Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 12 août 2016

La Madriguera - Carlos Saura (1969)

Teresa et Pedro forment un couple sans histoires. Lui travaille, elle s'ennuie. Mais lorsqu’arrivent dans la maison meubles et babioles en héritage, c'est tout un ensemble de souvenirs qui vient envahir Teresa. Les conséquences vont être... étonnantes.

La Madriguera vient magistralement conclure la trilogie du couple de Carlos Saura, creusant un sillon encore différent de Peppermint frappé (1967) et Stress-es tres-tres (1968). Chacun des films dessine un triangle amoureux dont le frustré se réfugie dans un imaginaire (Peppermint frappé) ou un refoulement (Stress-es tres-tres) maladif, toujours guidé par la volonté de possession et de domination dans le couple. L’intrus s’immiscent dans le couple en déclenchera toujours la destruction ou une déformation monstrueuse. Avec La Madriguera, Carlos Saura ne fait plus de cet intrus un amant envieux ou un déclencheur de jalousie, mais tout simplement le passé.

Le couple formé par Teresa (Geraldine Chaplin) et Pedro (Per Oscarsson) voit son quotidien perturbé le jour où Teresa hérite des meubles de sa maison familiale. Les souvenirs, la nostalgie et tout simplement la vie associée à ses objet jure avec la modernité froide et neutre du domicile conjugal, à l’architecture high-tech typique du boom économique 60’s. Saura observe longuement la vie terne du couple, parfaitement organisé entre le travail à l’usine de Pedro et l’attente sans but que constitue les journées solitaire de Teresa. Le vide de cette maison moderne correspond à celui de leur relation guère plus chaleureuse lorsqu’ils se retrouvent, ce face à face stérile fait d’habitudes se concrétisant par l’absence d’enfant au sein du couple. 

Les meubles de Teresa provoquent d’étranges phénomènes à travers des crises de somnambulisme où elle régresse en enfance sous les yeux médusés de son mari. Ces reliques du passé d’abord reléguée à la cave envahissent progressivement la maison, une manière pour Teresa de se réapproprier un espace qu’on devine entièrement façonné par Pedro. Celui-ci tente d’abord de s’opposer à l’intrusion de ces « vieilleries » dans lesquelles il voit sa mainmise déclinante sur Teresa. Il suffira pourtant d’un weekend en solitaire où le couple, hors des regards des domestiques et du bonheur feint pour les invités, pour se soumettre à l’influence de cet élément perturbateur.

Ce passé sera en fait un vecteur d’imaginaire d’abord inconscient (encore que Saura laisse planer une certaine ambiguïté) puis ludique à travers les jeux de rôles qu’il éveille au sein du couple enfin complice. Pourtant chacune de ces jeux va révéler une faille de leur mariage, comme souvent avec Saura la joie et l’exubérance dissimulant un profond malaise. Qu’ils s’amusent de leurs amis n les écoutant à leurs insu et ils sauront ce que ces derniers pensent vraiment d’eux, détruisant l’image sociale qu’ils pensaient renvoyer. Qu’ils stimulent leur libido en changeant d’identité physique et ils auront le choc de voir l’autre plus ardent qu’il ne l’a jamais réellement été pour eux-mêmes. Plus le jeu est infantile plus il est prétexte à inverser le rapport de force (Teresa brutalisant Pedro qui fait semblant d’être un chien), à dominer l’autre (Pedro endossant l’autorité du père de Teresa redevenue petite fille, fessée à l’appui) et interpréter des situations qu’ils n‘ont jamais connu avec ce simulacre d’accouchement. 

Comme dans les deux précédent films, l’imaginaire donne à voir une vision tordue du couple dans ce qu’il n’est pas ou plus notamment une des dernières scènes où ils rejouent leur premier dîner amoureux en tête à tête. Loin de les ressouder, cette réminiscence leur rappellera au contraire à quel point ils sont désormais loin des sentiments purs d’alors. La dernière partie rend cette théâtralité de plus en plus ténue et violente, la vraie haine mutuelle ne se cachant plus. Carlos Saura distille une atmosphère oppressante et bergmanienne où la chaleur ne viendra que du jeu enfiévré de Geraldine Chaplin qui de l’aveu du réalisateur a inspirée nombres de situations dérangeantes du film auxquelles elle a assistée ou vécue. Comme dans les deux œuvres précédentes le final est un véritable choc qui achève en apothéose cette trilogie du couple. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

Extrait

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