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lundi 21 décembre 2015

Anne des mille jours - Anne of the Thousand Days, Charles Jarrot (1969)

Roi depuis près de vingt ans, Henri VIII d'Angleterre, marié à Catherine d'Aragon qui ne lui a donné qu'une fille, se console auprès de maîtresses occasionnelles. Au cours d'une fête, il fait la connaissance d'une dame de compagnie de sa femme, Anne Boleyn, fille de Thomas Boleyn et sœur d'une de ses anciennes maîtresses. Le roi tombe sous le charme et demande alors à son chancelier, le cardinal Wolsey, de faire le nécessaire.

A l'instar du célèbre La Vie privée d’Henry VIII (1933) d'Alexander Korda, Anne des mille jours est un film historique se penchant sur les amours tumultueuses d'Henry VIII. Alors que chez Korda la romance tragique avec Anne Boleyn, seconde épouse d'Henry, en restait à une fulgurante scène d'ouverture (et une magistrale interprétation de Merle Oberon) dépeignant son exécution elle est au centre du film de Charles Jarrot. Le film adapte la pièce éponyme de de Maxwell Anderson jouée en 1948 à Broadway et dont les tentatives d'adaptations échouèrent vingt ans durant au vu des thèmes sulfureux abordés et que le Code Hays n'aurait pas laissé passer. Au croisement de l'amour fou, du désir, de la revanche et de l'ambition, cette vision du couple Henry VIII/Anne Boleyn est captivante de bout en bout.

Tout au long du récit, la passion guidera l'exercice de la souveraineté et inversement, faisant de l'Angleterre et son peuple les jouets des amours et intrigues de palais des puissants. Henry VIII (Richard Burton) est un souverain éteint et las d'un mariage d'alliance avec Catherine d'Aragon (Irène Papas) qui en vingt ans ne lui a pas donné l'héritier tant attendu. Il va tomber sous le charme d'une nouvelle venue, Anne Boleyn (Geneviève Bujold) de retour de la cour de France et sœur d'une de ses anciennes maîtresses.

Promise à un jeune homme qu'elle aime, Anne va voir son avenir entravé par ce soudain désir du roi mais, témoin du triste sort de sa sœur et de la soumission de ses parents prêts à la livrer en pâtures par peur et ambition, elle va se rebeller contre ce destin. Richard Burton interprète au départ un Henry dans la lignée du "Barbe Bleue" à la Charles Laughton, un souverain capricieux, paillard et tout puissant auquel on ne refuse rien.

Pouvant à tout moment imposer son désir à une Anne Boleyn réticente, le dédain de celle-ci va l'obliger à un semblant de tentative de séduction voué à l'échec. Le désir se transforme en obsession amoureuse et il devra "prouver" par la mise en danger de sa monarchie qu'il est digne de posséder Anne. Le film prend presque des élans féministes, Anne prenant ainsi sa revanche sur les institutions ayant cherché à la piéger. L'église, si fière et vraie régente du pouvoir sous les traits du cardinal Thomas Wolsey (Anthony Quayle) va ainsi subir le joug de la fierté d'Henry prêt à défier Rome pour se libérer de son union avec Catherine et fonder l'église protestante.

La démonstration de force et de réels sentiments se disputent d'ailleurs peu à peu chez Anne, enfin subjuguée par les risques pris par son prétendant couronné. C'est cet entre-deux que capture le mieux Charles Jarrot, que ce soit ce moment où l'hilarité se confond aux larmes chez Anne lorsqu'elle assiste à la confrontation infructueuse entre Henry et un agent du Vatican. L'instant où elle abandonne son masque distant face à un Henry dépité qui lui a tout sacrifié est superbe également, grâce à la prestation incandescente d'une magnifique Geneviève Bujold.

Toutes les petites entraves à la grande Histoire (Henry empêchant le mariage d'Anne, l'apparition d'Henry au procès d'Anne, leur ultime entrevue) tendent à établir le thème d’un équilibre obligatoire entre exercice du pouvoir, amour et plaisir des sens. En ne parvenant pas à donner l'héritier tant attendu, Anne rompt cet équilibre et relance la quête d'un Henry toujours aussi bouillonnant et inconstant. Richard Burton parvient à amener sa nature d'écorché vif au personnage, rendant tragique également cet amour ardent rattrapé par le rang.

S'il se montre très académique pour illustrer cette période magnifiquement reconstituée (Oscar des meilleurs costume à la clé, on retrouve tout le lustre attendu d'une production Hal B. Wallis), tout ce qui touche à l'intime est joliment capturé, y compris la destinée grandiose d'une Elizabeth encore enfant. Une jolie et bien prenante fresque à laquelle la même équipe donnera une "suite" avec un tout aussi réussi Marie Stuart, Reine d'Ecosse (1971).

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal

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