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mardi 9 août 2016

Delinquent Girl Boss: Worthless to Confess - Zubekō banchō: zange no neuchi mo nai, Kazuhiko Yamaguchi (1971)

La saga Delinquent Girl Boss est la première production Toei à surfer sur le phénomène sukeban (délinquante japonaise) suivant ainsi la Nikkatsu qui a transposé avec succès cette culture adolescente avec sa série des Stray Cat Rock (qui révéla Meiko Kaji futur icône pop de La Femme Scorpion et Lady Snowblood). Si la Toei basculera plus franchement dans les excès du cinéma d’exploitation (plus de sexe et de violence) avec ses deux autres sagas sukeban que seront Girl Boss Guerilla et Terrifying Girls' High School (portée par les deux stars du genre Reiko Ike et Miki Sugimoto), la saga des Delinquent Girl Boss s’avère certainement la plus attachante tout au long de ses quatre volets (Delinquent Girl Boss: Blossoming Night Dreams (1970), Delinquent Girl Boss: Tokyo Drifters (1970), Delinquent Girl Boss: Ballad Of Yokohama Hoods (1971) et Delinquent Girl Boss: Worthless to Confess) par son habilement croisement de féminisme, préoccupation adolescente et action survoltée qui doit beaucoup au charisme de son héroïne Reiko Oshida.. Delinquent Girl Boss: Worthless to Confess, ultime volet de la série s’avère même un des sommets du genre où s’entremêle imagerie pop et mélodrame flamboyant.

 On comprend le lien unissant les héroïnes dans les épisodes précédents sans qu’il soit nécessaire de les avoir vus grâce à une efficace introduction où nous les croisons en maison de correction. Quelques éléments de l’intrigue à suivre s’y amorcent avec le refus de Midori (Yumiko Katayama) de voir son père venu lui rendre visite, ce dernier remettant le cadeau qu’il lui destinait à Rika (Reiko Oshida) sa némésis des volets précédents. Le thème du film sera l’impossible réinsertion des délinquantes, confrontées au machisme et à la cruauté de la vie urbaine. Rika, sans famille ni toit est accueillie par Muraki (Junzaburo Ban) le père de Midori qui tient un garage et va l’embaucher. Elle va peu à peu retrouver les anciens membres de son gang toutes confrontée à un triste sort. Mari (Yukie Kagawa) se tue à la tâche dans de sinistres emplois (posant nue pour des photographes libidineux) afin de maintenir son foyer où son époux ancien yakuzas est affaibli par la maladie. 

De même Senmitsu (Mieko Tsudoi) est entremetteuse dans un bar de charme et surtout Midori est la petite amie de l’homme de main (Ichiro Nakatani) d’Ohya (Nobuo Kaneko habitué des rôles de truands depuis la série des Combats sans codes d’honneur de Kinji Fukasaku), chef yakuza qui terrifie par le racket ce quartier de Shinjuku. Chacune des héroïnes est soumise à l’inconséquence des hommes, que ce soit par la tyrannie, la faiblesse de caractère ou un physique défaillant. L’ensemble du film déploie un crescendo dramatique implacable où leur manque affectif va se confronter à la violence de cet environnement urbain. Reiko Oshida campe une fille décidée à s'en sortir et prête à tout pour aider ses amies, un beau personnage allant toujours de l'avant en toutes situation et très émouvant dans son sentiment de solitude due à son statut d'orpheline. Sa joie d’être « adoptée » se conjugue à l’incompréhension face au ressentiment et à l’ingratitude de son amie pour ce père auquel elle cause mille tourments en contractant une dette auprès des yakuzas ravis de trouver un prétexte pour s’approprier son garage.

Le gang yakuza symbolise à lui seul cette faiblesse masculine où ses membres sont les dominants par leur violence et leur machisme, ceux s’y étant frotté sans en avoir « l’étoffe » (le fiancé de Midori qui va y contracter des dettes fatidiques, l’époux de Mari y aura laissé sa santé) étant désormais des fardeaux pour les héroïnes. Les seules figures masculines positives offrent des images travailleuses et protectrices ayant su se détourner de la facilité de la vie yakuzas avec Ryuji (Tsunehiko Watase) entiché de Rika et bien sûr Muraki, ce père brisé dont nous découvrirons le passé lors d’une scène mémorable. Kazuhiko Yamaguchi (réalisateur des quatre films de la saga) trouve l’équilibre entre approche réaliste, puissance dramatique et fulgurances formelles typique du cinéma japonais de l'époque. Il s’attache avant tout à scruter le drame intime de ses héroïnes dans une narration remarquable, l’imagerie pop se faisant sobre si ce n’est quelques vues nocturnes tapageuses du quartier de Shinjuku, que ce soit les ruelles bardées de néons ou les bars aux intérieurs bariolés, lieux de luxure et de perdition. Les écarts du cinéma d’exploitation sont quasiment absents, les rares scènes de nudité (Rika venant solliciter la clémence de yakuza libidineux) s’inscrivant dans la tragédie en cours et ne cédant pas à un érotisme racoleur.

Malgré tous leurs efforts, le bonheur se refusera donc à Rika et ses amies mais elles sauront s’offrir un baroud d’honneur et une vengeance mémorable. Tous les codes sukeban reprennent leurs droits (le salut final poignant au disparu dans la pose typique des gangs) dans un final d’anthologie où nos cinq délinquantes traversent les rues de Shinku telles des anges de la mort échappé du western, vêtue de long imper rouge. Une tenue qu’elles vont tomber pour une allure aussi sexy que guerrière afin de décimer du yakuzas au sabre, et où Yamaguchi déborde d'invention : colorimétrie écarlate, geyser de sang digne du chambarra le plus outrancier, contre-plongée déroutante (le chef yakuza qui se fait tuer à travers le sol transparent) et une caméra mobile où transparait littéralement la hargne de Rika et ses acolytes. Une conclusion « girl power » qui même dans son outrance formelle ne néglige jamais l’émotion avec une dernière scène touchante qui condamne nos bad girls à un éternel destin criminel. 

 Sorti en dvd zone 1 chez Panik House dans le coffret Pinky Violence et doté de sous-titres anglais


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