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jeudi 4 août 2016

Il était une fois en Chine - Wong Fei-hung, Tsui Hark (1991)

A la fin du XIXe siècle à Fa Shan, en Chine du Sud. Tandis que les puissances coloniales européennes et américaines s'y affrontent pour le contrôle du commerce maritime, les premiers signes d'occidentalisation commencent à percer dans la société chinoise. Dans ce climat politique tendu, Wong Fei-hung, docteur en médecine chinoise, maître de kung-fu et chef instructeur de l'armée du Dragon noir, est chargé par le commandant Lau de maintenir l'ordre durant les guerres qui éloignent ses troupes de la région, afin de sauvegarder ce qui reste de paix et de stabilité.

En créant sa société de production Film Workshop, Tsui Hark avait trouvé la formule magique du succès après des débuts compliqués. Jeune chien fou de la Nouvelle vague (au côté de Ann Hui, Yim Ho et quelques autres), Tsui Hark avait cherché à bousculé les genres et/ou les mœurs avec des films trop extrême et anticonformiste Butterfly Murders (1979) ou le très féroce L’Enfer des armes (1980). Devenu producteur malin et avisé, Tsui Hark fera désormais toujours passé ses velléités modernistes par le prisme d’un élément traditionnel de la culture et/ou du cinéma hongkongais. L’incursion dans le polar du Syndicat du Crime (1986) de John Woo use des codes film de chevalerie chinois, le conte Histoires de Fantôme Chinois (Ching Siu-Tung, 1987) allie la grâce originelle à un érotisme plus prononcé et une horreur plus outrancière et plus tard Green Snake (1993) et The Lovers (1994) amèneront féminisme et identité sexuelle confuse aux légendes d’origine. Ces rénovations cherchent tout autant à bousculer la tradition de ces sources dans leur facette littéraire que dans le souvenir figé de leurs premières adaptations cinématographique pour le public hongkongais. Le sommet de cette démarche, Tsui l’atteint avec la saga des Il était une fois en Chine où il s’empare de la figure de Wong Fei-hung.

Wong Fei-hung est un véritable héros chinois, médecin et maître d’arts martiaux célèbre pour sa droiture et soif de justice. Les informations rares tout comme l’absence de photos (celle qui circule étant en fait une photo d’un de ses fils lui ressemblant) auront contribué à laisser libre cours à l’imagination et donc du cinéma libre de se l’approprier dans les très nombreuses adaptations lui étant consacré dès les années 40, quelques années après sa mort en 1924. L’acteur Kwan Tak Hing fut longtemps l’image la plus célèbre de Wong Fei-hung, redresseur de tort paternaliste dans plus de quatre-vingts cinq films de 1949 au début des années 80. Il vampirisera tellement le « personnage » que les autres tentatives les plus connues prendront une direction radicalement différente. Loin du père la morale de Kwan Tak Hing, Gordon Liu dans Le Combats des maitres (1976), ainsi que Jackie Chan dans Le Maître Chinois (1978) et sa suite tardive Drunken Master 2 (1994) jouent un Wong Fei-hung jeune chien fou immature et encore en formation. Tsui Hark opère une brillante fusion de toutes ses incarnations en réinventant le personnage sous les traits de Jet Li. Son Wong Fei-hung a pour lui la jeunesse et la maturité à la fois, impose une figure morale, d’autorité et de patriotisme tout en étant finalement toujours en apprentissage. Le scénario inscrit en fait au cœur des enjeux ce fameux rapport complexe à la tradition et modernité cher au réalisateur, à la fois pour la Chine et le symbole que représente Wong Fei-hung.

Le récit se déroule à la fin du 19e siècle qui voit les colons étrangers investir la Chine, prendre le contrôle de son commerce maritime et se partager sa péninsule. Le régime cède à leurs exigences par nécessité économique mais suscite la méfiance de l’armée, Wong Fei-hung étant en début de film chargé par un officier dissident de former des disciples en vue de se défendre contre les « étrangers ». Tous les personnages du film sont ainsi en quête d’identité, qui sera signifiée par le regard contrasté sur les intrus. Pour Wong Fei-hung c’est la méfiance tant il est témoin d’injustices au quotidien où il cherche à être un impuissant médiateur entre les autorités locales soumise, les colons arrogants et le peuple qui souffre. Cet ailleurs revêt un visage oppressant qui ne pourra être atténué que par Tante Yee (Rosamund Kwan), amie d’enfance de retour d’Angleterre et secrètement amoureuse de lui. Ses tentatives d’initier Wong Fei-hung à certains rites étranger sont sources de comédie et de doux moments romantiques (la frayeur causée par un appareil photo, les mesures prises pour un costume occidental) mais surtout de rapport de force tant notre héros ne peut séparer le bon grain de l’ivraie dans cette culture occidentale.

