Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 5 octobre 2010

Quelque part dans le temps - Somewhere in time, Jeannot Szwarc (1980)

En mai 1972, le soir de la première représentation de sa toute première pièce de théâtre, Richard Collier(Christopher Reeve) fait la rencontre d'une vieille femme qui l'implore de « revenir vers elle ». Huit ans plus tard, alors qu'il essaye de trouver l'inspiration pour sa nouvelle pièce au « Grand Hôtel », il est étrangement captivé par la beauté d'une jeune femme sur une vieille photographie. Richard découvre qu'il s'agit d'une actrice célèbre du début du XXe siècle : Elise McKenna (Jane Seymour).

Si certains grand chefs-d’œuvres de l’histoire du cinéma doivent leurs qualités à leur conception dans la douleur, d’autres au contraire semblent avoir été touchés par la grâce durant tout leur processus de création, entre vraie belle inspiration et hasards incroyablement heureux. On peut aisément classer ce Somewhere in time dans cette seconde catégorie tant, des interprètes au réalisateur, tout semble s’être idéalement agencé pour livrer un film magique.

Tout part d’une expérience de l’auteur Richard Matheson qui, subjugué par une vieille photo de l’actrice de théâtre Maude Adams, va faire une véritable fixation. Imaginant ce qui pourrait arriver s’il remontait le temps pour la retrouver, il s’isole dans un vieil hôtel pour écrire Le jeune homme, la mort et le temps, reconnu comme un de ses plus beaux romans, où le héros est donc un miroir de lui-même.

Lorsqu’une adaptation cinéma est envisagée, le producteur Stephen Deutsch fait appel au réalisateur Jeannot Swarc, qui vient de remporter un certain succès avec Les Dents de la mer 2, seule suite valable du chef-d’œuvre de Spielberg. Ce français installé à Hollywood est un choix étonnant, au mieux honnête faiseur dans la première partie de sa carrière (Jaw 2 donc, mais aussi Supergirl ou Santa Claus dans les 80’s) , vrai tâcheron dans la seconde (les navrants La Vengeance d’une blonde et Hercule et Sherlock durant les 90’s) et aujourd’hui reconverti en réalisateur tv pour des séries comme Smallville ou Heroes. On peut donc véritablement parler de la rencontre d’un auteur avec son sujet, tant Szwarc fait montre ici d’une inspiration qui fera défaut au reste de son œuvre, ce Somewhere in time constituant vraiment le projet de sa vie.

L’un des grands mérites de Szwarc est d’avoir su retranscrire brillamment l’esprit du roman de Matheson dans le fond comme dans la forme. Le concept d’un homme effectuant un voyage dans le temps par la seule force de son esprit est d’une grande puissance littéraire, mais difficilement traduisible à l’écran, à moins de toucher au plus près l’un des thèmes principaux du livre (et qui en suscita l’écriture), l’obsession amoureuse.

Christopher Reeve, souhaitant se sortir du carcan Superman, livre une prestation incroyablement habitée, véritablement hypnotisé par la photo de Jane Seymour dont la beauté et le mystère sont idéalement capturés bien avant son apparition effective à l’écran, le spectateur partageant la fascination du héros (avec une jolie idée narrative révélant plus tard qu’elle regardait Collier quand fut prise la photo). Reeve eut d’ailleurs une belle inspiration en demandant à découvrir pour la première fois la photo de Elise McKenna au moment du tournage de la scène, renforçant ainsi l’intensité de ce moment en une prise magistrale, où la photo se voit illuminée d’une lumière diaphane annonçant l’ambiance onirique de la seconde partie du film.


La mise en image du saut dans le temps obéit donc également à cette traduction sur pellicule de l’obsession amoureuse. Le montage traduit le long processus conduisant Richard Collier à se convaincre de la possibilité de remonter en 1912 ; le saut en lui-même reste dans cette tonalité de rêve éveillé, avec la chambre se transformant lentement en fondus enchaînés discrets, et ce n’est qu’un simple rayon de soleil qui nous fera comprendre qu’il a réussi. L’absence d’effets spéciaux et l’usage d’outils purement cinématographiques contribuent grandement à la crédibilité de la scène, en se focalisant sur la psyché de son héros.

