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dimanche 7 avril 2013

Hôtel des Amériques - André Téchiné (1981)


A Biarritz, Gilles est accidentellement renversé par la voiture que conduit Hélène. Gilles va tenter d'aimer cette femme prisonnière d'un amour passé qui le fascine. Il erre dans la vie d'une fille à l'autre, d'un boulot à l'autre. Dans la vie, Gilles et Hélène traînent leur solitude.

Hôtel des Amériques est un film à la fois tourné vers l'avenir avec cette première étape de la fructueuse collaboration entre Catherine Deneuve et André Téchiné (Le Lieu du Crime en 1986, Ma saison préférée en 1993 et Les Voleurs en 1996) mais jetant rétrospectivement un voile nostalgique sur le passé avec un des derniers rôles de Patrick Dewaere toujours aussi intense en écorché vif dépressif. L'ensemble du film fonctionne d'ailleurs sur cet effet de contraste. L'histoire narre la rencontre de deux solitudes qui vont se percuter au moment où Hélène (Catherine Deneuve) percute accidentellement en voiture Gilles (Patrick Dewaere) et qu'ils ne vont plus se quitter.

Le contraste fonctionne tout d'abord avec le caractère des deux personnages. Hélène est fuyante, secrète et froide, Deneuve distillant tout le glacial mystère dont elle est capable tout en exprimant cette séduction magnétique qui nous empêche de la quitter des yeux. L'inverse Gilles est un extraverti aux humeurs qui déteignent sur son entourage, heureuses comme dépressives. Son métier d'anesthésiste se répercute sur la vie d'Hélène endormie dans le souvenir d'un amour disparu et qui se refuse à vivre, l'inconsistance sociale de Gilles reflète aussi son caractère orageux, lui sans métier et habitant toujours l'hôtel tenu par sa mère.

Téchiné les fait ainsi se s'aimer, se déchirer et se poursuivre dans une ville de Biarritz où la photo somptueuse de Bruno Nuytten confère un mystère et une aura fantomatique tout en contrastant à nouveau par sa tonalité ensoleillée avec les pensées sombres de des protagonistes. La ville semble autant être un paisible lieu d'oubli de soi (Catherine Deneuve) qu'un renvoi au vide et à la médiocrité de ceux qui y ont échoués (Dewaere ou son meilleur ami joué par Étienne Chicot).

Au-dessus du couple plane le souvenir magnifié et inaltérable de l'ancien amant, quand Hélène saura en échapper pour l'amour de Gilles, c'est pour celui-ci que cet amour passé constituera un poids le renvoyant à la médiocrité de son existence, à un choix par défaut (là encore l'exiguïté anonyme de sa chambre répond à l'immensité et aux souvenirs contenus dans le domaine de la Salamandre). Tous deux ne font que se croiser, tandis que Hélène resplendit ainsi de enfin vivante par amour (l'arrivée resplendissante de Deneuve à la gare en robe blanche et le teint vif contrastant avec les tenues strictes et le visage morne du début) c'est la déchéance morale et physique pour Gilles rendu odieux par son dégout de lui-même.

Téchiné dépeint cela avec précision et maîtrise, contenant les élans romanesque du film tout en magnifiant leur apparition (Deneuve enfin bousculée qui va rejoindre Dewaere en cherchant son adresse). L'inconnu et l'indistinct Téchiné les laisse en fait s'exprimer dans la magnifique musique de Philippe Sarde qui contribue grandement à la beauté et au charme vaporeux qui parcourent le film.

Dans la superbe conclusion, le contraste n'existe plus que par l'éloignement mais il semble pourtant bien que la passion soit enfin partagée et apaisée au même moment (Deneuve se refusant à jeter la photo de Dewaere, ce dernier se lançant à sa poursuite). Téchiné le laisse entendre mais nous laissera néanmoins dans un beau sentiment de doute, en contraste comme toujours.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

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