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mercredi 12 février 2020

My Heart Is That Eternal Rose - Sha shou hu die meng, Patrick Tam (1989)

Rick et Lap sont des amoureux dont la romance est brisé par le meurtre de l'inspecteur Tang dans lequel Rick et son père sont impliquées. Quelques années plus tard, Rick et Lap se retrouvent alors qu'il est tueur et qu'elle est devenue la fiancée du puissant boss Shen. Malgré les années, ils s'aiment toujours, mais cela n'échappe pas à Shen, ni à son homme de main Lai Liu. Rick et Lap trouve un allié en la personne de Cheung, un membre de triade, timide et amoureux lui aussi de Lap.

My Heart Is That Eternal Rose est un beau film dont l'échec signera malheureusement le retrait de la réalisation pour Patrick Tam qui ne repassera derrière la caméra qu'en 2007 pour After This Our Exile. Patrick Tam se frotte ici au polar héroïque alors en vogue à Hong Kong et plus spécifiquement la veine très mélodramatique de John Woo. Patrick Tam se déleste cependant de l'action hypertrophiée de ce dernier ainsi que de son emphase dramatique naïve et surannée. On retrouve en fait un peu l'idée de Nomad (1981) avec un groupe de personnage en quête d'ailleurs mais empêchés d'échapper à leur condition, à leur mal-être. Quand cela semblait plus existentiel dans Nomad, c'est le poids du passé qui constitue ici une chape de plomb condamnée à se transmettre.

Le passé criminel de son père et une mission ratée va ainsi briser la vie de la jeune Lap (Joey Wong), condamnée à devenir la maîtresse du boss mafieux Shen (Chan Wai-Man) et à voir son fiancée Rick (Kenny Bee) s'exiler pour sauver les apparences. Quelques années plus tard, elle n'est qu'un joli trophée qu'expose Shen et vit dans le souvenir de Rick. Ce passé à donc dévié le destin des personnages de sa trajectoire, les emprisonnant dans ce monde du crime puisque Rick est devenu à son tour un redoutable tueur à gage. Les retrouvailles et explications entre Rick et Lap pourraient cependant leur faire renouer avec une existence paisible mais leur environnement va constamment les rattraper.

Si la trame est relativement classique, le traitement de Patrick Tam fait échapper le film au commun des polars hongkongais. On retrouve quelques éléments classiques notamment dans les scènes d'actions qui cèdent parfois aux fusillades au ralenti, mais pour l'essentiel la violence est sèche, brutale et douloureuse (voir l'assassinat en plein jour commis sans fioritures par Rick). La première partie du film est celle de l'innocence et du paradis perdu où l'image retrouve les accents ouaté, diaphane et papier glacé de Nomad. Lorsque les personnages s'avèrent désormais avilis par leurs expérience, la magnifique photo de Christopher Doyle tisse un écrin stylisé, tout en jeu de lumière bariolé et opaque, jouant sur l'urbanité hongkongaise pour les extérieurs et l'artificialité des espaces hédonistes (boite de nuit, bar, restaurant) pour les intérieurs.

Les respirations naturalistes et synonymes d'espoir entrecoupent cependant ce climat oppressant, notamment le motif de la mer et du bateau (une fois de plus comme dans Nomad) possible passeport pour un ailleurs plus clément. Les lieux ont d'ailleurs souvent une fonction double, la corniche de bateau signifiera la séparation initiale puis le vrai départ du couple, le lieu du crime qui les séparent en début de film sera celui où ils trouveront refuge bien plus tard et enfin le restaurant du père voit leurs jeux amoureux innocents avant d'en illustrer ensuite la nostalgie (et le fossé qui les séparent puisque tous deux s'y rendent sans se croiser).

Le personnage de Cheung (Tony Leung Chiu-wai parfait de candeur juvénile), jeune homme de main mafieux, est à la croisée des chemins de la bascule morale du couple Lap/Rick. C'est un amoureux transi et un observateur impuissant du drame en marche, mais qui parviendra à maintenir son innocence et sens moral quand ces aînés n'en auront pas eu le choix. Tony Leung Chiu-wai est excellent et offre une prestation toute en nuance pour un personnage attachant qui écarte le film de la seule dynamique d'action et de drame, pour ce qui est aussi un récit d'espoir et de rédemption.

Les méchants sont nettement moins subtils (même si sous la cruauté de Shen on devine l'amant meurtri mais qui ne sait l'exprimer que par la violence du gangster) et en particulier un Gordon Liu (affublé d'une perruque avant de retrouver son crâne rasé) loin de la noblesse de ses rôles martiaux et ici en homme de main sacrément pervers. My Heart Is That Eternal Rose empruntant au film de triade et au polar d'action sans tout à fait en être un trouve sa force dans cet entre-deux, même si ce sera sans doute une des raisons de son échec commercial et du retrait de Patrick Tam (qui officiera néanmoins en tant que monteur notamment pour son poulain Wong Kar Wai sur Nos années sauvages (1990) et Les Cendres du temps (1994)).

Sorti en dvd zone 2 hongkongais mais patience une édition française arrive au mois de juin chez Spectrum Film 

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