitué à la séduction fourbe d'ordinaire (Lettre d'une Inconnue, La Flibustière des Antilles, Madame Bovary) met tous les atouts de ses rôles lus trouble au service d'une sincérité qui le rend très touchant.

La mièvrerie n'est jamais loin mais il trouve toujours le ton juste tel cette échappée en chariot avec Grace Kelly, sa colère finale où il laisse enfin exploser ses sentiments après s'être tant contenu et répond au prince en personne.

Grace Kelly est tout aussi émouvante, jeune femme ambitieuse au départ mais peu attirée par Guinness et qui se laissera déborder par des sentiments inattendus face à l'ardeur de Jourdan, une scène d'escrime ayant sobrement souligné le lien sentimental et érotique les liants.

Plutôt glaciale au départ, l'actrice s'orne d'une innocence et d'une candeur très attachante comme surprise de ce qu'elle ressent et comme Jourdan la mièvrerie pointe sans jamais se manifester lors des scènes d'amour tout en retenue entre eux. Alec Guinness navigue entre les deux, insouciant puis bienveillant lorsqu'il verra sa chance passée. Agnes Moorhead en Reine est assez irrésistible aussi lors de son apparition finale.

On relève surtout les performances des acteurs dans la réussite tant la mise en scène de Charles Vidor semble fonctionnelle. Le cadre est mis en valeur de manière très impersonnelle malgré le faste de la MGM, des séquences qui appelaient à plus de démesure comme la scène de bal brillent plus pour leur direction artistique que l'illustration qu'en donne Vidor. On aura néanmoins quelque cadrage intéressant dans le placement des personnages dans l'espace pour dynamiser les nombreuses scènes de dialogues mais rien de vraiment impressionnant.

Sous le marivaudage le film se montre d'une étonnante noirceur où les sentiments sincères se voient sacrifiés au nom de l'apparat et vite étouffés par pudeur ou par étiquette. Le titre de la version de 1930 One Romantic Night soulignait le caractère éphémère de ce rapprochement possible des classes et de cette passion et c'est ce même sentiment qui domine lors du final où tout doit revenir à sa place, pas forcément par les entraves que l'on croit.

Grace Kelly est formidable dans ces derniers instants et mérite enfin cette appellation de Cygne dont elle doit adopter l'attitude désormais : élégante, gracieuse froide et imperméable à ce qui l'entoure. Un an plus tard la fiction rejoignait la réalité, Grace kelly devenait Grace de Monaco et allait apprendre à son dur les durs obligations du statut princier.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans la collection Trésors de la Warner et en zone 1 en Warner Archives sans sous-titres.

Extrait

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