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lundi 19 mai 2014

Gentleman Jim - Raoul Walsh (1942)


A San Francisco, Jim Corbett n'est qu'un modeste employé de banque passionné par la boxe et désireux de s’élever au-dessus de sa condition. Cet arrivisme agace les membres du Club Olympique ainsi que la jolie Victoria Ware dont la tentative de faire corriger l'ambitieux Jim lance au contraire sa carrière...

Gentleman Jim est un des sommets de la collaboration entre Errol Flynn et Raoul Walsh. Le film est le biopic de James J. Corbett, considéré comme un des pères de la boxe moderne et qui connut son heure de gloire à la fin du XIXe. Le scénario de Horace McCoy adapte d'ailleurs The Roar of the Crowd, autobiographie de Corbett parue en 1924 tandis que le film sort neuf ans après sa disparition en 1933. Plus qu'un boxeur émérite, Corbett fut une véritable star de son temps, étendant sa notoriété sportive à d'autres disciplines en jouant notamment au théâtre. C'est cet angle que choisit d'exploiter Walsh avec Errol Flynn dans le rôle-titre qui incarne à merveille le mélange de charisme et de vantardise que représente le champion. D'une assurance sans faille et doté d'un bagout irrésistible, Corbett un phénomène dont l'énergie naturelle préfigure constamment celle dont il saura faire preuve sur le ring. Sa vivacité s'exprimera tout d'abord ainsi par sa capacité à attirer l'attention, s'attirant les bonnes faveurs d'un juge lors d'une rafle mouvementée durant un combat clandestin et s'introduire ainsi dans le très huppé Olympic Club dont il sera la coqueluche tout en s'attirant l'inimitié des habitués mécontents de s'acoquiner à ce bruyant parvenu.

Ainsi dépeint, Corbett aurait pu être un personnage agaçant d'assurance mais Errol Flynn par son aisance et énergie gagne immédiatement les faveurs du spectateur. L'empathie fonctionne d'autant plus en faisant de sa réussite sportive un ascenseur social qui en fait le miroir des classes populaires gouailleuses se pressant aux combats clandestins tandis que les nantis qu'il a nargué y espèrent sa défaite. La présentation tapageuse de la famille Corbett s'inscrit dans cette logique et s'imprègne de cet état d'esprit bagarreur où l'attachement mutuel ne s'exprime que par des beuveries épiques, des désaccords et moqueries se concluant par de mémorable bagarres fraternelles que l'entourage guette avec le running gag du hurlement à la cantonade The Corbetts are at it again!.

Walsh orchestre ainsi un film qui file à tout allure, ne s'appesantit pas en questionnement et réflexions inutiles à l'image de la trajectoire triomphale de son héros bondissant. La famille est ainsi caractérisée dans le bruit et la fureur (hormis un très joli moment où Corbett vient rassurer sa mère inquiète avant un combat) et il en va de même pour l'histoire d'amour entre Corbett et Victoria Ware (Alexis Smith) où l'animosité et les répliques vachardes cachent une passion qui ne demande qu'à s'exprimer. Agacée par la prétention de Corbett tandis que ce dernier ne supporte pas son caractère hautain, il faudra la conclusion où notre héros fend l'armure face à un adversaire vaincu pour que Victoria comprenne enfin sa noblesse d'âme sous les rodomontades. Si l'on ne ressent pas tout à fait l'alchimie si parfaite qui pouvait exister entre Flynn et Olivia De Havilland, Alexis Smith compose un enjeu amoureux élégant et plein de caractère.

Dernier point marquant, il s'agit évidemment des combats. Walsh signe une mise en scène percutante où la puissance, la vélocité et la technique des combattants est constamment mise en valeur. Le réalisateur capture l'énergie de joutes toujours dépeintes dans des cadrages limpides donnant un sentiment de mouvement perpétuel avec une caméra semblant se plier au pas chassés de Corbett. Le découpage est ainsi restreint à son efficacité la plus stricte (Walsh se prémunissant ainsi d'un remontage du studio avec un travail quasi impossible à remanier) où les inserts ne servent qu'à offrir un reflet enfiévré de la foule par rapport à ce qui se joue sur le ring.

Le combat épique contre Joe Choynski en offre un exemple parfait, prolongeant ce mouvement et multipliant les rebondissements en dehors (le shérif jeté à l'eau, les frères de Corbett vivant littéralement le combat qu'ils miment avec ardeur) que sur le ring avec des assauts furieux, de la tricherie et des adversaires se mettant tour à tour au tapis (Flynn donna tant de sa personne qu'il frisa d'ailleurs l'attaque cardiaque sur le tournage, son train de vie dissolu n'aidant pas).

Walsh fait d'ailleurs une vraie distinction entre la barbarie entre brute épaisse du début du film et la virtuosité et énergie dont fait preuve sa mise en scène par la suite, capturant par la seule image les lettres de noblesse qu'acquiert la boxe sous la férule de Corbett. Cette idée culmine dans le magnifique affrontement final contre Jack L. Sullivan (Ward Bond) où la férocité du ring n'a d'égale que le très touchant témoignage de respect mutuel qui conclut le film. C'est là que la différence se fait et que la boxe gagne ses galons de discipline de gentlemen, le folklore gravitant autour d'eux n'ayant plus d'importance.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

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