Le poids du destin et de l’inéluctable pèse sur tout le film, en particulier l’histoire d’amour, que Szwarc parvient à traiter avec une belle efficacité au vu du court laps de temps où se déroule le récit. Retardée plusieurs fois, la rencontre entre Reeve et Jane Seymour offre une des plus belles scènes du film, les deux amants se retrouvant dans un sous bois, irrésistiblement attiré l’un vers l’autre, alors que le temps semble se figer.

Tous les indices, les repères distillés auparavant, conduisaient à ce moment résumé idéalement à cette question posée par Jane Seymour, alors qu’elle voit Richard Collier pour la première fois : « Is it you ? ». L’aspect film d’époque est particulièrement plaisant, le cadre du Grand Hotel (l’hôtel du roman, qui était le même que celui de Certain l’aiment chaud, fut écarté) offrant des vues particulièrement majestueuses, notamment la scène de l’après-midi en amoureux des héros, où la photo diaphane de Isidore Mankofsky, inspirée des peintures impressionnistes de Monet et Degas, fait merveille.


Les rares infidélités au roman de Matheson se font également dans le bon sens. Dans ce dernier, le héros mourrait d’une tumeur au cerveau causée par l’effort consenti pour le voyage dans le temps. Szwarc va donner une issue plus romantique, où Collier meurt de chagrin d’avoir perdu son amour. En effet, si l’on est prêt à croire qu’un homme puisse remonter en 1912 par amour, pourquoi ne pourrait-il mourir pour la même raison ? Dernier atout de taille, un score exceptionnel de John Barry, parmi ses plus marquants. Loin de ses cachets habituels, il accepta le projet par amitié pour Jane Seymour et, ayant perdu ses deux parents à quelques semaines d’intervalles, trouva dans les tourbillons de sentiments du film un écho à sa propre tristesse pour livrer une musique mélancolique et romanesque.

Mal distribué, le film fut un échec à sa sortie, au grand dam de ses instigateurs. Mais les multiples rediffusions télé lui ont conféré au fil des ans une aura de film culte, au point d’être considéré comme un classique méconnu aujourd’hui. Les sites anglo-saxons décryptant le film (notamment ses étonnantes similitudes avec le Titanic de James Cameron) pullulent sur Internet et une convention fut même organisée en 2000 au Grand Hôtel pour ses 20 ans. De leur propre aveu, Jane Seymour, Jeannot Szwarc et Christopher Reeeve admettent d’ailleurs, dans l’émouvant making of du dvd, avoir vécu là le moment le plus passionnant de leur carrière. On est tout disposés à les croire.


Sorti en dvd zone 2 français mais désormais difficilement trouvable, mais disponible en zone 2 anglais doté de sous titre français ou zone 1 doté de sous titres anglais et d'une vf. Pour ceux qui veulent prolonger la magie du film un lien vers le site officiel.


11 commentaires:

  1. J'ai lu avec intérêt ce billet. ;)

    Le sujet du film me fait penser à "Laura", d'Otto Preminger, qui traite aussi du même thème - l'obession amoureuse du détective face au portrait de Gene Tierney.

    Christopher Reeve a malheureusement été enfermé dans son rôle de Superman, alors que c'est un excellent acteur, complexe : il joue un second rôle très interessant dans "Les Vestiges du Jour" de James Ivory.

    C'est dommage qu'il ait eu cet accident par la suite, qui l'oblige à se déplacer en fauteuil roulant.

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  2. Oui bien dommage pour Christopher Reeve (qui est mort en 2004) si ce film avait marché sa carrière aurait sans doute pris un tour différent et changé l'image Superman qui lui collait à la peau c'est triste. Tiens à propos de James Ivory je me suis commandé "Chambre avec vue" visionnage pour bientôt ;-)

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  3. Christophe Reeve est mort ? J'avais un doute ; j'ai failli parler de lui au passé, mais je me suis dit que je n'allais pas l'enterrer prématurément... ;)

    Hâte d'avoir ton avis sur "Chambre avec vue" ; j'espère que le film te plaira (quelque chose qu'il faut que tu saches avant de le voir : les acteurs sont excellents, sauf Daniel Day-Lewis, qui est exécrable ; heureusement, on le voit à peine).

