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mardi 25 janvier 2011

Fatal Games - Heathers, Michael Lehmann (1989)


Trois filles de riches chacune prénommée Heather sont les reines du lycée de Westerburg. Elles acceptent néanmoins dans leur clan Veronica, dont elles exploitent la candeur et la naïveté. Celle-ci, sous l'influence de J.D., un autre jeune marginalisé, organise une petite vengeance qui va mal tourner...

Breakfastclub, chef d'oeuvre de la teen comedy signé John Hughes avait montré dans un regard tendre, drôle et tragique la scission communautaire régnant dans les lycées américains et le mal être qui pouvait en résulter. Heathers (le titre français anglicisé est des plus stupides pour le coup retirant une partie du sens symbolique) prolongeait cette réflexion et allait plus loin encore en adoptant la tonalité de comédie noire d'une virulence encore surprenante aujourd'hui.

Cette volonté de conformisme et de paraître des années lycée est symbolisé dans le film par le trio des Heathers, jeunes filles populaires faisant la pluie et le beau temps des réputations de chacun et humiliant constamment les laissés pour compte. Parmi elles est admise Veronica (Winona Ryder), se pliant à leurs volontés pour profiter des avantages de leur compagnie mais qui n'est pas dupe de leur influence. Tout change avec l'arrivée de JD (Christian Slater) nouvel élève psychotique et rebelle qui va l'inciter à se venger radicalement de la meneuse des Heathers après une terrible humiliation. Maquillant le crime en suicide, l'évènement va amener une série de réaction en chaîne qui vont plonger le lycée dans le chaos.

Le script de Daniel Waters (qui enchaînait les scénario ambitieux et déjanté à l'époque puisqu'on lui doit au même moment ceux de Hudson Hawk, Batman le défi et Demolition Man) est d'une violence psychologique dérangeante, captant les maux du moment mais se montrant aussi incroyablement visionnaires sur ceux à venir. Le récit tourne ainsi en dérision le suicide adolescent, provoqué ici par une mort accidentelle et qui va tourner au véritable phénomène de mode dans le lycée. Personne n'est épargné.

Les lycéens eux même faisant preuve d'un détachement et d'un cynisme glaçant face au gestes désespéré de leur camarade notamment une hilarante scène de messe où chaque élève y va de son monologue intérieur narcissique au moment de se recueillir une dernière fois devant le corps de la première suicidée. Les parents sont totalement déphasé également, fixant l'attention sur leur progéniture selon les tendances et chiffres données par la télévision plutôt que d'aller les consulter directement. Les professeurs ne sont que des exaltés se voyant investis d'une pseudo mission et posant pour les médias, eux même vautours de faits divers attirant les jeunes en quête de lumière. L'humour et la satire décapante sous jacente sans tempérer la férocité de l'ensemble lui donne une verve ironique s'exprimant dans des dialogues mordants et des situations d'une cruauté féroce.

Le constat est donc des plus sombre mais délivre une lueur d'espoir à travers le parcours de Veronica, seul personnage lucide. Winona Ryder délivre une performance parfaite entre la superficialité latente et vraie prise de conscience. Face à elle Christian Slater démontre combien il fut un grand acteur à l'époque en donnant ici le pendant négatif du héros de son cultissime Pump up the volume qu'il jouera l'année suivante. Il est donc à nouveau un personnage rebelle et anticonformiste mais au lieu de révéler les fêlures de ses camarades pour dénoncer le système, il s'en sert pour les détruire et nourrir son propre mal être. Une performance assez fascinante à laquelle on peut ajouter celle de Shannen Doherty passante de victime à tyran en un clin d'oeil.

Michael Lehman donne une imagerie totalement en contre point de ce malaise ambiant avec une esthétique idéalisée et très americana du lycée, que ce soit par sa photo diaphane immaculée ou ses couleurs criardes. Un choix judicieux qui fait basculer tel un conte le film du rêve au cauchemar pastel lorsque le factice de ce cadre idéal révèle tout son aspect nauséabond. Il serait fort difficile de refaire une telle conclusion aujourd'hui (et même en l'état on peut supposer qu'elle a été édulcorée) puisque anticipant rien de moins que le drame de Columbine. Incompris et échec en salle Heathers deviendra culte grâce à la vidéo et ses audaces ouvriront la voie à une autre fameuse teen comedy tout aussi intelligente, Lolita malgré moi avec Lindsay Lohan sommet du genre pour les années 2000.

Dvd zone 2 français à éviter absolument car ne comportant que la vf. Disponible en dvd zone 1 chez Anchor Bay et doté de sous titre anglais. Belle édition trouvable pour pas cher avec pas mal de bonus passionnant tel un documentaire rétrospectif ainsi que le scénario avec la fin originelle.

4 commentaires:

  1. C'est l'un de mes films préférés! Toujours aussi drôle et mordant encore aujourd'hui! Une pure merveille! :)

    Ah oui!... Attention, c'est Winona et non Wynona. N'ébrèche pas le nom de mon actrice fétiche, quand même!

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  2. Voilà j'ai corrigé tout les Winona du texte ouf ^^. Sinon je ne sais pas si tu as vu le "Chatroom" de Hideo Nakata sorti dernièrement mais ça m'a vraiment semblé être une sorte de relecture de Heathers (en moins bon mais intéressant) revu et corrigé pour la génération internet. J'y ait beaucoup pensé devant Heathers surtout rapport au personnage de Christian Slater...

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  3. J'avais lu un article très intéressant dans un numéro de Mad Movies au sujet du Nakata. Et le sujet m'interpelle pas mal. Ca me donne bien envie de le découvrir celui-ci! D'autant plus maintenant quand tu fait un rapprochement avec HEATHERS... Je vais essayer de me le choper! :)

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  4. C'est assez intéressant surtout dans la traduction visuelle des salons de chat et Aaron Johnson dedans a un rôle très proche de celui de Slater dans Heathers le cadre d'internet remplace juste celui du lycée pour une réflexion assez proche. Après c'est moins brillant dans la satire que Heathers mais vraiment intéressant ça peut te plaire je pense ;-)

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