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dimanche 16 février 2020

Chaudes gymnopédies - Jimunopedi ni midareru, Isao Yukisada (2016)


Shinjin, un réalisateur has-been à l'égo surdimensionné, met dans son lit tout un tas de femmes, jeunes ou plus âgées, pour se sentir mieux. Dans le même temps, la production de son dernier long métrage est mise en péril quand son actrice principale quitte le projet. Ses derniers moyens de gagner de l'argent s'envolent et Shinjin est désemparé...

Chaudes gymnopédies s’inscrit dans le projet de revival des Roman Porno de la Nikkatsu, en cherchant à retrouver l’audace des classiques des années 70 mais thématiquement revus au goût du jour. La démarche s’avère d’ailleurs assez directe avec Chaudes gymnopédies qui est le remake de L’extase de la Rose noire de Tatsumi Kumashiro (1975). Seul le point de départ s’avère néanmoins identique, à savoir un cinéaste lâché par son actrice principale qui va tout au long du récit errer en quête de rédemption artistique chez Kumashiro, et dans un questionnement plus existentiel chez Isao Yukisada. La différence vient du statut des deux personnages principaux. Le héros de L’extase de la rose noire est un outsider œuvrant dans le cinéma porno amateur, mais dont la fièvre érotique et la foi en son art aide à surmonter tous les obstacles.  A l’inverse, Shinji (Itsuji Itao) est un cinéaste classique au succès lointain et dont le déclin l’amène à tourner un film érotique dont la production va tourner court.

L’errance du personnage de Kumashiro était donc pleine d’énergie décalée et picaresque, le contexte libertaire et une certaine dimension méta rendant ludique tous les apartés érotique. Rien de tout cela avec Shinji qui traîne sa peine au fil des rencontres et situations incongrues qui ne le grandissent pas. Son aura déclinante de cinéaste prestigieux et de « sensei » l’amènent à séduire abusivement des jeunes femmes, ou alors à recroiser d’ex amantes ou épouses partagées entre affection, pitié et mépris pour lui. Notre héros blasé exécute d’ailleurs selon une même gestuelle brutale chacune des étreintes avec ces partenaires féminine, n’en tirant aucun plaisir si ce n’est celui de la domination. Le film est bien plus proche du travail d’un Hong Sang Soo que des classiques plus méta et introspectifs mettant en scène un cinéaste comme Stardust Memories de Woody Allen (1980) ou 8 ½ de Federico Fellini (1963). L’érotisme ne fonctionne donc pas par le prisme du personnage principal ou alors de façon détournée et discutable, la séquence la plus troublante étant celle où son ex-femme se donne à un fétichiste pour lui procurer la somme dont il a besoin. 

Le héros évite d’être détestable par la mélancolie qu’il dégage. Les raisons en reste longtemps obscures avant que son comportement se couvre du sceau de la culpabilité. Les séquences hallucinées et onirique mettant en scène la pièce de l’appartement où trône un piano entourée de fleur illustre le mal-être qui ronge Shinji, le lieu s’apparentant à un linceul. C’est dans ce contexte que l’érotisme se teinte d’étrange avec ce jeu de regard avec une voisine exhibitionniste (jouée par la vraie actrice porno Sho Nishino déjà remarquable dans un rôle classique sur le Hotel Singapura d’Eric Khoo). C’est donc assez captivant thématiquement par sa relecture neurasthénique du film de Kumashiro, mais l’on regrettera tout de même que la forme un peu terne (un des principaux problèmes de ces revivals notamment la photo impersonnelle) ne suive pas.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film

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