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jeudi 21 avril 2011

Le Brigand bien-aimé - The True Story of Jesse James, Nicholas Ray (1957)


En 1876, la bande de Jesse James attaque la banque de Northfield, mais elle est défaite et mise en fuite par le shériff de la ville, qui se lance à leur poursuite. Seul son frère Frank échappe aux poursuivants: désormais à deux, les frères en viennent aux confidences, notamment au sujet de la formation de leur bande et des aventures de Jesse lors de la Guerre de Sécession, où il a été blessé...

18 ans après le classique de Henry King, la Fox lançait son remake cette fois mis en scène par Nicholas Ray. Difficile néanmoins de parler de remake tant malgré les entraves du studio Ray a fait le film sien en offrant un contrepoint presque total à celui de Henry King et prolongeant finalement bien plus les idées de Lang dans sa suite directe Le Retour de Frank James.

Le film s'ouvre dans la confusion et le chaos sur le hold up raté de Northfield qui démantela le gang James/Younger. Les balles pleuvent de toutes part, les corps s'écroulent sous les impacts dans cette ouverture stupéfiante qui anticipe celle de La Horde Sauvage. Les frères James restent presque à l'état de silhouette durant ce moment et c'est à travers le regard de leur poursuivants et d'autres personnages parallèles que ce fait notre première approche d'eux. L'entreprise de démystification que constitue le film s'exprime d'emblée dès ces premières minutes. Alors qu'on a pas un vrai souvenir d'un réel meurtre de sang froid dans le film de King, les James en vrai hors la loi sans remord tire dans le tas dès la fameuse première scène, les dialogues des traqueurs révèlent d'autres tueries tout aussi peu glorieuse et parallèlement une figure d'éditorialiste (faisant écho à celui truculent joué par Henry Hull dans les films de King et Lang) balaie d'un revers de la main l'association de Jesse James à Robin des Bois.

Juste après des personnage nettement plus bienveillant envers Jesse James (sa femme et sa mère alitée) interviennent en le posant en victime et une narration en flashback d'après les souvenirs de chacun (et plus tard de Jesse et Frank eux même) va tenter de répondre à la fameuse question : qui est Jesse James ? Comme l'annonce le panneau en ouverture, le film semble vouloir approcher une certaine réalité des faits et aborde (ce qui était totalement éludé chez King mais traité par Lang) la violence du conflit Nord/Sud durant la Guerre de Sécession qui plonge Jesse James dans la violence dès l'adolescence. La guerre passée, les rancoeurs et les haines enfouies du voisinage nordiste amènent Jesse James et ses amis sur le chemin du banditisme pour survivre. Alors que l'approche de King nous fait prendre fait et cause pour Jesse James celle crépusculaire et désenchantée de Ray provoque un sentiment plus mitigé.

Une des premières causes est l'interprétation de Robert Wagner (alors que Ray barré par la Fox envisageait Elvis Presley et il en reste quelque chose dans l'allure de Wagner durant le film) bien plus intériorisé et taciturne que le lumineux Tyrone Power. Autoritaire, orageux et prompt à jouer de la gâchette à la moindre contrariété, son Jesse James retrouve une dangerosité animale absente chez King. Une des scènes les plus mémorables tue magistralement dans l'oeuf la supposée image de Robin des Bois de notre héros. Se restaurant chez une vieille femme après un casse, James apprend que celle ci est menacée d'expulsion par un créancier. Poussé par défi par ses acolytes, il règle la dette de la femme pour dès la séquence suivante récupérer son dû auprès de l'homme ayant encaissé la dette. Si sur le papier la chose à un certain panache, la mise en scène de Ray lui confère un cynisme absolu.

