Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 28 décembre 2015

The Maggie - Alexander Mackendrick (1954)

The Maggie est un vieux bateau à vapeur tout juste bon pour la casse, dirigé par le Capitaine MacTaggart, un Ecossais endurci et (r)usé. Alors qu'il peine à honorer ses dettes et ses créances, MacTaggart entend parler d'un riche américain, Marshall, qui cherche un cargo pour acheminer une cargaison de valeur, et parvient à se faire passer pour l'homme de la situation. Très vite, Marshall se rend compte qu'il a été trompé sur la marchandise et tente de remettre la main sur ses biens. Mais le capitaine et son tas de ferraille sont plus coriaces qu'ils n'y paraissent.

The Maggie constitue pour Alexander Mackendrick un retour au cadre écossais de son merveilleux premier film, Whisky à gogo (1949). Mackendrick retrouve le ton caustique de ce galop d’essai tout en en prolongeant la thématique d’insoumission typique du Studio Ealing. La Ealing s’est en effet spécialisée dans les postulats de rébellion d’un petit groupe de personnages face à une figure tentaculaire d’autorité. Ce seront les insulaires écossais trafiquants d’alcool de Whisky à gogo, les chansonniers à boire de Champagne Charlie (1944), les locaux du quartier dans Passeport pour Pimplico et les villageois cherchant à préserver leur ligne de train dans Tortillard pourTitfield (1953). Sous la férule de T. E. B. Clarke, emblématique scénariste d’Ealing, cette opposition se fait souvent face un Etat symbolisant un monde moderne cherchant à souiller les valeurs anglaises, qu’elles soient culturelles ou sociales. Avec le très politisé et virulent Alexander Mackendrick, ce thème prend un tour nettement plus grinçant notamment le génial L’Homme au complet blanc (1951), brillante dénonciation du capitalisme où Alec Guinness joue un inventeur traqué par les pontes de l’industrie du textile après avoir inventé le tissu insalissable. Mackendrick a d’ailleurs l’art de dénoncer sans être manichéen tout en étant d’une vraie tendresse avec ses personnages comme The Maggie en fera de nouveau la preuve.

Le début pose un antagonisme typique d’Ealing. Le Capitaine MacTaggart (Alex Mackenzie) est le dernier dinosaure de l’activité portuaire locale dominée par les grandes compagnies, toujours à la barre de son vieux bateau à vapeur The Maggie. La fin semble proche cependant quand l’état d’usure lamentable du bateau lui interdit la navigation et qu’il n’a pas les moyens de le réparer. La solution s’impose avec Marshall (Paul Douglas), un riche américain dans l’urgence dont il se propose d’acheminer la cargaison sans bien sûr lui faire part de sa situation. Dès que l’américain découvrira la supercherie, une poursuite tordante puis une hilarante cohabitation s’ensuivra pour un vrai choc des cultures. Pusey (Hubert Gregg), secrétaire de Marshall et pure figure de snobisme anglais sera le plus ridiculisé dans quelques savoureuses séquences (l’entourloupe initiale, l’accusation de braconnage) alors que le regard se fait plus subtile concernant l’antagonisme entre l’américain et le Capitaine. 

La nonchalance et la roublardise du Capitaine fait merveille face au tempérament colérique mais tenace de l’homme d’affaire pressé. Mackendrick illustre cela par un hilarant jeu de dupe (repérant Marshall qui le suit en avion le Capitaine anticipe les entourloupes que son adversaire l’imagine faire pour garder le trajet le plus simple) et quelques gags à la montée en puissance grandiose comme cet effondrement de ponton. D’autres fois ce sera le montage qui exprimera avec drôlerie le rapport de force lorsque Marshall force le Capitaine à une marche vers un village voisin. Déterminé, autoritaire et le pas alerte Marshall avance en laissant au loin le Capitaine mais une ellipse nous montre la fin du trajet où les places s’inversent, le Capitaine goguenard attendant Marshall repu qui avance péniblement – gag réédité pour le trajet de retour. 

Tout cela semble bien schématique mais le capital sympathie n’est pas forcément où on le pense. Tout le génie du Capitaine réside dans cette malice mais il n’en demeure pas moins négligeant pour sa mission et dans l’entretien de son bateau, préférant siroter un chope de bière au pub. A l’inverse Marshall a la compétence (directeur d’une compagnie d’aviation), l’abnégation et la capacité de s’adapter et anticiper tous les coups tordus de ses compagnons. Seulement il lui manque cette bonhomie, cette humanité qu’il gagnera au fil du voyage. Forcé de se dérider le temps d’une fête d’anniversaire d’un centenaire local (là on est en plein dans l’ambiance alcoolisée et insulaire de Whisky à gogo), il est placé face à ses contradictions à travers l’angoisse latente de sa relation avec son épouse absente qui court tout au long du film. 

A vouloir s’enrichir toujours plus n’aurait-il pas manqué l’essentiel ? Sa relation au Capitaine et à son équipage, jusque-là régulé par sa puissance financière qu’il ne cesse de leur rappeler va ainsi évoluer. A l’inverse le Capitaine, aussi sympathique soit-il ne dérogera pas de sa fainéantise, compétences toutes relatives et de son ancrage dans les coutumes locales – que représente aussi l’attachant mais très buté personnage du jeune mousse. Au-delà même de Ealing, on pense au Michael Powell brillant anthropologue dans À l'angle du monde (1937), le magnifique A Canterbury Tale (1944) ou Je sais où je vais (1945) où il dénonçait autant l’arrogance citadine que l’immobilisme de ces communautés isolées tout en plaçant de possibles motifs de rapprochement. 

L’entente sera donc brève ici mais bien réelle (le Capitaine prêt à sacrifier son bateau pour la cargaison et inversement pour Marshall) tout en continuant de faire des étincelles avec un ultime échange achevant l’aventure dans un grand éclat de rire courroucé. Grande comédie portée par un sacré duo.

Ressort en salle en ce moment distribué par Tamasa, une sortie dvd doit suivre plus tard 

Extrait

4 commentaires:

  1. J'ai le dvd dans un coffret Ealing, mais je ne l'ai pas encore regardé, je ne sais pas pourquoi mais j'associe ce film au plus récent Local Hero, par le fait de l'américain fortuné qui débarque dans un village écossais sans doute...
    Ah oui, je ne suis toujours pas un robot.

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  2. J'ai déjà entendu la comparaison avec Local Hero (que je n'ai pas encore vu mais j'ai beaucoup les films de Bill Forsyth déjà découvert) le Ealing a sûrement influencé Bill Forsyth.

    Pour le robot c'est juste une vérification de blogger qui met le commentaire en attente avant que je valide. Pas de censure mais j'ai parfois eu des commentaires bizarres à base de pubs pharmaceutiques étranges d'où le petit filtre ^^

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  3. Bon je ne suis pas un robot mais je représente une firme pharmaceutique (smile). Je me doutais bien que tu ne pratiquais pas la censure ceci dit.
    Merci pour la diversité de tes choix filmiques.Je vois que tu as même chroniqué "La Bataille des Thermopyles", dingue. Je ne me moque pas, au contraire, mais je lirais le texte après avoir visionné le film, que je viens d'acquérir...

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  4. Très bon "La Bataille des Thermopyles" un des meilleur Rudolph Maté ça devrait te plaire et amusant à comparer avec "300" après coup.

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