Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.
C’est avec La famille Asada (2020), son cinquième long-métrage, que nous avions découvert en France le cinéma de Ryota Nakano. On y découvrait l’approche à la fois sensible et espiègle du réalisateur, ainsi que la thématique centrale chez lui de la famille. Presque tous les films du réalisateur tournent autour de la famille et particulièrement à ce qui s’y rattache de plus douloureux comme la mort, la maladie et le deuil comme Capturing Dad (2012), Her Love Boils Bathwater (2016) ou A Long Goodbye (2019).
2Nakano cherche constamment à mêler ces maux universels et inéluctables associés à la famille à une dimension plus intime et personnelle. Dans La Famille Asada, l’un des fils rouges était notamment le traumatisme du séisme et du tsunami ayant frappé l’Est du Japon le 11 mars 2011. Ce moment de douleur nationale allait servir de révélateur à un des enfants de la famille, trouvant dans le contexte d’entraide une voie à son existence. Le réalisateur procède de la même façon ici, y compris dans la manière d’entremêler une profonde gravité avec une étonnante veine ludique. Cela s’incarne notamment à travers le personnage de Riko (Kô Shibasaki), mère de famille prenant avec une philosophie qui surprend son mari et ses enfants l’annonce du décès de son frère. Par devoir davantage que tristesse, elle va se charger des démarches du deuil. La rencontre avec sa belle-sœur, ses neveux et nièces endeuillés, vont lui faire voir sous une autre perspective ce frère irresponsable et égoïste avec lequel elle ne s’est jamais entendue. Les flashbacks dessinent les motifs de cette incompréhension et mésentente fraternelle précoce, et font ressortir ce frère sous son plus mauvais jour. Paradoxalement, l’ex-femme et les enfants qui auraient encore davantage à reprocher à cet homme ayant eu tant de difficulté à se fixer n’ont que mots tendres et souvenirs émus à évoquer de lui. Le doute s’installe dans l’esprit de Riko, a-t-elle jamais su comprendre son frère, est-elle passée à côté de la personne qu’il était vraiment ? Cette interrogation instaure la facette délirante du récit, lors le frère lui apparaît soudain dans des hallucinations, plus taquin que jamais. Cet élément introduit une tonalité décalée dans le récit, bien aidée par le jeu décalé de Kô Shibasaki – qu’il y a moins d’un an exprimait le deuil de façon taciturne, glaciale et violente chez Kyoshi Kurosawa dans La Trace du serpent. Nakano fait preuve d’une inventivité formelle appréciable puis illustrer ces moments, le revers de la médaille étant que sous couvert d’humour et d’émotion ils soulignent le propos de façon beaucoup trop appuyée.L’équilibre assez miraculeux entre drame et humour de La Famille Asada n’est pas tout à fait obtenu ici, mais l’émotion est bien présente jusqu’au bout, notamment dans une ultime « entrevue » fraternelle très réussie. Mon grand frère et moi est donc un joli film attachant, sans pour autant égaler l’éclatante réussite précédente de Nakano.
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