Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 10 octobre 2010

Une Question de Vie ou de Mort - A Matter of Life and Death, Michael Powell et Emeric Pressburger (1946)


Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que sa forteresse volante s'écrase dans la mer, le chef d'escadron Peter Carter (David Niven) envoie un ultime message à la tour de contrôle. Une jeune américaine, nommée June (Kim Hunter), de garde cette nuit-là est la dernière voix qu'il entendra avant le crash.

Voilà pourtant que Peter Carter surgit de l'eau totalement indemne. Il entreprend aussitôt de retrouver June et poursuivre le cours de sa vie. Lorsque son guide céleste (numéro 71) vient néanmoins lui expliquer, embarrassé, qu'il n'est pas parvenu à le trouver dans le brouillard pour le conduire au paradis des aviateurs et tâche de le convaincre qu'il n'est pas dans l'ordre des choses qu'il soit encore vivant, l'officier refuse de le suivre et conteste la funeste destinée qui lui est imposée.



Une des très grandes réussite du duo Powell/Pressburger. Comme la plupart de leurs films de cette période faste, le film est une commande qu'ils vont brillamment détourner en chef d'oeuvre de poésie. Passée l'armistice de 1945, les armées britanniques et américaines occupaient conjointement le territoire européen et les bagarres entre les soldats des deux forces n'étaient pas rares. Aussi l'armée britannique avait-elle commandé aux réalisateurs un film destiné à réhabiliter les relations entre les deux nations.

Parallèlement à ce thème imposé se mêle une très originale et belle histoire d'amour impossible entre le héros anglais mort en sursis et la belle américaine qu'il a rencontré et pour laquelle il ne souhaite plus quitter le monde des vivants. En une scène splendide le lien puissant entre les deux être est scellé.

Alors que Niven croit vivre ses derniers instants par son crash imminent son ultime conversation avec un être vivant s'avère aussi simple que poignant, June Allyson au micro s'avérant tout aussi bouleversée par ce bref échange. David Niven délivre une de ses interprétations les plus touchante bien accompagné par June Allyson, tandis qu'au casting on retrouve d'autres habitués des films de Powell/Pressburger comme l'excellent Roger Livesey (héros du légendaire Colonel Blimp) ou encore Marius Goring.

Powell ne se départit pas de son humour anglais avec son Paradis anti chrétien au possible, décrit comme une grosse administration à la mécanique rigoureuse et organisée, truffé de personnage fantaisistes comme cette incompétent ange 71 chargé de récupéré les morts. Le doute est par ailleurs maintenu presque tout le film sur la réalité des évènements, le héros étant peut être sujet à des hallucinations dues à son accident et justifiant cette vision divine atypique même si certains détails pourraient mettre sur la voie comme ce livre qui réapparait mystérieusement à la fin d'un monde à l'autre.

Comme souvent avec Powell c'est visuellement une splendeur. Le récit est truffé de moments magiques (le passage du tribunal céleste à la salle d'opération, les transition Paradis/Monde réel)) où pour sa première collaboration Jack Cardiff délivre un technicolor somptueux à la texture très particulière loin de la flamboyance hollywoodienne partagé avec un splendide noir et blanc immaculé pour les scènes au Paradis.

Un an avant Le Narcisse Noir (le film de tout les défis où une Indes exotiques fut reconstitués dans les studios anglais) les effets visuels sont particulièrement impressionnants tel cette vue depuis les cieux de la vie terrestre, le fameux transfert du tribunal jusqu'à la salle d'opération, la scène d'ouverture dans l'espace, le tout mélangeant brillamment diversement techniques de l'époque comme l'animation ou le matte painting à un degré de perfection gardant l'illusion intacte aujourd'hui et bourré de charme rétro. Les fabuleux décors de Albert Junge mélangent le côté fonctionnel d'entreprise voulut pour le paradis au début avec cette entrée évoquant un hall de gare où d'aéroport et le côté typiquement mystique et irréel qu'évoque le lieu avec la monumentale salle de tribunal.

L'histoire d'amour et l'antagonisme anglo américain se rejoignent dans la dernière partie où le héros doit se défendre devant une cour céleste pour obtenir le droit de demeurer sur terre face à un procureur américains haineux car tué par les anglais en 1775... Les joutes verbales se font drôle et virulente, les bons mots pleuvant pour rabaisser l'une des deux nations. On comprend alors la démarche de Powell et Pressburger, illustrer ce rapprochement et cette co existence possible des peuples à travers l'histoire d'amour intense d'un anglais et d'une américaine prêt à résister au Ciel lui même pour ne pas être séparé. Belle façon d'affirmer un superbe message d'universalité.

Sorti en dvd zone 2 français chez Seven 7 dans une édition correcte sans plus. Pour apprécier pleinement le film privilégier le coffret zone 1 sorti chez Sony regroupant en plus le magnifique Age of Consent (réalisé par Powell seul en fin de carrière) dont j'avais parlé en juin.

Extrait de l'ouverture beau moment

2 commentaires:

  1. Encore une perle, à ce que je vois. ;)

    Sur un thème vaguement simlaire, Lubitsch a réalisé "Le ciel peut attendre" qui m'avait un peu déçue - pas de contexte militaire, mais un personnage qui débarque au Purgatoire après être passé de vie à trépas, et qui doit se justifier des ses aventures extraconjugales auprès de Lucifer.

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  2. Oui les thématiques sont voisines du Lubitsch mais il est bien en dessous de la magie du Powell/Pressburger. De toute façon presque tout les films du duo sont indispensable tellement de pépites ! D'ailleurs le film a même une influence sur un film plus récent "Une Vie moins ordinaire" de Danny Boyle qui reprenait l'idée du paradis comme une administration rigoureuse.

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