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jeudi 26 septembre 2013

Le Marquis de Saint-Évremond - A Tale of Two Cities, Jack Conway (1935)


En 1789, Lucie Manette, dont Sydney Carton vient de s'éprendre, aime Charles Darney, neveu du tyrannique Marquis de Saint-Évremont. Celui-ci, responsable de la mort d'un enfant, sera tué par le père de ce dernier. En outre, la Révolution française gronde et bientôt, ce sera la Prise de la Bastille...

Cette adaptation du roman éponyme de Charles Dickens nous offre un captivant et tumultueux mélodrame historique, sommet des productions d'un David O'Selznick officiant encore à la MGM. L'intrigue offre une tonalité tout à la fois romanesque et respectueuse de la réalité historique, entremêlant constamment l'intime et la grande Histoire. Cela fonctionne notamment par un usage volontaire des grands archétypes associés à cette période. L'ouverture nous plonge donc dans une France faisant office de poudrière prête à exploser durant cette période pré révolutionnaire.

Les tableaux de misères sont saisissants avec ce peuple s'abreuvant de flaques d'eau insalubre, les nobles et aristocrates sont plus abjects les uns que les autres tel un Basil Rathbone en Marquis de Saint-Évremond écrasant sans un regard les enfants ayant le malheur de se trouver sur le chemin de sa calèche lancée à toute vitesse. Même en nuançant le propos on retombe dans ces mêmes archétypes avec un Charles Darney (Donald Woods) en neveu de Saint-Évremond reniant l'attitude de son oncle et défenseur du peuple. La vraie émotion naîtra surtout avec les retrouvailles poignantes entre le Dr Manette (Henry B. Walthall) embastillé depuis 18 ans et sa fille Lucie (Elizabeth Allan) tandis que l'originalité se ressentira dans la nature très feuilletonesque donnée à ces prémisses de la Révolution amorcée bien en amont par la société secrète des "Jacques".

Cruels au point d'en être grotesque (le Marquis de Saint-Évremont), vertueux jusqu'à en paraître lisses (Charles Darney et Lucie), tous ces personnages et ce contexte historique ne nous paraîtra plus palpable qu'avec l'arrivé de Carton (Ronald Colman) dans l'intrigue. Dénué de l'égoïsme des aristocrates, de la soif de vengeance du peuple et de la bienveillance des républicains, Carton ne sert finalement que le mépris qu'il a de lui-même et l'auto destruction à laquelle il se livre dans ses beuveries. C'est un être plus faillible et humain auquel nous pouvant épouser le regard. On découvre ainsi autant ses aptitudes (remarquable scène d'enquête et de procès) que les démons qui le rongent par ses interactions avec les autres personnages qu'il fait réellement exister.

Lucie par sa sollicitude pour lui devient un touchant enjeu d'amour platonique qui le forcera à se montrer sous un meilleur jour jusqu'au magnifique sacrifice final. Ronald Colman qui caressait depuis longtemps le rêve d'interpréter le personnage de Dickens offre une prestation subtile et poignante. Les nuances et contradictions de Carton exprime ainsi une certaine idée du libre arbitre où la bonté naîtra plus de notre éveil et fort intérieur plutôt que d'une idéologie.

A l'inverse les mouvements collectifs même bien intentionnés sont voués à l'échec moral. Les scènes de procès où l'esprit de revanche a plus court que la vraie justice (tout aristocrate ou plus ou moins lié à eux étant condamné à mort dans ce règne de la terreur) renvoient finalement les révolutionnaires et nobles dos à dos, les premiers faisant preuve de la même indifférence que les seconds en méprisant une caste entière sans se préoccuper de l'individu.

Les équipes de la MGM offrent une direction artistique époustouflante portée par la mise en scène inspirée de Jack Conway encore sous haute influence du muet lorsqu'il use grandement de phrases exaltées s'affichant à l'écran pour appuyer les moments les plus évocateurs de l'oppression puis de la révolte du peuple. La caméra s'attarde sur les regards mornes puis enragés, les élans collectifs se font dans des mouvements de caméra amples où la conscience et la colère semblent monter comme un seul homme au sein d'une population qui a trop subie.

Mme Defarge (Blanche Yurka) la plus enragée de tous exprime à elle seule cette furie qui renverra finalement à des motifs plus personnels. Le plus impressionnant morceau de bravoure ne sera cependant pas dû à Jack Conway mais plutôt à Val Newton et Jacques Tourneur à la seconde équipe qui signent l'incroyable séquence de prise de la Bastille, d'une ampleur et intensité stupéfiante.

Conservant sa liberté d'action et de pensée jusqu'au bout, Carton se détache de toute cette fourmilière indistincte pour finalement signer l'acte le plus noble du film dans une belle conclusion où la fin imminente se confond avec un sentiment d'éternité lors du plan aérien final.

  
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

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