Tsui Hark évite le manichéisme, montre des étrangers corrompus (les industriels américain) et bienveillant avec le prêtre catholique, mais aussi des chinois fascinés et crédules (les appels à une migration aux Etats-Unis qui dissimule un esclavagisme larvé) mais aussi d’une xénophobie crasse envers ce qui est différents. Les pires et les méchants du film seront ceux qui choisiront les plus viles facilités des deux cultures pour leur réussite, que ce soit une milice locale racketteuse et pratiquant la traite des blanches ou le pendant inversé de Wong Fei-hung avec « Habit de fer » (Shi-Kwan Yen) maître d’art martiaux prêt à avilir son art pour s’enrichir. Dans cette idée, le personnage le plus intéressant sera Leung Fu (Yuen Biao, complice bien connu de Jackie Chan), jeune homme indécis ne trouvant pas sa place dans cette Chine schizophrène, voguant d’un camp et métier à un autre avant d’être pris sous l’aile de Wong Fei-hung.

Tsui Hark mène de main de maître ce scénario particulièrement riche dans une veine épique qui fait passer le spectateur par toutes les émotions. Jet Li est absolument impérial et trouve de loin son meilleur rôle, à la fois stoïque dans ses convictions et plus vulnérable dans ses émotions pour une belle alchimie avec la belle Rosamund Kwan. Les combats virtuose servent de fil conducteur à toute la montée en puissance épique, passant du trivial (la bagarre générale chez les occidentaux) au véritable ballet aérien sous la férule du chorégraphe Yuen Woo Ping. S’appuyant sur les compétences martiales hors-normes de Jet Li, Tsui Hark alterne le jeu sur la gravité irréel issu de ses wu xia pian (la trilogie Swordsman, sa relecture de L’Auberge du Dragon (1993)) dans son usage des câbles, avec la vélocité surhumaine des combattants assenant des rafales de coups dans les positions les plus impossible. 

Le sens du chaos cher au réalisateur (et que l’on retrouvera dans le furieux The Blade (1995)) s’estompe pour une mise en scène plus lisible - qui permet de savourer la superbe direction artistique -, le montage aidant à faire passer les mouvements réellement irréalisable tandis que le découpage virtuose des manos à manos peut laisser place à des ralentis mettant en valeur la beauté de certaines passes. Le sommet est atteint avec un stupéfiant combat final où des échelles servent tout autant de marchepied que d’objet destructeur à Wong Fei-hung et son redoutable adversaire. L’acceptation de « l’autre » se fait même dans l’action avec ce moment discutable où Wong Fei-hung daigne faire l’usage d’une arme à feu. Au final un vrai grand classique du cinéma de Hong Kong qui remportera un immense succès et fera de Jet Li la nouvelle incarnation indélébile de Wong Fei Hung pour le public. C’est aussi le premier jalon d’une saga de six films dont la trilogie initiale toujours signée Tsui Hark constitue le sommet et prolonge les thématiques de cette brillante entrée en matière. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez HK Video

4 commentaires:

  1. Hello Justin,
    Pas mon Tsui Hark préféré, mais ça reste formidablement distrayant et mise en scène.
    Strum

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  2. Salut Strum, d'ailleurs je suis curieux quel est ton Tsui Hark préféré ? S'il fallait choisir ça ne serait pas forcément les plus énervés mais peut être les contes The Lovers et Green Snake. Enfin je suis quand même fan, même quand il se loupe ça reste fascinant.

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  3. Hello Justin, avec du retard : j'en ai deux, The Lovers effectivement mais aussi Time & Tide pour sa mise en scène assez ébouriffante.
    Strum

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  4. Sacré morceau Time and Tide un de ses films les plus furieux...

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