Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

samedi 16 avril 2016

Le Bouc émissaire - The Scapegoat, Robert Hamer (1959)

L'anglais John Barratt visite la France. En se baladant dans les rues du Mans, il croise son sosie. La ressemblance entre les deux hommes est tellement extraordinaire qu'ils passent ensemble une soirée bien arrosée. Le lendemain matin, Barratt se réveille dégrisé dans une chambre d'hôtel, et s'aperçoit affolé qu'il a été dépouillé de ses vêtements et de son identité. Il est devenu son sosie : le Comte Jean de Gué. Son histoire est tellement invraisemblable que personne ne veut y croire. Barratt se retrouve acculé à vivre la vie d'un autre, une vie qui lui réserve quelques surprises...

Robert Hamer retrouvait Alec Guinness pour la quatrième fois avec The Scapegoat, adaptation d'un roman de Daphné Du Maurier. On devine ce qui a pu attirer le réalisateur et sa star dans le matériau original. Pour Alec Guinness c'est l'occasion de se livrer à un nouvel exercice de dédoublement entre le solitaire et humaniste John Barrat et séducteur et égoïste Jean de Gué. Pour Robert Hamer il y a matière à scruter à la manière de son Noblesse Oblige (le cynisme en moins) la décadence de la haute société à travers cette description d'une famille fort torturée de noble français. Le film pèche par un vrai parti pris d'adaptation. Le roman de Daphné Du Maurier plongeait une âme suicidaire au cœur d'une famille au penchant autodestructeur et au lourd passé, et John Barrat reprenait gout à la vie en endossant les responsabilités qui accablait son double car se sentant enfin utile.

Le roman était une vraie étude de caractères où le vide intérieur du héros suicidaire se nourrissait des maux de sa famille d'adoption pour renaître en les guérissant. Robert Hamer reprend cette idée dans le film mais avec un acteur aussi charismatique qu'Alec Guinness (à l'insistance de Daphné Du Maurier alors que la production envisageait Cary Grant) la lumière est bien plus placée sur lui que sur le défilé de névrosés que constituait la famille dans le roman. Les protagonistes sont réduits ou simplifiés, Bette Davis en matriarche morphinomane et la jeune et pétillante Annabel Bartlett s'imposent donc mais ce choix simplifient la portée de certains rebondissements qui suivent fidèlement le roman dont il aurait fallu mieux assumer de s'éloigner.

L'autre déséquilibre est d'avoir greffé une tonalité de thriller absente du livre et qui surgit sans trop d'explication au début et la fin du film. La rencontre entre John Barrat et son sosie Jean de Gué est introduite dans une logique d suspense à travers les jeux d'ombres dans la filature nocturne et l'attitude lus ouvertement inquiétante de Jean de Gué. La confrontation finale sera nettement mieux gérée mais gâchée par un épilogue un peu expédié. Du coup l'aspect social et humaniste du livre est tout juste survolé et la volonté de thriller du film pas assez appuyée. Les deux facettes auraient cependant pu fonctionner en laissant plus la narration respirer quand tout file ici trop vite en 90 minutes à peine qui ne laissent pas l'atmosphère s'installer. On peut sans doute imputer cela à l'alcoolisme de plus en plus aggravé de Robert Hamer parfois incapable de tourner et qui laissera le filmage de certaines scènes à Alec Guinness.

Ce dernier sauve le film par son épatante double performance. Lors de la première entrevue des sosies, il les différencie par son jeu subtil notamment ce passage où la présence penaude de John Barrat ne parvient pas à attirer l'attention d'un barman quand le charismatique Jean de Gué s'impose d'un simple geste de la main. Faute d'antagonistes consistant (le personnage de Blanche passionnant dans le livre et pourtant incarné par l'excellente Pamela Brown n'existe pas vraiment) l'argument du livre est inversé, la bonhomie et bienveillance de l'imposteur transformant les membres de la famille plutôt que les problèmes de cette dernière éveillant son empathie. Pas inintéressant mais pas assez creusé pour convaincre, dommage mais le livre se prêtait sans doute mieux à une adaptation en feuilleton tv. Une adaptation plus récente a d'ailleurs été produite par la BBC, à tenter éventuellement.

Sorti en dvd zone 1 (mais le disque est multizone) chez Warner dans la collection Warner Archives et sans sous-titres 

On comprend un peu le problème avec cette bande annonce jouant essentiellement sur le suspense

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire