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mardi 8 décembre 2015

On ne vit que deux fois - You Only Live Twice, Lewis Gilbert (1967)

Le gouvernement d'un pays asiatique veut provoquer un conflit armé entre les Etats-Unis et l'URSS. Afin de rester dans l'anonymat, il a confié cette mission au terrible SPECTRE. Après le vol de navettes spatiales appartenant aux deux côtés du rideau de fer, la pression est immense, et les deux camps se menacent d’une attaque nucléaire. Au MI6, M détache James Bond en mission au Japon afin de découvrir quelle vérité se cache derrière toute cette histoire...

Dr No (1962) et Bon baisers de Russie (1963) avaient installés le personnage hors-norme de James Bond, Goldfinger (1964) amené l’excentricité définissant son univers et Opération Tonnerre (1965) achevé la mue en intégrant tous ces éléments à la démesure d’une superproduction. Il s’agissait maintenant de retrouver tout en parvenant à le renouveler ce cocktail d’action et d’exotisme dans les films suivant de la saga. Déjà reporté au profit d’Opération Tonnerre pour cause de difficultés météorologiques, Au service secret de sa majesté annoncé comme la prochaine aventure de Bond est à nouveau décalé pour les mêmes raisons. Le choix se portera donc sur l’ultime roman de Ian Fleming consacré à Bond et paru en 1964, On ne vit que deux fois. Sean Connery dont le contrat se termine annoncera en amont que ce sera son dernier Bond, décision confirmée par un long et harassant tournage ponctué de péripétie (notamment un caméraman devant être amputé suite à un grave accident lors d’une cascade aérienne) et où il sera régulièrement harcelé par le public et les journalistes.

James Bond aura participé au fil des années 60 à l’essor et à l’attractivité de la culture pop anglaise, au même titre que les Beatles et le Swinging London. Pour le (supposé) baroud d’honneur de Sean Connery, ce cinquième film sera donc le plus psychédélique dans l’imagerie. Tout doit être plus grandiose au niveau des atmosphères, des décors, de l’action et des enjeux. S’éloignant grandement de l’intrigue de Ian Fleming, le moteur de l’intrigue est d’ailleurs déterminé par un paysage. En repérage au Japon pour trouver un château correspondant Cubby Broccoli tombe sous le charme du panorama volcanique de l’île de Kyushu et a l’idée de faire d’un cratère la base du méchant. 

Tout le ton du film sera déterminé par cette inspiration folle, sollicitant le génie du décorateur Ken Adam mais aussi l’auteur Roald Dahl engagé au scénario et propre à en tirer l’extravagance attendue. Il est ici question de Troisième Guerre Mondiale avec l’organisation du SPECTRE liguant les Etats-Unis et L’URSS l’un contre l’autre en escamotant leur fusée spatiale et les faisant s’accuser mutuellement. Après avoir simulé sa mort dans un des plus mémorables pré-génériques, Bond est envoyé au Japon où l’on détecte les dernières traces des engins.

Même s’il garde quelques caractéristiques (le machisme, le goût des bonnes choses, femmes et/ou alcool) le détachant du héros classique, Bond est considérablement adouci par rapport à la figure retorse et sadique des deux premiers films, popularité oblige. Le plaisir tient donc grandement de le voir plonger dans ce Japon fantasmatique, pop et bariolé. On se régale ainsi du décorum tout à la fois rococo (la demeure à la touche nippone et occidentale du premier contact joué par Charles Gray, les néons de Tokyo by night), futuriste et délirant (tout le réseau secret des services de renseignement japonais) ainsi que bien sûr le dépaysement exotique, par le panorama, les James Bond girls asiatiques l’intégration de certains élément de la culture locale (les ninjas, les sumos) à l’intrigue. 

Lewis Gilbert même si surtout connu pour son Alfie le dragueur (1966) avait signé quelques solides films de guerre (dont l’excellent Carve Her Name with Pride (1958)) et excelle autant dans l’action que pour poser une ambiance plus contemplative. Le style diffère ainsi de celui punchy de Terence Young ou plus mollasson de Guy Hamilton même si le montage novateur de Peter Hunt assure une certaine continuité (la bagarre féroce entre Bond et un sbire au siège de la société Osato). Lewis Gilbert ose une approche où le spectaculaire naît de l’ampleur plutôt que de l’énergie. On pense à la scène où Bond affronte de multiples assaillants sur les toits du port, la caméra quitte la bagarre rapprochée pour s’élever et filmer le morceau de bravoure en plan large nous laissant voir sous forme de silhouette l’avancée de 007 face à ses ennemis. 

Cette volonté s’affirme d’ailleurs par le choix de Freddie Young à la photographie, magnifiant les extérieurs de ce Japon de rêve et mettant en valeur les créations les plus monumentales de Ken Adam (il réquisitionna toutes les lampes de Pinewood pour éclairer le décor du volcan). La saga situe également à l’avant-garde avec les nouveaux gadgets, un  gyrocoptère en kit servant un morceau de bravoure aérien particulièrement virtuose. Ce travail collectif paie tant la formule semble s’affiner pour le meilleur ici avec un rythme alerte et trépidant quand Opération Tonnerre souffrait encore de quelques longueurs. Cette fois nous auront une vraie progression dramatique et épique, la conjugaison de plénitude et d’urgence propre à ce cadre nippon et que l’on doit beaucoup à Lewis Gilbert.

C’est aussi en grande partie amené par la partition étincelante de John Barry qui signe un de ses plus beaux scores pour la saga mais sans doute aussi de l’histoire du cinéma. L’enchantement opère dès l’envoutant morceau éponyme de Nancy Sinatra, vaporeux, entêtant et pop. Barry marie instrumentalisation japonaise et classique pour servir tour à tour des tonalités exotiques, contemplative ou d’un romantisme flamboyant tel le morceau accompagnant les funérailles marines de Bond ou le mariage. C’est tout aussi stupéfiant dans le suspense et l’action avec le titre Capsule in Space dont la lente montée en puissance accompagne les enlèvements spatiaux du SPECTRE et la bataille finale doit également sa force à la grandiloquence dont il fait preuve.

La dernière partie exacerbe d’ailleurs l’outrance assumée de cet épisode avec ses péripéties risquée niveau crédibilité (Bond maquillé en japonais) mais surtout en offrant enfin le grand face à face avec Blofeld (Donald Pleasence). Evocation inquiétante, voix puis silhouette dans les films précédents, le Numéro 1 du SPECTRE apparait dans tout son raffinement maléfique sous les traits inquiétant d’un Donald Pleasence (qui remplaça l'acteur tchèque Jan Werich après cinq jours de tournage) magistral de froideur. Sa présence fait oublier tous les autres antagonistes du film, dont pourtant une redoutable Diane Dors calquée sur l’inoubliable et pulpeuse Luciana Paluzzi de l’épisode précédent (et une récurrence du détournement de la capacité de Bond à retourner une ennemie). 

 Le frisson épique fonctionne comme rarement lors de l’assaut final de la base secrète aux proportions inouïes installée dans le volcan (le décor ayant coûté plus cher que le budget entier de Dr No), suscitant des images inoubliables avec cette hordes ninjas s’y introduisant en rappel. Là encore l’alliage de réalisation ample de Lewis Gilbert et le montage plus heurté de Peter Hunt forment un ensemble idéal qui innovera notamment dans l’usage de trampoline par les cascadeurs. Et des meilleurs opus de la saga, à la fois élégant et outrancier. Le meilleur était pourtant à venir avec un inattendu retour à l’humain après tout ce faste psyché. 

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Sony 

 

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