    Ma pile de dvds à voir ne baisse pas très vite, mais le prochain prévu au programme, c'est "Hamlet", de et avec Kenneth Brannagh.

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  4. Ayé, j'ai pris la version anglaise, en priant pour qu'il y ait effectivement les sous-titres (amazon...personne ne fait son boulot, j'ai vu l'information que sur ce blog que je découvre)

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  5. Je vous dois la découverte de ce film absolument magnifique signé Jeannot... Szwarc ?! Attendez, c'est bien le même type qui m'a filé des pustules incurables avec Les Soeurs Soleil et La Vengeance d'une Blonde ? Pas possible ! Je trouve l'expression "en état de grâce" quelque peu galvaudée mais elle semble avoir été inventée pour les besoins de ce film, précieux, divin, romanesque, bouleversant s'il en est. Je m'épanche mais que voulez-vous... l'émotion, comme disait Thierry Roland.
    Oui, on peut penser à Titanic (quoique rétrospectivement seulement pour ma part, le cata-mélo un peu épais de Cameron n'ayant pas point dans mon esprit au moment de le voir) mais aussi au Fantôme de Sarah Williams dont vous avez très justement fait le rapprochement avec ce film. Allez, soyons fou, pour ma part j'y vois une douceur, une sensibilité voire une esthétique similaires dans Always de Spielberg, tourné quelques années plus tard et gravitant un peu autour de la même orbite scénaristique (bon, l'un découle de Matheson, l'autre d'un film plutôt sympathique de 1940 avec Spencer Tracy, laissons à César...).
    Ah et je suis tombé amoureux de Jane Seymour.

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  6. Et oui on peut vraiment parler d'heureux incident et de rencontre avec son sujet pour Jeannot Swarc. Ceci dit son début de carrière n'est pas inintéressant (Le film d'horreur "Les Insectes de feu" et "Les Dents de la mer 2" seule suite sympa du Spielberg) c'est après que ça se gâte. C'est une question de choix et il n'a pas fait les bons après "Quelque part dans le temps" si le film avait marché dès sa sortie peut être que les choses auraient tournées autrement pour lui mais malheureusement on a déchanté avec les "Supergirl" et autres "Hercule et Sherlock".

    En tout cas le film tient sur un équilibre très délicat que je ne retrouve pas dans "Always" (trop mielleux, pas la meilleure période de Spielberg) ou "Le Fantôme de Sarah Williams (trop terre à terre pas assez magique) il y a vraiment quelque chose quelque chose d'unique. Et sinon oui forcément Jane Seymour ;-)

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  7. J'avoue mal connaître les débuts de carrière du père Jeannot mais j'ai un peu peur de me lancer à l'eau pour Les Dents de la Mer 2... euh 2e partie. La comparaison avec l'original est trop tentante. Après sa période franchouillo-nanarde des 90's il a somme toute pas trop mal redressé la barre: un p'tit Frenchie qui a mis la main à la pâte d'à peu près toutes les séries US "hot" de ces 10-15 dernières années, ce n'est pas si déshonorant !
    Le Fantôme de Sarah Williams est un beau film mais c'est vrai que sa force s'étiole un peu sur la longueur et que le dénouement aurait gagné à rester plus "mystérieux". Concernant Always, je ne partage pas vos réserves. Oui c'est très sucré, c'est kitsch en diable, mais ça fonctionne du tonnerre. J'ai beaucoup aimé que Spielby s'adonne à une pure love story comme ça, finalement assez loin de ses belles machines rutilantes pour les 7 à 77 avec cahier des charges honoré à la lettre (qui ne me déplaisent pas toutes non plus, loin s'en faut). Dreyfuss y est excellent. Cabotin comme pas deux, mais excellent.