Finalement Nicholas Ray associe clairement son Jesse James aux personnages de révoltés flamboyant et sans but qui peuplent sa filmographie, des Amants de la Nuit à La Fureur de Vivre. C'est donc uniquement dans cette optique là qu'il daigne donner une réelle stature héroïque à ses héros. Robert Wagner (et dans une moindre mesure Jeffrey Hunter très bon en Frank James) arbore une allure séduisante et est filmé sous les angles les plus avantageux, les gros plans mette constamment en valeur sa photogénie et sa jeunesse. Les acolytes incarnent également des figures marquantes notamment un excellent Alan Hale en Cole Younger.

Ray vit son film film mutilé par la Fox et alors qu'il envisageait une approche moderne où défileraient les différents moments de la vie de Jesse James dans un montage guidé par les émotions des personnages, le studio l'oblige à insérer lourdement ses flashback à coup de nuages et fondu enchaînés mêlés à la phrase introductive d'un narrateur. C'est bien le seul élément qui date le film, tant l'ensemble s'avère moderne, percutant et annonce le cinéma des Peckinpah, Leone ou Don Siegel. Ray paie même son tribut à Henry King en reprenant deux scène de son Jesse James à l'identique, le fameux saut de carrière à cheval (même là le trucage est pas loin d'être invisible) et l'attaque de train où il utilise carrément le même découpage que King (même à nouveau en atténuant tout la touche héroïque et galvanisante) tout du long, beau clin d'oeil.

C'est à nouveau à Peckinpah qu'on pense lors de la magnifique conclusion, l'Ouest des outcast disparaît avec la mort de Jesse pour laisser place à celui des sournois en quête de célébrité (remarquable moment où Bob Ford parade dans la rue après son acte). C'est précisément à ce moment là, lorsque tout est perdu que Ray choisit de faire enfin entrer son héros dans la légende au son de la chanson du folklore traditionnel américain qui lui est consacré entonnée par un musicien noir.

Jesse James was a lad that killed many a man,
He robbed the Glendale train,
He stole from the rich and he gave to the poor,
He'd a hand and a heart and a brain.

Well it was Robert Ford, that dirty little coward,
I wonder how he feels,
For he ate of Jesse's bread and he slept in Jesse's bed,
And he laid poor Jesse in his grave.

(chorus)
Well Jesse had a wife to mourn for his life,
Three children, [now] they were brave,
Well that dirty little coward that shot Mr. [Mister] Howard,
He laid poor Jesse [Has laid Jesse James] in his grave.

Jesse was a man, a friend to the poor,
He'd never rob a mother or a child,
There never was a man with the law in his hand,
That could take Jesse James alive.

Jesse was a man, a friend to the poor,
He'd never see a man suffer pain,
And with his brother Frank he robbed the Chicago bank,
And stopped the Glendale train.

It was on a Saturday night and the moon was shining bright,
They robbed the Glendale train,
And people they did say o'er many miles away
It was those outlaws, they're Frank and Jesse James

(chorus)
Now the people held their breath when they heard of Jesse's death,
And wondered how he ever came to fall
Robert Ford, it was a fact, he shot Jesse in the back
While Jesse hung a picture on the wall

Now Jesse went to rest with his hand on his breast,
The devil will be upon his knee.
He was born one day in the County Clay,
And he came from a solitary race.
(chorus)


Des films mutilés comme celui-ci on en redemande !

Sorti en dvd zone 2 français chez Sidonis

Comparatif intéressant sur l'approche différente d'une scène similaire dans l'original de Henry King et le remake de Nicholas Ray.

2 commentaires:

  1. Hum! Someone is in a Jesse James mood...

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  2. Hé hé dommage que je n'ai pas la version Fuller ("I shot Jesse James") sous la main j'aurai bien poursuivi mon cycle là dessus. Le film de Walter Hill "Le Gang des frères James" est pas mal aussi dans le genre mais dernièrement c'est le film de Andrew Dominik ("The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford") avec Brad Pitt et Casey Affleck qui a offert une très belle relecture du personnage. Et je l'ai celui là à suivre donc ^^

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