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jeudi 4 avril 2013

Men on the Bridge - Köprüdekiler, Asli Özge (2009)


Fikret, Umut et Murat se côtoient sans se connaître sur le pont qui enjambe le Bosphore tous les jours à l’heure de pointe, comme des millions d’autres Istanbuliotes, et luttent pour parvenir à accomplir leurs aspirations dans cette métropole. L’histoire est basée sur la vie des personnages qui jouent leurs propres rôles, sur les lieux d’origine. 

 La jeune réalisatrice turque Asli Özge signait avec Men on the Bridge (2009) son premier film. L’intrigue offre un instantané de la société contemporaine turque à travers le destin de trois jeunes adultes issues de différentes couches sociales. Le lien entre eux sera géographique puisque tous les personnages graviteront autour du pont du Bosphore à Istanbul, qui donnera son titre au film. Men on the Bridge était au départ destiné à être un documentaire sur les hommes travaillant autour du pont. La production optera finalement pour de la pure fiction mais cette première option imprègnera le film dans la mesure où les acteurs non professionnels joueront à l'écran les mêmes métiers qu'ils exercent à la ville - hormis celui du policier, non autorisé par sa hiérarchie, mais dont le propre frère reprendra le rôle dans le film.

On suit donc ici trois destins. Fikret (Fikret Portakal), jeune désaxé vendant des roses sur l’autoroute, cherche malgré son manque d’éducation à trouver un métier stable et quitter cette marginalité. Umut (Umut İlker) est un chauffeur de taxi pressé par sa femme de quitter leur logement et leur vie précaire mais que les moyens limités confinent dans la pauvreté. Enfin, Murat (Murat Tokgöz) est un agent de la circulation solitaire et complexé cherchant à trouver l’âme sœur sur internet. Asli Özge est née et a grandi en Turquie mais a poursuivi ses études supérieures en Allemagne et réside aujourd’hui à Berlin.

 Ce parcours lui permet d’adopter un double regard, à la fois local et universel. Ainsi le mal-être du provincial découvrant les rudesses et la solitude d’un environnement urbain oppressant se dévoile autant avec le couple, dont le logement de fortune provisoire semble devenir le permanent faute de mieux, qu'avec le jeune policier souffrant du mal du pays, loin de la chaleur de son village. Le jeune Fikret végète également, limité dans les jobs plus modestes qu’il vise et comme condamné à la médiocrité.

Özge cible avec plus d’acuité encore  les maux de cette société turque, d’un point de vue économique notamment avec cette précarité ambiante où l’on subsiste tant bien que mal en étant exploité (Umut) ou en vivant à la marge (Fikret). On sent également des hommes et des femmes qu'ils cherchent leur place, Umut supportant mal les remontrances de son épouse mais se sentant également coupable de ne pas être capable de lui offrir la vie qu’elle désire, cette même épouse hésitant à suivre ce modèle révolu où l’homme serait le seul à entretenir ses besoins mais s’avérant démunie dès lors qu'elle cherche à se prendre en main. Pour ces hommes, le choix entre le machisme d’antan (le patron d’Umut lui reprochant d’être malmené par sa femme) et le dévoilement de leur fragilité reste flou, tel ce rendez-vous qui tourne court pour le malheureux Murat laissé en plan par une jeune femme déçue.

La tonalité s’avère très pessimiste, Asli Özge laissant ses trois héros dans une impasse insoluble. La mise en scène sobre reprend cette velléité documentaire originelle avec des cadrages statiques figeant les personnages dans leur environnement, les quelques respirations leur laissant de l’espoir (le rendez-vous galant avec vue sur la mer) où les plongeant définitivement dans leur spleen à l’image d’un somptueux plan final.

Une belle réussite qui préfigure on l’espère la sortie prochaine en France de Hayatboyu, nouveau film d’Asli Özge en salles depuis février en Allemagne.

Pour les parisiens sortie en exclusivité cette semaine au Cinéma Saint-André-des-Arts et sinon disponible en dvd zone 2 anglais avec sous-titres anglais


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