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  8. Quand on a subit "Les Dents de la mer" 3 et 4, on savoure d'autant plus la bonne tenue du 2 même s'il n'égale pas évidemment le Spielberg ^^. Pas revu "Always" depuis longtemps je lui redonnerai sa chance à l'occasion mais ce n'est pas ma période favorite du cinéaste (entre Le Temple Maudit et Le Soldat Ryan). Il se cherche un peu dans un ton plus adulte sans y parvenir complètement (Même si Empire du soleil et La Couleur pourpre sont de beaux films) et il se force un peu sans y croire quand il cherche à retrouver la candeur et le souffle de ses premiers films (l'horrible Hook et pas fan du tout de Jurassic Park et Le Monde Perdu techniquement impeccable mais en pilotage automatique) ce n'est qu'à partir du Soldat Ryan qu'il retrouve l'inspiration et va entamer une autre grosse période créative.

    Pour revenir à "Quelque part dans le temps" si vous aimez ce genre de grande romance onirique impossible je vous recommande vivement "Le Portrait de Jennie" de William Dieterle une vraie pépite méconnue absolument envoutante qui pourrait vous plaire. J'en parlai ici http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2010/10/le-portrait-de-jennie-portrait-of.html

    En plus récent un film se rapprochait avec une certaine réussite du Jeannot Swarc aussi avec ce même usage du voyage dans le temps, "Hors du temps" de Robert Schwenke sorti en 2009. Vu en salle j'en garde un très bon souvenir.

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  9. Pour Spielberg dans la période décriée je sauve quand même "La Liste de Schindler" bien sûr ^^

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  10. Pas trop d'accord: Spielberg a toujours eu une facette plus "adulte", que ce soit à ses débuts comme pour certaines de ses réalisations plus récentes (Minority Report, La Guerre des Mondes, Munich, Lincoln, voire A.I. dont je ne suis pas très fan mais d'une inspiration SF plus proche de Kubrick que de Lucas). Vous parliez de mielleux plus haut, pour le coup je trouve que l'adjectif sied parfaitement à un film comme La Couleur Pourpre qui atteint des sommets de sensiblerie crasse. Sinon, Hook est en effet un sacré nanar... à plusieurs dizaines de millions de dollars, s'entend.
    Le Portait de Jennie de Dieterle... Touché ! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Je me disais bien que le film de Szwarc me rappelais autre chose. De la belle ouvrage, on est d'accord. Audacieux et d'un grand romantisme. Ce qui me fait penser que son auteur est cruellement sous-estimé: plusieurs de ses bandes avec William Powell et/ou Kay Francis sont de vrais délices, The Last Flight un chef-d'œuvre et The Turning Point un solide 'noir' des 50's. Je dois en voir d'autres mais allez faire un tour du côté de ceux que je cite si ce n'est déjà fait !
    Je note pour Hors du Temps de mon côté ;-)

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  11. Ce que je voulais dire c'est que entre "Duel" et "Indiana Jones et le Temple Maudit", pratiquement tout les films de Spielberg sont du pur cinéma d'aventures, d'évasion et d'émerveillement avec une vraie continuité dans le ton et l'ambiance à partir de "La Couleur pourpre" il y a une volonté de faire un cinéma plus sérieux et adulte mais ce sera encore très maladroit (La Couleur Pourpre et Empire du Soleil donc le second vaut le détour néanmoins) tandis que les tentative de refaire du pur divertissement sont ratées car ça ne l'intéresse plus comme Hook ou exécuté avec efficacité et sans âme avec les Jurassic Park. Finalement il faut La Liste de Schindler et surtout Le Soldat Ryan pour qu'il apprenne à équilibre la maturité adulte et son sens de l'entertainment et ça donne tous les excellents films des années 2000 (hormis le Indy 4 infâme), son Tintin retrouvant même l'aventure décomplexée des début.

    Ces premiers films gardent un côté très adolescent j n'y voit pas ce côté adulte, de son propre aveux il avait par exemple dit qu'aujourd'hui qu'il est père de famille il n'oserait plus écrire un héros comme celui de "Rencontre du 3e type" qui abandonne sa famille pour poursuivre un ovni, et la violence déjantée de sale gosse de "Indiana Jones et le temple maudit" le gêne désormais.

    Sinon oui j'adore William Dieterle aussi j'en ai évoqué pas mal sur ce blog que ce soit les Pré Code avec le duo Powell/ Kay Francis géniaux en efet comme Jewel Robberry, les grands biopic des années 30 ou les production O'Selznick un grand réalisateur injustement oublié...

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