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lundi 2 septembre 2013

Le Gang des Tueurs - Brighton Rock, John Boulting (1947)

Pinkie Brown est à la tête d’une bande de gangsters dans la cité balnéaire de Brighton. Après avoir assassiné un journaliste qui enquêtait sur eux, Pinkie craint d’être démasqué par une jeune serveuse. Pour l’empêcher de parler, il décide de l’épouser...

Les frères Boulting signent un pur diamant noir avec cette adaptation d'un roman de Graham Greene (au scénario avec Terence Rattigan). On y sera en bien désagréable compagnie avec le héros malfaisant campé brillamment par Richard Attenborough. Celui-ci est Pinkie, gangster aux traits juvénile et à l'âme damnée capable des pires exactions. Chef d'une petite bande de malfrats, il apprend le passage en ville d'un journaliste responsable de la disparition de l'un d'entre eux et décide de lui régler son compte.

Le contraste et la crainte inspiré par Pinkie à ses acolytes s'annonce d'emblée quand ceux-ci hésitent à lui annoncer la nouvelle car craignant sa réaction. Et lorsqu'ils se décident à lui dire John Boulting introduit le personnage de la façon la plus inquiétante qui soit, en vue subjective triturant nerveusement un élastique. Cela se confirmera lors de la longue et haletante traque du journaliste où la manœuvre d'intimidation tourne court face aux élans sanguinaire de Pinkie qui trucide sa victime dans un pur moment de cauchemar lors d'un passage dans une attraction de train fantôme.

John Boulting considérait les films noir américain (où Brighton Rock sortira sous le titre de Young Scarface) des "opiacés de la vie" et souhaitait conférer un plus grand réalisme et ancrage social à Brighton Rock. Le cadre ensoleillé de la station balnéaire de Brighton le lui permet et offre un cadre assez inédit pour un film noir. L'intrigue du roman se déroule dans les années 30 et un panneau au début du film nous indique que ce Brighton dangereux et criminel est désormais révolu (plus un moyen pour la production de ne pas s'aliéner la collaboration de la ville qu'une réelle réalité) et cet aspect sert grandement le ton constamment double de l'ensemble.

Les atmosphères estivales, la plage et les vacanciers souriants contrastent constamment avec les mines menaçantes du gang, l'environnement typique de film noir (un hôtel sordide qui abrite le gang) alterne constamment avec des vignettes touristiques qui la nuit venue prennent un tour nettement plus inquiétant (voir la remarquable scène finale).

Ce contraste fonctionne également dans la nature du personnage principal et de ce qu'il véhicule. Paranoïaque et bafouant tout semblant de moralité, Pinkie malgré toute ses exactions est loin du dur qu'il pense être (aspect encore plus appuyé avec l'interprétation de Sam Riley dans le remake de 2010).

Sa panoplie de truand lui sert surtout à intimider ses adversaires et assouvir ses pulsions puisque toutes ses victimes seront des faibles et/ou des innocents : le journaliste apeuré en ouverture, l'homme de main Spicer (Wylie Watson) et surtout la malheureuse Rose (Carol Marsh), témoin gênant qu'il va séduire et épouser pour s'en débarrasser en toute tranquillité. La méthode est toujours lâche (voir la manipulation finale sur une Rose pourtant folle d'amour pour lui), renforçant la dimension abjecte du personnage qui balaie d'un revers de la main toute opportunités de rédemption qui s'offriront à lui tout au long du récit.

La thématique annonce aussi une forme de basculement dans l'œuvre des frères Boulting. Le film sort dans une Angleterre d'après-guerre où perdure un idéal de fraternité et d'entraide qui permit à la population de tenir bon pendant les difficiles années de privations du conflit. Sans l'approuver mais également sans faire preuve de la lourde morale qui contrebalance les écarts dans les film noir américains, Brighton Rock nous fait partager l'inconfortable point de vue d'un héros nihiliste qui n'a que faire de ces valeurs, conscient et fier de ses actions néfastes. Le destin, la malchance et les mauvaises rencontres n'ont rien à voir dans l'odyssée noire de Pinkie qui est un monstre, tout simplement.

C'est un revirement assez étonnant des Boulting qui avaient pourtant participé à cet élan bienveillant et patriotique avec notamment leur magnifique Thunder Rock (1942). Du coup cela annonce leurs grandes comédies des années 50 (Private Progress, I'm alright Jack, Carlton-Browne of the F.O.) qui useront de la satire pour finalement exprimer cette même idée d'une Angleterre guidée par l'individualisme et dont les élans fraternels se sont arrêtés avec la guerre. C'est un rêve à l'image du splendide final où un disque rayé transforme un message de pure haine en déclaration d'amour illusoire. Un très grand film noir porté par un glaçant Richard Attenborough.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

Extrait

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