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jeudi 20 février 2020

Burning Snow - Xue zai shao, Patrick Tam (1988)

Une adolescente taïwanaise est vendue par ses parents à un homme violent pour devenir sa femme. Celui-ci la viole et la maltraite. Son destin va changer lorsqu’elle rencontrera un fugitif en cavale dont elle va tomber amoureuse…

Patrick Tam s'éloigne des environnements urbains hongkongais habituels de ses films avec ce drame rural oppressant filmé à Taïwan. Nous y suivant le destin tragique de Cher (Chuan-Chen Yeh), une adolescente vendue par nécessité par ses parent à Chung (Wong Yee-Luk), un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Le train de vie austère et le cadre rural rigoureux installe une forme de monotonie le jour, contrebalancée par des nuits cauchemardesque où Chung brutalise et abuse continuellement de Chung. Dès la scène d'ouverture où on l'observe nue faisant sa toilette avant sa "nuit de noce", Cher apparaît au spectateur comme proie et victime. Ces maigres tentatives de rébellion ne pèsent guère face à la violence et au désir féroce de cet homme. Ce n'est finalement qu'en l'épuisant par le sexe qu'elle s'offrira un court répit, Chung devant séjourner à l'hôpital après une attaque cardiaque. Elle va alors rencontrer Wah (Simon Yam), un fugitif en cavale qu'elle va dissimuler et dont elle va tomber amoureuse.

Le décor sauvage et minimaliste n'empêche pas Patrick Tam de déployer ses motifs formels habituels. La photo bleutée de Christophe Doyle apporte une teinte stylisée et oppressante aux ambiances nocturnes où Tam joue des ombres et silhouettes pour exprimer par l'image la notion de dominant/dominé du couple. Les battants du semblant de salle de bain sont une fenêtre voyeuriste sur le corps nu et offert de Cher, quand à l'inverse une fenêtre de la maison donnant sur la mer déploie un cadre dans le cadre avec cette vue synonyme d'un ailleurs rêvé - image décidément récurrente chez Patrick Tam qu'on retrouve dans Nomad (1982) ou My Heart is a eternal rose (1989). Le réalisateur façonne une nouvelle fois une figure féminine en construction, en quête d'échappée et émancipation avec la frêle Cher portée par l'interprétation fébrile de Chuan-Chen Yeh. Simon Yam offre un pendant masculin étendant ce regard social sur les opprimés, condamné à tort et incarnant finalement lui aussi une victime du système, épié et traqué. Le rapprochement entre eux se fait par l'attitude bienveillante masculine surprenante pour Cher lorsque Wah l'aidera à faire redémarrer sa voiture sous la pluie.

Dès lors la jeune femme est curieuse de cet homme calme et doux, le regard voyeur s'inversant quand elle observe à son tour Wah à la dérobée dans la salle de bain (Patrick Tam utilisant la même valeur de plan que les scènes voyeuristes initiale). Quand son mari n'a que les coups et les vociférations comme interaction avec elle, les silences et les regards troublé traduisent avec bien plus de force l'émoi qui ébranle Wah et Cher. En observant une autre facette de la masculinité, Cher se découvre également en tant que femme voué à autre chose que la gestion du foyer et la procréation (plusieurs dialogues violents ou plus doux mais insidieux du mari et de sa belle-sœur la condamnant à ce seul statut). Cela débouche alors sur un éveil érotique à la fois commun lors des douces et fiévreuses scènes d'amour, mais également solitaire dans les scènes où elle semble comme découvrir son corps nu et pâle, sans ce point de vue extérieur qui en faisait un gibier offert au prédateur masculin. La bande-son envoutante participe de ce romanesque intimiste.

Malheureusement Patrick Tam ne s'entendit pas avec ses producteurs qui effectuèrent des coupes au montage, le film existant dans deux versions, une taïwanaise expurgée des scènes érotique et une autre plus explicite (Patrick Tam les renie, sa version idéale étant un mélange des deux montages). Du coup le film comporte quelques maladresses avec des personnages sortant abruptement du récit (le nain qui offrait une autre figure d'opprimé disparait de façon un peu sèche), des enchaînement de séquences maladroits et des séquences captivantes qui s'arrêtent trop vite (Cher venant apporter des provisions en cachette à Wah). Il faut tout le charisme de Simon Yam pour rendre touchant son personnage qu'on aurait aimé voir plus creusé, tant les pistes à creuser semblaient nombreuse.

On regrettera aussi parfois un côté un peu putassier dans l'érotisme glauque. Les abus dont est victime Cher sont aisément compréhensible à travers la figure de l'époux ogre, quelle utilité d'en rajouter avec une agression par des jeunes citadins oisifs ? Le côté programmé de la tragédie (l'écho formel superbe entre l'ouverture et la conclusion) fait aussi prendre des détours curieux au scénario avec Cher qui construit presque son malheur par sa naïveté. Malgré ces menus défauts, Burning Snow n'en reste pas moins une œuvre prenante et marqué du sceau de son auteur.

Pour l'instant inédit en dvd malheureusement

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