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jeudi 26 mai 2016

Northern Soul - Elaine Constantine (2014)

Northern Soul c'est l'histoire de la jeunesse britannique des années 1970 et d'un mouvement underground qui a bouleversé toute une génération. Deux jeunes provinciaux refusent de se soumettre à leur avenir tout tracé, d'un travail à la chaine à l'usine et ne pensent qu'à partir aux USA. Ils rêvent de dénicher des disques vinyles rares, qui leur permettraient de devenir les meilleurs DJ. Ce périple va leur faire découvrir violence, rivalité, abus de drogue et mettra en péril leur amitié.

Au début des années 60, l'Angleterre connait un engouement musical sans précédent pour la soul. Les tubes de la Motown, Atlantic ou Stax cartonnent et inspirent les groupes locaux (notamment ceux du courant mods) qui vampirisent la soul pour l'emmener ailleurs avec des formations plus rock comme les Small Faces ou les Who. Avec l'arrivée du hard rock, du rock psyché, du glam et du rock progressif, la soul devient rapidement passée de mode auprès du grand public anglais. C'est sans compter sur une horde d'irréductibles dans le nord de l'Angleterre, réfractaires au changement et qui vont s'improviser DJ en organisant des soirées où ils diffusent les plus grands tubes soul de l'époque. Devant le succès considérable de ces soirées, les DJ se retrouvent rapidement à court de disques à diffuser et décident de se rendre aux USA d'où ils vont ramener un flot de perles méconnues, mais qui n'ont rien à envier aux classiques Motown. 

Le succès est tel que des titres ayant fait un bide plusieurs années auparavant aux Etats -Unis (surtout faute de distribution correcte) se retrouvent soudainement n°1 dans les charts anglais participe à créer le courant de la Northern soul. La Northern Soul se caractérise par ses tempos ultra soutenu ravivant le son Motown, un four on the floor éreintant taillé pour les pistes de danses dont le slow est totalement exclu. La drogue aidant, les rythmes se feront de plus en plus rapides, annonçant le virage vers le disco. Le mouvement connaîtra son apogée du milieu des 60's à la fin des 70's avec des soirées prétexte à des marathons de danses au sein de clubs mythiques du nord de l’Angleterre : Le Twisted Wheel à Manchester, le Golden Torch à Stoke -On -Trent, le Mecca à Blackpool et le Casino de Wigan. Le genre aura perduré à travers les reprises – le célèbre Tainted Love de Soft Cell est repris d’un tube northern de Gloria Jones -, groupe hommage tel les Dexy’s Midnight Runner et leur Come on Eileen et artiste récent s’en réclamant comme la regrettée Amy Winehouse.

Le film d’Elaine Constantine se penche donc avec brio sur le phénomène. Comme souvent la passion naît de l’ennui et la musique va constituer une échappatoire au quotidien morne et à l’avenir sinistre promis par le cadre d’une cité industrielle du nord de l’Angleterre. John (Elliot James Langridge), adolescent brimé et solitaire est subjugué durant une soirée par l’aplomb de Matt (Josh Whitehouse). Ce dernier réussit à imposer un titre soul au DJ et ne va pas se démonter face au public amorphe pour se lancer dans une danse survoltée et haranguer l’assistance. C’est le départ d’une belle amitié et c’est à travers le regard novice de John que l’on va découvrir la culture Northern Soul. Le mouvement est la fois vestimentaire avec ces sweat collant, pantalons ample et grosses chaussures permettant d’exécuter les pas de danse les plus spectaculaires et bien sûr musical. Le film rend parfaitement l’aura mythique du DJ et de sa setlist. Les « nouveautés » northern soul reposant sur des titres anciens restés obscurs, la trouvaille de la rareté qui subjuguera la piste de danse devient une quête mythique et obsessionnelle. 

On voit ainsi John et Matt écumer les disquaires d’occasions, s’immiscer dans une économie parallèle où l’on achète une cargaison de disques à la dérobée de parking de boite de nuit ou en faisant des commandes à des soldats de passage mais basés en Amérique, le tout en rêvant de trouver « la » perle. Le rêve ultime serait d’ailleurs d’aller chercher des disques aux Etats-Unis pour nos héros, admiratifs de l’aura de DJ cachant jalousement la source des meilleurs titres qu’il diffuse. Cela donne une délicieuse touche rétro et un côté plus précieux à la musique à l’heure où tout se retrouve en un téléchargement, une des plus belles scènes du film étant celle où Matt et John en écoutant leurs derniers achat tombe sur le titre caché du DJ star local, la révélation leur attirant une audience inattendue lors de leur set.

Elaine Maine s’était fait connaître par son travail dans la photo où son thème récurrent était la culture adolescente anglaise. On retrouve de cela dans le film, le cadre rétro ne jouant jamais sur la nostalgie mais capturant l’engouement Northern Soul dans une immédiateté reposant à la fois sur le montage percutant - où l’on saisit le virus Nothern Soul happer toute la jeunesse de la ville - , l’énergie des scènes de soirée et surtout un art tout photographique justement de figer dans une grâce suspendue l’extase des danseurs s’oubliant sur la piste. La première scène au Wigan Casino offre un moment d’une force rare, le malingre John devenant un stomper véloce et habité capable de se relever d’une overdose. 

Des nouveaux pas de danses répétés frénétiquement toute la semaine au travail d’usine où l’on ronge son frein en attendant le samedi, la passion irrationnelle est saisie avec une grande justesse par la réalisatrice parfaitement documentée, le projet ayant mis 15 ans à trouver un financement. La vie intime des deux héros est un peu plus convenue mais conserve charme et énergie, notamment les premiers amours de John pour une belle infirmière. L’envers du décor revêt aussi un aspect connu avec les amphétamines circulant dans les soirées, avec quelques situations et personnages outranciers à la Trainspotting mais c’est en liant toujours cela à la musique qu’Elaine Maine évite le cliché notamment avec la déchéance de Matt. Bref, une œuvre bondissante et attachante qui donnera au novice l’envie de s’y mettre et aux connaisseurs de ressortir leurs vieilles compilation Northern Soul – la bande originale du film entra d’ailleurs dans le top 10 des charts britanniques.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal 

4 commentaires:

  1. Merci pour ta critique Justin! Le film est justement en streaming sur Netflix USA, je le regarderai très bientôt! Le film m'a fait penser au "Soul Boy" de 2010, qui semblait aborder cette même thématique! J'attends avec impatience ton avis sur "Elle"!

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  2. Quelle belle découverte, merci de nous en parler Justin, je tâcherai de le voir si possible. Ah Tainted Love de Soft Cell, toute une époque aussi. Curieuse de découvrir ce qui s'est passé "avant" ;-)

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  3. @ Stéphanie effectivement Soulboy traite exactement de la même période et genre musical, j'avais bien aimé aussi même si je trouve Northern Soul plus réussi.

    @ Sentinelle oui vraiment à voir ça donne une pêche d'enfer ! Et si tu veux un aperçu de la version originale de Tainted Love voilà du tout bon https://www.youtube.com/watch?v=NSehtaY6k1U

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    1. Cette chanson est déjà un petit bijou en soi, mais avec une telle interprète en plus... superbe :)

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