Le Venin de la peur est une incursion de Lucio Fulci dans le giallo, un prolongement d’un virage déjà initié dans Perversion Story (1969). On retrouve d’ailleurs plusieurs éléments de ce dernier ici, que ce soit la relation lesbienne, une partie du casting avec de nouveau la présence de Jean Sorel. La réussite du film tient dans les moments où Fulci lâche la bride dans les moments d’onirisme, d’outrance sensuelle, macabre, dans de purs dispositifs où seule compte la dimension sensorielle et psychanalytique des images. Il bascule là dans l’abstraction des meilleurs gialli quand ils acceptent de perdre pied avec la réalité. C’est notamment le cas dans la fabuleuse scène d’ouverture durant laquelle Carol Hammond (Florinda Bolkan) oscille en cauchemar oppressant et rêverie humide avec une formidable inventivité lors de la bascule des environnements, l’érotisme à la fois frontal et suggestif.
Le réalisateur façonne des dispositifs tout aussi impressionnants dans le pur suspense, exploitant formidablement le décor de l'Alexandra Palace (grande structure entre hangar et cathédrale) dans une pure approche d’épouvante gothique dont il n’hésite pas à introduire les clichés avec le surgissement de chauves-souris. Le cadre de l’hôpital psychiatrique va également donner à autre scène de poursuite débouchant sur une vision d’horreur innommable qui traduit l’inventivité dont est capable Fulci dans l’imagerie horrifique. Le problème du film est que, entre deux morceaux de bravoures, Fulci se raccroche à une trame criminelle hitchcockienne vraiment peu palpitante. Malgré un casting solide (Stanley Baker en policier londonien), l’enquête policière est assez poussive et ne tient que sur l’opposition sociale et de mœurs entre la vie dissolue de la victime (Anita Strindberg), objet de jalousie et de fantasme, et la frigidité de façade de la bourgeoise Carol. Fulci en joue bien sûr dans les scènes de rêve, mais l’exploite aussi notamment dans le montage alterné entre l’orgie hippie et le dîner familial guindé, l’usage brillant des split-screen travaillant par l’image la projection mentale envieuse de l’héroïne. Si la révélation finale amenée avec une surprenante sobriété tient très bien la route, le chemin tout en fausses pistes laborieuses et dialogues poussifs aura provoqué un ennui certain. On sent néanmoins les germes des réussites à venir quand Fulci se détachera du seul scénario pour s’abandonner à la seule poésie morbide.Sorti en bluray français chez Le Chat qui fume








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