Troisième long-métrage de Jun Li, Queerpanorama est pour le réalisateur une œuvre en partie autobiographique. Il s’y inspire de sa relation de couple libre pour accompagner un personnage principal (Jayden Cheung) voguant entre différentes rencontres sexuelles éphémères dans le Hong Kong contemporain. Jun Li entremêle une certaine vision et réalité où ce type de relation furtive est davantage institutionnalisée dans la communauté gay (nombre d’amant de passage du héros étant également en couple), mais désormais largement installée aussi chez les hétéros à travers les applications de rencontres. Nul jugement de la part du réalisateur qui voit dans son argument et la personnalité de son héros une fuite en avant, ou du moins une quête d’identité dans ce passage d’un amant un autre.
En effet chaque partenaire sexuel est l’occasion de la découverte d’un cadre social et topographique différent, d’une interaction qui relance le récit. Le héros à la personnalité opaque emprunte systématiquement ce qu’il a retenu de l’amant précédent pour se présenter au suivant, amenant un glissement passionnant. Il est une éponge se pliant au fantasme et désir de son partenaire de l’instant tout en endossant une part de l’identité du précédent. Cela offre une photographie de la population du Hong kong contemporain, notamment les différents expatriés à la réalité bien différentes : un universitaire, un Iranien, un travailleur thaïlandais, un afro-américain. Ne pas se livrer est pour le héros une manière d’affirmer son détachement à la vacuité du monde contemporain au sein duquel il n’est bon que de rechercher des plaisirs sans attaches. Les rencontres l’ébranlent ou le renforcent dans cette conviction, mais Jun Li parvient à éviter le cynisme pour dessiner un portrait en creux du héros dans ce marivaudage gay. Les influences convoquées en témoignent d’ailleurs puisqu’il se réclame de Rohmer, Léos Carax ou Hong Sang-soo. La somptueuse photo noir et blanc n’est pas sans rappeler ce dernier d’ailleurs, dont les jeux d’ombres et de lumières épousent la tension des corps en pleine étreinte et épouse leur relâchement lors des discussions plus ou moins sincères qui suivent. En définitive une belle errance, aussi envoutante qu’insaisissable.Sorti en dvd zone 2 français chez Blaqout




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