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mercredi 27 avril 2011

L'Aventure vient de la mer - Frenchman's Creek, Mitchell Leisen (1944)


L'élégante Dona St Columb s'ennuie à mourir dans sa vie londonienne trop balisée. Elle cherche surtout à échapper aux propositions inconvenantes du meilleur ami de son mari, lord Rockingham. Elle prend ses cliques et ses claques et s'en va s'installer dans son château de Cornouaille. Elle y fait la connaissance d'un corsaire français, Jean Benoit Aubrey. Rien ne semble pouvoir rapprocher ces deux êtres que tout, patrie, origines et formation, sépare. Pourtant, l'amour les unit bientôt, au point de placer Dona St Columb devant un choix difficile...

Après le légendaire Rebecca Joan Fontaine incarnait à nouveau une héroïne issue de l'imagination de Daphné Du Maurier pour ce film plus oublié semble t il mais délicieux de bout en bout. Mitchell Leisen n'a pas son pareil pour soigner ce genre de beau récit romanesque et ce Frenchman Creek ne fait pas exception. Joan Fontaine y incarne donc ici une duchesse qui lasse des soirées mondaine ennuyeuses et des rencontres désagréables agrémentant son quotidien londonien terne quitte mari et domicile conjugale pour se réfugier dans son domaine de Navron en Cornouailles. Là c'est d'étranges secrets que semblent abriter la demeure entre un serviteur malicieux (Cecil Kellaway excellent) et les traces des passages fréquents d'un autre visiteur. Celui-ci s'avéra être un très séduisant pirate français (Arturo de Cordova) caché dans les environs et qui met à mal les équipages anglais alentour.

Un des grands atouts du film c'est vraiment la prestation étincelante de Joan Fontaine. Avec le temps on se souvient finalement bien plus de ses rôles mélodramatiques dans Rebecca ou Lettre d'une Inconnue et de cette image fragile et effacée. Du coup son interprétation de femme fougueuse, déterminée et insouciante amène un sacré panache à l'ensemble, du début où elle rabroue son pénible mari en passant par le meilleur passage du film lorsqu'elle adopte le temps d'une nuit une pure existence de pirate. Il faut d'ailleurs la voir tout sourire s'enfuir au petit matin comme une adolescente rejoindre son pirate ou vers la fin partir dans un grand numéro de charme pour retarder les poursuivants encore attablés.

Arturo de Cordova est également fort convaincant tout en séduction et prestance latine pour compléter le tempérament volcanique de Joan Fontaine. La romance est d'ailleurs très bien amenée et montrant comment chacun vient compléter les manques de l'autre. Le pirate découvre une passion soudain plus importante que l'appel de la mer et la duchesse elle un goût de l'évasion motivé par une flamme amoureuse retrouvée. La construction du film est idéalement pensé avec une longue première partie où on se laisse aller au rythme de cette romance naissante qui sera mise à mal durant la pluie de péripéties de la seconde.

Mine de rien le film s'avère même assez audacieux dans son érotisme. On le ressent dans la manière dont est mise en valeur la beauté radieuse de Joan Fontaine (dévoilant ses jambes au début ou dissimulant son décolleté devant le regard trop insistant du Frenchman) de manière plus parlante le temps d'une scène où la duchesse et le pirate évoquent fort peu convaincus une partie de pêche pour occuper leur après midi suivi d'une ellipse millimétrée où on a aucun mal à comprendre qu'ils ont trouvés bien mieux à faire sans que rien ne nous soit montrés.

Esthétiquement le film est une vrai splendeur, le technicolor de Georges Barnes participant à la flamboyance romanesque par les éclats irréels qu'il donne à cette région côtière. Hormis une incrustation un peu voyante et laide au début, les scènes en mer sont donc toute somptueuses dans un registre paisible ou plus palpitant lors de la longue séquence d'escapade et comme toujours avec Leisen les costumes superbes. Après tant de légèreté la dernière partie plus dramatique et rocambolesque s'avère tout aussi efficace et réserve encore de beaux moments (les échanges à double sens entre Joan Fontaine et Arturo de Cordova face aux otages et en prison) et bien qu'on le voit assez peu Basil Rathbone impose à nouveau une sacrée figure de méchant au châtiment sanglant. L'attendu déchirement final s'avère fort poignant par la grâce de Joan Fontaine à l'aise dans tout les registres et achève de conclure la chose sur une note émue et émerveillée. Excellent !

Fim assez dur à trouver (la preuve même pas pu trouver une petite vidéo) car inédit en dvd zone 2 français ou zone 1 américain mais néanmoins sorti dans une édition dvd espagnole en vo non sous-titrée un peu chère ceci dit...

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