Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 18 octobre 2010

Chambre avec vue - A Room with a View, James Ivory (1986)

Lucy Honeychurch, en voyage à Florence avec une vieille cousine, tombe amoureuse d'un jeune Anglais, qui comme elle a été témoin d'un meurtre. Mais, elle étant "convenable" et lui pas, elle rompt puis s'impose des fiançailles de convenances avec un autre.

Chambre avec vue concrétisait la consécration publique et critique de l'oeuvre de James Ivory après Chaleur et Poussière et The Bostonians. Ivory retrouvait un grand thème de ses précédents films avec les entraves sociales, culturelles et de races pouvant s'interposer dans les relations humaines notamment au centre de Shakespeare Wallah et Chaleur et poussière. Ces préoccupations rejoignent également celle de l'oeuvre de E.M. Foster adapté ici et présente dans La Route des Indes. Bien que n'ayant pas lu le livre je retrouve de ses aspect identifiable de l'auteur dans l'adaptation de David Lean pour faire le lien avec Foster et donc Ivory (ses collaborateurs réguliers d'origines indiennes le producteur Ismail Merchant et la scénariste Ruth Prawer Jhabvala renforçant l'authenticité) de cette volonté qui reprend ses réflexions dans le cadre d'une intrigue romantique.

Le récit est donc une suite de moment isolés dont se dégage progressivement par le ton feutré et les réactions des personnages l'idée générale. Tout se joue dans la sophistication de la mise en scène d'Ivory et des réactions insidieuses où le spectateur doit démêler le vrai du faux. C'est surtout vrai dans la remarquable première partie à Florence où en quelques courtes scènes, Ivory dépeint des rapports si guindés, menés par le paraître et la bienséance qu'il paraît toujours plus simple d'afficher le stricte contraire de ce qu'on pense ou désire (voir la réaction ridicule de la la chaperonne coincée Maggie Smith quand les Emerson se proposent d'échanger les chambres).

C'est le problème qui se pose dans la romance du film entre Julian Sand et Helena Bohnam Carter (toute jeunette, pimpante et précieuse ça fait drôle pour qui l'a découvert dans Fight Club ou certain Burton) dont l'éclat et l'intensité nous est dévoilé durant de très courts et beaux moments, une entrevue après une violente esclandre à Florence et surtout un magnifique et foudroyant baiser dans un champ d'herbe sous un soleil couchant. Ivory propose des vues somptueuses de Florence et de la nature alentours, jamais anodine néanmoins et faisant toujours sens dans l'intrigue (la réaction contradictoire de Lucy fuyant George en douce alors qu'il vient de la sortir d'une situation compliquée).

C'est dans la seconde partie en Angleterre que se dévoile les intentions de Ivory avec Lucy qui devra peu à peu se retirer ses oeillères et sa fierté pour accepter ce que lui dicte son coeur. Pour ça, il faudra en passer par un fiancé dont le raffinement et la sophistication confine au ridicule avec un Daniel Day Lewis cabotin à souhait mais assez drôle en précieux à la raideur coincée. Cette dernière est cependant moins prenante, le marivaudage finit par être légèrement lassant, le côté tout en retenue ne permet pas de savourer pleinement la romance (dont une conclusion tout en ellipse assez frustrante) et surtout révèle quelques défauts tel un Julian Sands finalement assez fade face à la pétillante Bonham Carter.

Un peu plus d'emballement, d'entrain et de chaleur pour montrer le changement chez son héroïne aurait été agréable, l'étude de moeur est brillante (là aussi les réactions de Day Lewis face à la moindre manifestation de "vulgarité" sont très bien vues) mais tout cela finit par manquer un peu d'émotion, la narration en chapitre plaisante au départ accentuant cette froideur au final. Ca me donne néanmoins envie de tenter les grands Ivory suivants que je ne connais pas.


Sorti en dvd zone 2 français chez MK2

2 commentaires:

  1. Avis mitigé, en somme... ;)

    On a souvent souligné la fadeur de Julian Sands ; je ne serais pas aussi sévère : cet acteur ne m'a certes pas subjuguée, mais il joue tout à fait convenablement.

    Helena Bonham-Carter m'a paru très bien, de même que Maggie Smith et les autres acteurs jouant les rôles secondaires ; en revanche, on en a déjà parlé, mais Daniel Day Lewis m'a agacée : il cabotine à mort, alors que son personnage est beaucoup plus nuancé dans le livre.

    Dans la partie anglaise, même si elle est moins marquante que la partie italienne, j'ai bien aimé la scène de l'étang, qui figure aussi dans le livre et qui est très amusante, car c'est un moment plein de fraîcheur où les conventions sont bousculées.

    "Chambre avec vue" ne vaut finalement peut-être pas tant pour le couple qu'il met en scène que pour la réflexion sociale qui apparaît en filigrane et la satire qui lui est associée.

    "Howards End" et "Maurice" valent la peine d'être vus, car on n'y retrouve pas ces problèmes de casting (les acteurs y sont à leur meilleur), mais j'ai peur que le premier film te paraiise obscur (à l'image du roman, que j'ai trouvé opaque), et le second un tout petit peu longuet par endroits alors que le roman ne l'est pas.

    Néanmoins, "Howards End" est visuellement très beau, et "Maurice" extrêmement intéressant quant aux thèmes abordés (et puis c'est l'occasion unique de voir Hugh Grant dans le seul grand rôle qu'il ait jamais joué, les autres acteurs étant encore plus remarquables).

    Mais si tu veux brûler les étapes et arriver tout de suite sur la case "chef d'oeuvre", le mieux, c'est encore de lire "Maurice" de Forster (un petit chef d'oeuvre, véritablement, l'auteur laissant enfin son maniérisme au panier) et de regarder "Les Vestiges du Jour", adaptation par James Ivory d'un livre de Kazuo Ishiguro, avec Anthony Hopkins et Emma Thompson dans les rôles principaux : simplement sublime de bout en bout.

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  2. C'est vrai l'histoire d'amour est finalement un peu prétexte à la satire social et l'étude de moeurs c'est ce qui m'a un peu gêné au final surtout que c'était beaucoup mieux équilibré entre ses deux aspects dans la partie à Florence. Pour Daniel Day Lewis j'avoue que n'ayant pas lu le livre son personnage m'a plutôt amusé malgré le cabotinage évident il a l'air de bien s'amuser.
    C'est noté pour EM Foster (même si la pile de livre est pas loin d'être aussi impressionnante que celle de dvd ^^) en Ivory je tenterait prochainement "Howards End" et "Les Vestiges du Jour" bien attirés par ses deux là et j'adore Emma Thomson.

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