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mercredi 16 décembre 2015

L'Assassin habite au 21 - Henri-Georges Clouzot (1942)

Paris est sous tension à cause des crimes commis par un mystérieux tueur en série, Monsieur Durand. Grâce à un informateur, le commissaire Wens apprend que l'assassin fait probablement partie des résidents de la pension des Mimosas, située 21 avenue Junot. Il décide alors d'aller enquêter sur place, en se faisant passer pour un homme d'église. Il y est très vite - et malgré lui - rejoint sur place par sa compagne, Mila Malou, chanteuse de cabaret bien décidée à résoudre l'enquête par elle-même ! Mais sur place, le mystère s'épaissit, tant tout le monde semble avoir quelque chose à se reprocher...

Henri-Georges Clouzot signe une remarquable réussite dès ce premier film, annonciateur à tous point de vue des grands classique à venir. Clouzot avait intégré le monde du cinéma presque 10 ans plus tôt en réalisant le court-métrage La Terreur des Batignolles en 1931. Il acquerra par la suite une grande expérience en tant qu’assistant sur les tournages alors courant à l’époque des versions internationales de film (le doublage ne se démocratisant qu’au milieu des années 30) dont il retravaille également les scripts. Cela se déroule le plus souvent en Allemagne et plus précisément à Berlin où il aura tout le loisir d’observer quelques maîtres au travail comme Murnau ou Fritz Lang qui constitueront des influences majeures. Après avoir été scénariste et travaillé pour le théâtre, la suite logique (et qui sera celle de contemporain du même âge comme Marcel Carné) aurait été qu’il passe à son tour à la mise en scène mais son élan est stoppé par des problèmes de santé puisqu’une tuberculose pulmonaire l’oblige à demeurer quatre ans en sanatorium. Lorsqu’il reprendra ses activités la chance lui sourit lorsqu’Alfred Greven (rencontré à ses débuts en Allemagne), patron de Continental-Films lui confie la supervision des productions de la compagnie. 

La plupart des grands metteurs en scène français d’alors s’étant exilés à cause de l’Occupation (Jean Renoir, Julien Duvivier) certains jeunes talents se voient précocement donner leur chance, notamment au sein de Continental-Films où tout nazi qu’il soit, Alfred Greven a un vrai amour du cinéma et produira nombres de grands classiques du cinéma français à cette période troublée. Clouzot se voit confier l’adaptation de Six hommes morts, grand succès littéraire par un 1931 et signé de l’auteur policier belge Stanislas-André Steeman. Clouzot y apporte de nombreuses modifications, notamment en y incluant un personnage féminin avec la turbulente Mila Milou, petite ami du héros le commissaire Wens incarnés respectivement par Suzy Delair (sa compagne d’alors) et Pierre Fresnay (son ami). Le film réalisé par Georges Lacombe remporte un grand succès et après le départ de ce dernier de Continental-Films, la suite qui s’impose est confiée à Clouzot dont ce sera le premier film.

 Le film adapte cette fois L'assassin habite au 21 du même Steeman (qui coécrit le scénario) mais Clouzot, autant dans une volonté de s’approprier le matériau que d’assurer la continuité avec Six hommes morts va le remanier en profondeur. L’intrigue se déplace de Londres à Paris (avec le passage de Mr Smith à Monsieur Durand pour dénommer l’insaisissable assassin), de nombreux personnages disparaissent où fusionnent dans leur caractérisation et surtout l’enquête est de nouveau menée par le duo Pierre Fresnay/Suzy Delair qui reprennent leurs personnages quand dans le livre c’était le superintendant Strickland. Dès la scène, le détonant mélange d’humour noir, de truculence et de suspense frappe. La menace plane par la simple évocation du meurtrier Monsieur Durand qui rode, mais désamorcé par le cadre du bistrot où fanfaronne un gagnant de loterie éméché. Dès qu’il gagne l’extérieur, l’urbanité nocturne et déserte (manière de signifier peut-être un quotidien d’Occupation sous couvre-feu) dresse une atmosphère pesante qui se concrétise par une caméra subjective nous faisant adopter le point de vue meurtrier de Monsieur Durand qui va trucider et dépouiller sa proie tout en laissant sa carte de visite. 

Après cet instant macabre on aura une séquence grinçante ou du ministre au préfet et du chef de la police au modeste commissaire Wens (Pierre Fresnay) l’urgence d’arrêter Monsieur Durand s’impose dans des délais toujours plus court tandis qu’on descend dans la hiérarchie, le tout dans le mouvement avec une répétition en travelling désamorcée par la malice de Wens (manière de déjà illustrer l’astuce du personnage). Ce jeu constant entre drôlerie et tension fonctionne autant chez les bons avec la truculente Suzy Delair que chez les suspects avec le tableau corrosif fait des habitants de la pensions des Mimosas où se cache le coupable. Le génie du Clouzot scénariste et portraitiste s’impose avec une écriture laissant éclater les caractères excentriques des pensionnaires tout en laisser planer des zones d’ombres les rendant tour à tour inoffensifs ou dangereux. Le casting de seconds rôles excelle à s’emparer de chaque moment imparti : Noel Roquevert en ancien médecin colonialiste et avorteur, Jean Tissier en illusionniste roublard, Pierre Larquey en artisan médisant ou encore Marc Natol en majordome siffleur. 

Plus le film avance plus ce grand écart entre grotesque et suspense s’accentue (parfois au sein de la même scène avec Pierre Larquey coupable car il a les pieds sales), moments triviaux (Suzy Delair perçant les boutons de Pierre Fresnay) alternant avec le thriller le plus redoutable. Les influences de Clouzot n’auront jamais été plus visibles que sur ce galop d’essai avec l’expressionnisme allemand lors des scènes d’interrogatoires, mais la suite s’annonce aussi avec un gout pour le macabre (le cadavre poignardé retrouvé dans la baignoire) et l’onirisme qu’on retrouvera entre autre dans Les Diaboliques (1955) ou Manon (1949). 

Cela se manifeste aussi dans les thématiques, le climat de paranoïa, suspicion et délation reflet de la France d’alors perdant de son ton rigolard dès le polémique et sinistre Le Corbeau (1943) qui suivra. Pour l’heure c’est le divertissant jeu de piste qui domine, nous amusant avec une Suzy Delair à l’énergie et gouaille contagieuse, et un plaisir de la narration jubilatoire qui culmine avec un renversement final rondement mené.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Gaumont 

4 commentaires:

  1. J'aime mieux Quai des orfèvres, je dois dire. Mais Pierre Fresnay! qui résiste?

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  2. Je préfère Quai des brumes aussi mais celui-ci pose plutôt bien les jalons de la suite de sa filmo ;-)

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  3. Quelle coïncidence! Je l'ai commencé ce week sur Hulu! Je vais le revoir en entier cette fois-ci. Suzy Delair déménage! J'attends ta critique de Star Wars et du Corbeau!

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  4. Le Star Wars ce n'est pas prévu pour l'instant mais Le Corbeau ça devrait le faire oui ça manque sur le blog !

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