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jeudi 12 septembre 2013

Carnival of Souls - Herk Harvey (1962)

À la suite d'une course de voitures improvisée, un véhicule transportant trois jeunes femmes tombe d'un pont et s'enfonce dans une rivière. Unique rescapée, Mary, une organiste professionnelle, part ensuite s'installer à Salt Lake City où son nouveau travail l'attend, mais des évènements étranges surviennent bientôt ...

Un film fantastique culte en puissance et longtemps invisible jusqu'à sa redécouverte en 1989 qui rattrapa une injuste première sortie anonyme en son temps. C'est la seule œuvre de fiction et le premier long-métrage de Herk Harvey qui travaillait alors au sein de la Centron Corporation, compagnie de production de films éducatifs et institutionnels installée à la ville de Lawrence. Herk Harvey y fit pratiquement toute sa carrière, signant une centaines de courts-métrages institutionnels, éducatifs, documentaires ou gouvernementaux pour lesquels il recevra de nombreuses récompenses dont une nomination à l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire pour son film Leo Beurman où il montre la réussite d'un homme handicapé.

 Ce travail l'amène à voyager fréquemment à travers le monde et les Etats-Unis et c'est au détour d'un de ses périples que lui viendra l'idée de Carnival of Soul lorsqu'en rentrant de Los Angeles il tombera sur le fabuleux décor du parc de loisirs Saltair, près de Salt Lake City. Ayant eu la vision de morts dansant dans l'imposante salle de bal bordant le Grand Lac Salé, Harvey rédige un script à partir de ce postulat et rassemble 30 000 dollars auprès d'investisseurs locaux grâce auxquels il pourra tourner le film en trois semaine.

Le récit narre la lente descente aux enfers de Mary (Candace Hilligoss) qui suite à une course en voiture improvisée, réchappe miraculeusement au contraire de ses compagnes à la chute de sa voiture dans les eaux d'une rivière. Dès lors, entre réalité altérée et apparitions spectrale, sa raison va lentement vaciller. Le script amène habilement ce basculement avec le caractère singulier du personnage de Mary. C'est une femme froide et détachée de tout dont le caractère solitaire se voit accentué par son accident. Organiste professionnelle en église, elle n'est guère stimulée ni intéressée par l'environnement spirituel de son métier et affiche la même distance en dehors en fuyant les avances masculines et limitant au strict nécessaire toute relation sociale.

Ce point de vue focalisé sur un personnage aussi intériorisé donne donc un tour d'autant plus fort lorsque la réalité se disloque, faisant constamment hésiter en l'hypothèse de la folie d'une Mary traumatisée par l'expérience ou alors une vraie manifestation surnaturelle. La mise en scène de Herk Harvey joue habilement de ces deux approches notamment lors de la première irruption du fantastique lorsque Mary roule seule sur une route déserte en campagne.

La caméra s'attarde en montage alterné sur le visage progressivement perturbé de Mary, la bande-son est soudain inondée d'une partition d'orgue glaçante, la figure d'un homme inquiétant (joué par Herk Harvey lui-même !) surgit soudain et surtout le fameux décor du parc de loisir abandonnée apparait en ombre menaçante et supposée déclencheur des évènements étranges.

Tout le film fonctionnera sur cet entre-deux, de façon de plus en plus prononcée et dans des séquences virtuoses tel cette stupéfiantes séquences où jouant dans l'orgue dans l'église Mary regard halluciné s'adonne à un concerto torturé tandis que les visions de cauchemars affluent avec cadavres plongés dans l'eau, ombres terrifiantes et toujours cet homme au visage blafard qui la harcèle.

Mary perd de sa tranquille assurance et devient de plus en plus fébrile, permettant ainsi au film de plonger pour de bon dans l'étrange avec ces scènes où l'héroïne devient invisible à ses interlocuteurs. Son traumatisme refoulé aura-t-il réveillé ses propres frustrations (la relation avorté avec le trop entreprenant voisin de pension) où ces fantômes bien réels viennent ils la happer de l'autre côté ?

La question reste entière grâce à la magnifique prestation de Candace Hilligoss (quel dommage que l'on ne l'ait quasiment plus revue par la suite) qui fait tout passer, la froideur, l'angoisse et la folie et où son allure élégante est progressivement effritée. Tout se résoudra dans une extraordinaire conclusion où le monde des ténèbres prendra définitivement le pas et le décor du parc dévoilera tout son potentiel de terreur, superbement mis en valeur par Harvey.

Avec son réel contaminé peu à peu par l'étrange, Harvey fait vraiment la bascule entre son expérience documentaire (toute la scène de repêchage avec les quidams observant la police reste dans ce ton) et le cinéma. Entre La Quatrième Dimension et une sorte de Répulsion sans le côté claustrophobe, un vrai classique de l'épouvante dont le twist final saura inspirer bien plus tard un Shyamalan ou un Amenabar.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side et en zone 1 dans une très belle édition Criterion truffé de bonus dont le director's cut
 

4 commentaires:

  1. Question : quel montage propose l'édition DVD de chez Wild Side ?
    Je sais que c'est la version courte (1h14) pour l'édition DVD de chez Le Chat Qui Fume.

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    1. Je ne saurai dire car j'ai l'édition Critérion mais peut être qu'un possesseur de la Wild Side va venir nous éclairer ;-)

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  2. Il y a un seul montage. La version d'origine. Celle du Chat et de Wild Side. Le film est libre de droits et Criterion proposa au réalisateur de faire une version plus longue et donc protégée celle çi. Mais en fait il a juste rallongé certaines scènes de quelques images. Pas de scènes en plus. Juste quelques longueurs en plus ...

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    1. Ce qui est bizarre c'est que Criterion a demandé la même chose pour Terry Gilliam et 'Las Vegas Parano' (1998) : le film est rallongé de quelques 2 minutes (comme la scène avec Raoul Duke (Johnny Depp) et le singe en costard vue dans la bande annonce) et ce montage rallongé se retrouve dans la nouvelle édition DVD et l'édition blu-ray en France chez TF1 Vidéo.

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