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vendredi 16 octobre 2015

Crimson Peak - Guillermo Del Toro (2015)

Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael. 

Sans doute un peu vite proclamé maître contemporain du cinéma fantastique, Guillermo Del Toro montre une fois de plus ses limites avec ce nouvel opus. Le réalisateur souffre d’un énorme problème : trop de personnalité pour être un faiseur très doué, mais pas assez de choses à dire pour véritablement être considéré comme un auteur. Le propos naïf et la lourdeur de ses œuvres les plus personnelles (L’échine du diable (2001), Le Labyrinthe de Pan (2006)) se dispute à la l’efficacité euphorisante de ses purs divertissement (le génial Blade 2 (2002) et l’efficace Hellboy (2004)) et quand il cherche à croiser les deux (Hellboy 2 (2008), Pacific Rim (2013)) il s’égare totalement. L’énorme culture et la profonde sensibilité artistique de Del Toro ne s’épanouit donc réellement qu’en reposant sur un matériau solide (l’univers du premier film Blade (1998) qu’il enrichit considérablement et la superbe illustration qu’il donne du comic de Mike Mignola dans Hellboy) tourne à vide dans ses films « d’auteur ». Crimson Peak en est malheureusement l’illustration avec un train fantôme d’une rare lourdeur.

Del Toro tente de ressusciter la tradition du film gothique avec ici pour influence les films de la Hammer mais aussi les classiques de Mario Bava (Le Corps et le fouet, Les Trois visages de la peur, Opération peur…) sur une trame plutôt dans l’esprit littéraire anglo-saxon (Rebecca, Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent…). Malgré la direction artistique impressionnante, l’imagerie est tellement stylisée et chichiteuse visuellement que cela finit par faire toc par effet d'empilement où le réalisateur a casé tous ce qu’il aimait dans les influences précitées mais sans finesse. Cela ne compense pas une intrigue cousue de fil blanc pour l’amateur du genre (la véritable nature du personnage de Jessica Chastain éventé dès sa première apparition) et qui un comble est nettement plus intéressante dans sa première partie (intrigue de mœurs dans la veine du Temps de L’innocence) et dénué de surnaturel. 

Dès l’arrivée au manoir le melting-pot de références parasite donc aussi le récit, provoquant l'ennui poli puis le franc agacement sur la dernière partie grand guignol expédiée. Jessica Chastain survoltée et Tom Hiddleston en amoureux tragiques amènent un peu de vie malgré les clichés que véhiculent leur personnages (car restant en surface de ce lien scandaleux Del Toro ayant toujours été timoré dans le registre sensuel pourtant essentiel au récit gothique) tandis que  Mia Wasikowska ne dépasse jamais celui de jeune femme en détresse. 

Malgré le brio de la mise en scène (et de vraies belles idées comme ce manoir reposant sur une mine d’argile rouge) c'est vraiment une coquille vide où Del Toro n'amène sa personnalité que par un apparat superficiel. Il rate ainsi tout ce qu'avait réussi Alejandro Amenabar avec Les Autres (2001) bien plus équilibré, à la vraie montée en puissance horrifique (quand au bout de 5 minutes Del Toro en a déjà étalé partout en vain avec ces fantômes inutiles à l’intrigue et dont la présence aurait gagnée à être plus ambiguë) et bien plus subtil dans son côté référencé (la seule force émotionnelle de l'histoire faisait marcher un twist venant pourtant juste après Sixième Sens) qui lui faisait égaler les grands classiques du genre. Là malheureusement comme dans Pacific Rim Del Toro semble s'amuser tout seul avec ses jouets, laissant le spectateur à l’écart. 

En salle 


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