She’s rain est un plaisant récit d’apprentissage se penchant sur les amours lycéennes durant la dernière année et donc passage à l’âge adulte. Le film joue d’un contraste intéressant dans le fond et la forme. Pour le fond, il s’agit de la dualité entre une enfance que l’on n’est pas tout à fait prêt à abandonner, et une vie adulte que l’on n’est pas apte à endosser. Le scénario en joue bien sûr sur la dimension scolaire avec la pression de la recherche d’une université, facette d’autant plus forte au Japon où le prestige de l’université pèse dans la recherche d’emploi future. C’est surtout présent au niveau sentimental à travers le triangle amoureux qui va se dessiner.
Yuichi (Shun Someya) et Reiko (Chiharu Komatsu) entretiennent une amitié ambiguë, dissimulant des sentiments plus profonds. Reiko est une adolescente espiègle contant sans pudeur à Yuichi ses amours fantasmés avec un dentiste adulte, tandis que Yuichi apparaît plus introverti. L’arrivée de Yuuko (Maiko Kikuchi), une camarade d’enfance et ancienne partenaire de piano de Yuichi, va forcer les deux « amis » à se questionner sur leur relation. Yuichi oscille entre l’enfant qu’il fut avec cet amour juvénile avec lequel il a entretenu une promesse précoce (ne plus jouer de piano jusqu’à leurs retrouvailles quand elle revendrait de l’étranger) et l’adolescent qu’il est, voire l’adulte qu’il aspire être, par ce désir plus concret qu’il a pour Reiko. Cette dernière doit également se rendre à l’évidence, l’arrivée de cette rivale la force à admettre les vrais sentiments qu’elle entretient pour Yuichi. Ces questionnements à la fois légers et profond baignent dans un surprenant écrin formel. L’esthétique joue conjointement sur des environnements très superficiels concernant les lieux de loisirs (ce bar tout en néon et à l’étonnant laxisme quant à la consommation d’alcool des adolescents surtout au Japon), un vernis papier glacé presque publicitaire pour certains décors, voire une imagerie shojo sublimant l’artificialité pour appuyer les instants romantiques. La dimension sociale interroge aussi puisque le luxe de l’ensemble nous introduit parmi une adolescence japonaise nantie et peu réaliste sur certains points comme Reiko qui vit déjà seule – artifice typique du manga. Pourtant la ville de Kobe est un vrai personnage secondaire que le réalisateur Mitsuhito Shiraha capture dans une imagerie tout simplement somptueuse. La gare est un décor crucial dont les allées et venues, les rencontres impromptues s’y déroulant accompagne les liens se nouant et se dénouant entre les protagonistes et représentant leur instabilité émotionnelle. Les plans d’ensemble, notamment celui merveilleux servant d’affiche au film, dessinent un arrière-plan à la fois authentique et stylisé porté par la belle photo de Yoshitaka Sakamoto. Ces partis-pris s’adaptent aux humeurs des personnages ainsi qu’à la bascule des saisons exprimant aussi l’évolution de leurs liens amoureux. Alors que le tout pourrait sembler très badin et léger, une mélancolie, un spleen plus profond et inattendu s’invite durant la dernière partie bien plus amère. Comme une piqûre de rappel que grandir, c’est aussi perdre, accepter le renoncement à nos idéaux adolescents, et en garder un goût d’inachevé.
Materialists (2025) de Celine Song
Il y a 10 heures







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