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mercredi 6 novembre 2013

Madame Miniver - Mrs Miniver, William Wyler (1942)


Une famille anglaise unie voit son quotidien bouleversé par l'arrivée de la seconde guerre mondiale.

Le Dictateur de Charlie Chaplin (1940), Arise my love de Mitchell Leisen (1940) ou encore To Be or not to be de Lubitsch (1942) furent des films produits par Hollywood avec la volonté sous-jacente d’inciter l’Amérique à entrer en guerre (le Lubitsch tourné avant fut retardé et sorti finalement alors que le pays était déjà engagé). Madame Miniver allait pourtant les surpasser dans cette optique avec un des plus beaux mélos des années 40. Plutôt que la fable de Chaplin ou la farce de Lubitsch, Wyler opte pour le mélodrame à l’empathie plus immédiate avec le destin de cette famille britannique confrontée à la guerre. Le film adapte le livre éponyme de l’auteure anglaise Jan Struther paru en 1940 et au fil de l’engagement inéluctable des Etats-Unis dans le conflit, le scénario n’aura de cesse d’affirmer un propos de plus en plus vindicatif sur l’ennemi allemand, loin de la neutralité des premières moutures. Sorti finalement après Pearl Harbor, le film sera alors totalement en phase avec le sentiment d’alors de l’opinion et aura un impact certain dans la politique de Roosevelt, notamment au niveau de l’aide américaine à la Grande-Bretagne.  Fort heureusement loin de cet assumé rôle de propagande à replacer dans son contexte, Mrs Miniver est surtout un petit bijou d’émotion.

Le fait d’évoquer une famille britannique était supposé amener une certaine distance avec le sujet pour le public américain, mais Wyler en plaçant la thématique d’une guerre, d’un mal et de la mort se rapprochant inéluctablement parle en fait à ses compatriotes encore extérieurs aux évènements. La première partie fait ainsi office de paradis perdu où l’on découvrira  la famille Miniver et le paisible village anglais typique où ils vivent. 

Wyler caractérise ses personnages avec tendresse dans un quotidien fait de situations cocasses – la crise d’achat commune du couple au début-, de seconds rôles attachant –le chef de gare et son goût inattendu pour le la culture des rose- et de romance pleine de candeur entre le fils aîné Miniver et la jolie voisine incarnée par Teresa Wright. 

Le sens du détail du réalisateur et la conviction des acteurs font de ces archétypes universels des êtres plus consistants auquel on pourra s’identifier lorsque les nuages poindront dans ce cadre idyllique. Cette menace, c’est bien sûr le risque de guerre qui vient jeter un froid sur tous ces moments insouciants tel ce God save the queen solennel venant interrompre une scène de bal. 

Une fois le conflit lancé, cette imagerie idéalisée va s’effriter  lorsque la famille devra se confronter aux rigueurs de la guerre. Wyler mêlera idées visuelles et situations dramatiques pour illustrer cette bascule progressive vers vers une tonalité plus sombre. Ce sera d’abord avec l’angoisse latente pour ce fils aîné (Richard Ney) engagé dans la RAF, et surtout avec ces nuits de blitz où les moteurs des avions ennemis et de la chute des obus envahissent désormais l’espace sonore. 

Une des scènes les plus glaçantes verra d’ailleurs Greer Garson et Walter Pidgeon donner le change dans leurs abris en se rassurant par une discussion badine tandis que les explosions se rapprochent. Les Miniver se trouveront ainsi de plus en plus impliqués à ses grands enjeux lorsque le père sera engagé dans une mission de sauvetage à Dunkerque et surtout par la confrontation directe avec l’ennemi lorsqu’un pilote allemand écrasé viendra menacer Greer Garson.  La guerre passe ainsi d’un sujet de conversation lointain à une menace latente puis enfin un danger concret où l’ennemi est à nos portes.

