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dimanche 25 septembre 2011

Le Passage du Canyon - Canyon Passage, Jacques Tourneur (1946)



En 1856, Logan Stuart escorte Lucy Overmire, la fiancée de son ami, à Jacksonville dans l'Oregon. Au fil du voyage Lucy tombe sous le charme de Logan. Arrivé à destination, le duo s'aperçoit que l'aventure ne fait que commencer...

Si ses films d'épouvantes à l'économie tournés au sein de la RKO restent les films les plus célébrée de Jacques Tourneur, le réalisateur aura prodigué son talent dans tous les genres et des productions parfois bien plus luxueuses. Le Passage du Canyon est un film marquant à ce titre puisque c'est sa première œuvre en couleur, son premier western et l'occasion de s'aventurer hors de la RKO (ici Universal) avec un budget important. 

Le réalisateur n'en conserve pas moins sa singularité car Canyon Passage est un western des plus curieux. Sur le papier (un script de Ernest Pascal d'après un roman de Ernest Haycox) tout le programme du spectacle attendu et palpitant de rigueur est bien présent : les contrées sauvages de l'Oregon où s'agitent des chercheurs d'or, un triangle amoureux, des indiens menaçant rôdant alentours... Pourtant alors qu'un seul de ses différents éléments suffirait à nourrir un film entier, Tourneur en apparence paraît n'en exploiter réellement aucun jusqu'au bout. Si on passe à côté, le film paraît faussement "paisible" voire ennuyeux tant le réalisateur propose une construction déroutante. Hormis la dernière partie où nos héros font face aux assauts des indiens et une courte scène de bagarre, Canyon Passage est même totalement dénué d'action digne de ce nom.


Tourneur tient pourtant le spectateur captivé de bout en bout, tout simplement en pliant le genre à ses règles et non l'inverse. L'angoisse latente qu'il aura su saisir dans ses films fantastique, il la traduit ici visuellement, thématiquement et narrativement ici à une échelle plus complexe encore. La beauté des paysages naturels de l'Oregon est rarement exploitée dans toute sa largeur et profondeur de champ, comme pour laisser deviner une présence, une menace indicible. On le constate lors d'un des moments les plus joyeux du film lorsque toute la ville aide à construire la cabane de jeunes mariés, en pleine festivité un regard inquiet hors champs laisse deviner avant qu'on ne les voit l'arrivée des indiens venus perturber la fête.


Dans une même idée, Tourneur use à nouveau de codes de films d'épouvante lorsqu'il interrompt l'action pile avant que le personnage de Brian Donlevy ne tue un chercheur d'or qu'il sait ne pouvoir rembourser (on peut ajouter l'attaque nocturne de Bragg sur le héros ou son agression d'une jeune indienne. Les intrigues donnant l'impression d'être sous-exploitées sont ainsi sous leur fadeur toutes placées sous des cieux troublés. En quelques échanges on devine la romance retenue entre Dana Andrews et une Susan Hayward déjà fiancée, ce même Dana Andrews liant à la belle Patricia Roc qui malgré son amour pour lui aspire à une vie plus paisible que celle qui l'attend avec cet homme d'affaire remuant.

Le casting est idéal pour cette tonalité qui traverse le film. Susan Hayward conserve une présence volcanique tout en voyant tous les aspects plus excessifs de son jeu éteint par Tourneur, Dana Andrews à cette aura neutre et monolithique où pointe autant le charisme d'un héros qu'une certaine normalité. Leur union parait ainsi bien plus menacée, que ce soit de manière physique par la brutalité d'un Ward Bond ou les choix malheureux de Donlevy.


Cette menace ressentie tous le film, Tourneur la laisse enfin éclater lors de la dernière partie à la violence brève mais marquante. Tous les symboles apaisant du début du film sont éclaboussé d'une brutalité surprenante. La forêt accueillante est témoin de terribles massacres, la maison des jeunes mariés finit incendiée et nombre de figures attachantes rencontrées tout au long de l'intrigue disparaissent cruellement, femme comme enfant...


La communauté solidaire aura déjà montré précédemment sa capacité à céder par elle-même à ses bas instincts et se voit brisé par une menace extérieure pour mieux se reconstruire. Tourneur aura ainsi rendu instable le destin de ses héros pour mieux les amener à se reconstruire avec une conclusion qui remet tout en cause pour le meilleur. Même le bel happy-end plein d'espoir ne dissipe pas tout (le sort de Brian Donlevy) étonnant western... Comme le dit très bien Tavernier en bonus, Tourneur a amené au genre par son regard européen le doute dans ce qui n'était que certitude par le prisme américain.

Disponible en dvd zone 2 français dans la collection Western chez Sidonis
Extrait

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