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mercredi 21 mai 2014

Sunshine - Danny Boyle (2007)


En cette année 2057, le soleil se meurt, entraînant dans son déclin l'extinction de l'espèce humaine. Le vaisseau spatial ICARUS II avec à son bord un équipage de 7 hommes et femmes dirigé par le Capitaine Kaneda est le dernier espoir de l'humanité. Leur mission : faire exploser un engin nucléaire à la surface du soleil pour relancer l'activité solaire. Mais à l'approche du soleil, privés de tout contact radio avec la Terre, les astronautes perçoivent un signal de détresse en provenance d'ICARUS I, disparu sept ans auparavant.

Certains des meilleurs films de Danny Boyle traitent souvent d'un groupe de personnages en quête d'un ailleurs idéalisé qui donnera un tour plus attractif et vrais à leurs vies. Cet ailleurs peut prendre les atours les plus triviaux avec l'appât du gain de Petits meurtres entre amis (1994), les paradis artificiels de Trainspotting (1996) ou l'idéal hippie de façade dans La Plage (2000). Dans les premiers films du réalisateur, les héros sont presque toujours condamnés à se perdre (hormis la comédie romantique Une vie moins ordinaire (1997) tandis que dans les années 2000 le voyage spirituel se fera de plus en plus positif et lumineux : l'espoir surgit au final du monde apocalyptique de 28 Jours plus tard (2002), l'argent est au service des autres dans le bancal Millions (2004) et on a un vrai conte moderne avec Slumdog Millionaire (2008). Sunshine entremêle toutes ces facettes à travers l'excellent scénario d'Alex Garland.

Dans chacun des précédents films les héros se brûlaient les ailes en approchant leur rêve et Sunshine prend littéralement le principe au pied de la lettre. Dans un futur proche où le soleil se meurt et menace l'humanité d'extinction, une mission spatiale de la dernière chance est envoyée afin d'y déposer une bombe nucléaire dont la déflagration réanimera l'astre. Quelques années plus tôt une première mission avait disparu mystérieusement. On retrouve le brio du Ridley Scott de Alien (1979) dans la façon qu'a Boyle de caractériser de façon limpide l'ensemble de l'équipage cosmopolite à travers leurs fonctions à bord. Le réfléchi et introverti Capa (Cillian Murphy) en charge de la bombe, le taiseux et charismatique capitaine Kaneda (Hiroyuki Sanada), la plus sensible Corazon s'occupant de la serre à oxygène ou le plus valeureux et fougueux Mace (excellent Chris Evans).

La découverte inattendue d'Icarus 1 vaisseau de la première mission puis différentes défaillances techniques vont mettre à mal la mission et exacerber les tensions au sein de l'équipage. La première scène du film voit le personnage de Searle (Cliff Curtis) affronter, fasciné et jusqu'à l'aveuglement l'éclat de ce soleil si proche. L'astre se présentera tout au long du récit comme un symbole de vie et de mort, dans les deux cas un objet de fascination dont on ne peut détourner le regard.

En se noyant dans sa lumière immaculée les protagonistes s'y confrontent à leurs espoirs et peurs, notamment le cauchemar réccurent de chacun se voyant tomber à sa surface. Capable de calciner cruellement et dans une vraie poésie certains personnages, le soleil peut également les maintenir en vie tout en consumant leur âme, en altérant leur raison. Tous les héros se retrouveront ainsi dépassé par la situation et leurs émotions dans une réflexion pas si éloignée du Narcisse Noir (1947) de Powell/Pressburger (qui pour info est le grand père du producteur historique de Boyle, Andrew Macdonald) où face à la beauté ultime, on ne peut que fuir ou perdre la raison (Powell et Pressburger étant une influence assumée de Boyle notamment Une Vie moins ordinaire qui doit tout à Une question de vie ou de mort (1946).

Boyle y ajoute une dimension religieuse ou la mission s'avère être une sorte de défi à Dieu ayant décidé de la fin de l'humanité, plongeant l'équipage dans la confusion à l'image d'une tour de Babel. Se rapprocher aussi près du soleil c'est une manière de tutoyer le créateur et évidemment la facette mythologique est omniprésente aussi avec le nom du vaisseau, Icarus.

Boyle allie rigueur et spectaculaire, chaos et contemplatif dans un tout cohérent qui captive par sa sobriété dans la première partie et envoute dans la seconde un mysticisme de plus en plus marqué. Les effets spéciaux sont superbes et le design du vaisseau très réussi, Boyle là aussi en plein dans l'école SF 70's donnant un tour fonctionnel et jamais clinquant aux outils en place. La musique planante d'Underworld et John Murphy ajoute à ce côté fascinant où le réalisateur tisse certaines images somptueuses comme la disparition de Kaneda (tandis que Searle le supplie de lui raconter ce qu'il voit en ces derniers instants).

La dernière partie est un peu plus bancale avec l'instauration d'une menace inattendue amenant une mise en scène plus frénétique et gorgée de tics agaçant (et évoque des influences moins nobles comme le Event Horizon (1997), de Paul W. Anderson) même si sur le fond cela est parfaitement logique aux thématiques progressivement mises en place. La montée en puissance conserve cependant toute son émotion (même si là aussi on cède à quelques incohérences alors que tout ce tenait plutôt bien jusque-là, le physicien anglais Brian Cox apportant conseils et précisions sur les aspects scientifiques du film durant le tournage), avec des dernières images où les rayons du soleil se font à la fois destructeurs dans une ultime orgie de flamme mais aussi rédempteur avec cette somptueuse aube terrestre, celle d'un nouveau départ pour l'humanité. On n'est pas passé loin du vrai classique SF mais en tout cas Sunshine est une des plus belles réussites du genre dans les années 2000.


Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

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