Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 8 septembre 2011

Sweet Dreams - Karel Reisz (1985)



Karel Reisz s'était déjà confronté au genre du biopic de manière magistrale avec Isadora, sublime transposition de la vie de la danseuse Isadora Duncan. La narration et la mise en image entièrement soumises à la personnalité fantasque de la danseuse avaient donné un résultat hypnotique et inoubliable. Presque 20 ans plus tard et émigré aux Etats-Unis renoue avec le biopic avec le récit de la vie de la chanteuse country Patsy Cline. Le résultat est moins spectaculaire que Isadora mais touchant de justesse et une nouvelle fois en parfaite adéquation avec l'artiste abordée.

L'un des aspects qui valut la postérité à Patsy Cline, c'est ce timbre de voix unique et incroyable vecteur d'émotion intense dans son registre le plus connu de la ballade country déchirante. Karel Reisz semble donc vouloir aller chercher à la source la mélancolie dégagée par les chansons de Patsy Cline, ses propres amours tumultueuses avec son époux Charlie Dick. Il est ainsi très peu question de musique durant la première partie qui narre le coup de foudre entre Patsy (Jessica Lange) mal mariée à un homme indifférent et Charlie (Ed Harris) jeune ouvrier subjugué par le charme et le talent de la chanteuse. Reisz rend incroyablement intense leur relation, dans les hauts comme dans les bas.

L'attention de Charlie fait fondre une Patsy Cline abandonnée jeune par son père et dont l'époux ne prête guère attention à elle. La passion est aussi idyllique que fulgurante par la narration elliptique et l'alchimie électrique entre Ed Harris (encore chevelu) et Jessica Lange rend aussi intense les étreintes que plus tard les échanges haineux des deux amants.

Reisz l'anglais retrouve la verve et l'authenticité de son Samedi soir, dimanche matin pour dépeindre les milieux populaire de ce sud des Etats-Unis notamment les bouges miteux où joue Patsy Cline à ses débuts, les tournées harassantes mais aussi la chaleur et la solidarité du milieu country avec des séquences musicales (où au chant Jessica Lange est doublée par la voix de Patsy Cline) euphorisantes.

Reisz accorde plus de place au lent délitement du couple qu'il illustre des éléments isolés qui créent progressivement un fossé entre eux : le penchant pour la boisson de Charlie, l'éloignement dû à son service militaire, le succès naissant. C'est là qu'intervient enfin réellement la musique, Patsy s'imprégnant des maux de plus en plus douloureux de sa vie sentimentale pour nourrir la force de ses chansons. C'est particulièrement vrai vers la fin lorsque le montage enchaîne une ultime et vaine scène de réconciliation avec Patsy sur scène entamant son légendaire Sweet Dreams d'autant plus déchirant dans ce contexte.


Jessica Lange trouve là un de ses très grands rôles (qui lui vaudra une nomination aux Oscar) où elle adopte avec aisance l'accent sudiste mais aussi les manières et le langage ordurier de cette fille du cru, authentique. La relation avec sa mère (superbement incarnée par Ann Wedgeworth) est très touchante d'ailleurs dans sa manière de souligner sans trop en dire les épreuves communes traversées et la complicité. Ed Harris confère aussi une belle humanité à un personnage qui aurait pu paraître détestable et qui apparaît ici comme un homme aimant mais torturé et autodestructeur. Sous la facette biopic c'est donc surtout une belle histoire tragique dont il s'agit là. La conclusion sur le couple dansant amoureusement alors que Patsy Cline a tragiquement disparue semble vouloir figer leur union désormais brisée sur ses images d'un bonheur éphémère.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres français

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