En accentuant ce climat de chaos, Wyler ne cherche pas à faire céder ses héros mais au contraire à éveiller ce qu’il y a de meilleur en eux. On en a un bel exemple tout d’abord avec ce clivage de classe désormais révolu qui verra  la fière Lady Beldon (May Whitty) laisser la victoire à son concurrent « indigne » mais tout aussi méritant dans la traditionnelle compétition florale du village. 

C’est un symbole des comportements héroïques et dignes à venir dans l’adversité. Walter Pidgeon incarne ainsi à la perfection ce flegme britannique apte à faire face à toute situation et Greer Garson trouve là la première incarnation des rôles de femmes ordinaires et courageuses qui feront sa gloire dans les années 40 (formant un couple de cinéma à succès avec Walter Pidgeon Mrs Miniver étant leur première collaboration).  Elle dégage ici une émotion palpable dans un mélange idéal de fragilité et de solidité. 

Wyler alterne d’ailleurs chaque épreuve avec une séquence contemplative et de plénitude, comme pour laisser aux personnages un moment de respiration, un second souffle pour mieux se relever face à ce destin funeste. On aura ainsi une magnifique séquence immaculée au petit jour lorsque Greer Garson vient guetter le retour de son mari au petit matin, Walter Pidgeon et ses enfants face aux dégâts des bombes sur leur maison et lorsqu’ inéluctablement la mort frappera la famille, le final à l’église saluera cette vaillance inébranlable.

La façade délabrée de l’église exprime bien la fin de monde paisible aperçu au début, confirmé par la liste des dernières victimes que citera le prêtre. Pourtant la solidarité de cette communauté, les regards et gestes intenses nous signale que si une ère s’achève, une autre commence. Le discours final vindicatif du prêtre est une ode au courage déployé et à venir du peuple britannique, lassé de subir et prêt à partir en guerre, chacun à sa façon.   

Cette conclusion atténue toute amertume, Henry Wilcoxon (jouant le prêtre) réécrivant longuement avec Wyler cette tirade si puissante qu’elle sera utilisée en tant que tract parachutée dans toute l’Europe occupée. Comme le déclarera Churchill, « Sa propagande vaut bien plusieurs cuirassés. ». En se penchant ainsi sur la situation de leurs alliés britanniques, les Etats-Unis sortaient définitivement de leur position attentiste pour entrer en guerre à leur tour. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner et dans un très beau blu ray

3 commentaires:

  1. Je vous ai dit ailleurs que j’aime ce film qui n’est, à mes yeux, pas précisément
    un mélo. Il me semble qu’un mélo se traduit par une crise suivie d’un « happy end ».
    Or ici par les dates et l’échec de Munich en 38 ("Les Vestiges du Jour" nous l’on rappelé) on sait que l’épée de Damoclès est suspendue
    au-dessus de toutes ces têtes. Si les parents Miniver se lancent dans des achats inconsidérés au lieu de faire des réserves de sardines, c’est que la menace d’une guerre imminente les invite à profiter du temps et de l’argent qui reste pour s’offrir ce dont ils ont toujours rêvé. Demain, il sera trop tard.

    Je ne crois pas que l’on soit ici dans « un village anglais typique », mais davantage dans
    Un village résidentiel comme il y en a dans les Cotswolds et à l’ouest de Londres.

    Votre présentation du film est très bonne et je ne vois pas ce que l’on pourrait dire de plus, sinon que le titre (le signifiant) « Mrs Miniver » renvoie à trois signifiés : la mère de Vin, la rose rouge de Ballard, et enfin à la jeune mariée. Un écrivain français de droite (Paul Morand) qui a autant d’esprit que Boris Vian dit que
    « la guerre est la mort à tous les étages ». Cette guerre commence à peine et s’empresse d’enterrer cet amour de chef de gare et la jeune mariée aristocrate que l’on connaît à peine.

    L’épisode du pilote allemand, mortellement blessé dans le jardin, m’a rappelé un épisode semblable au début du Guépard de Visconti, mais je ne sais plus si l’Italien était une
    « chemise noire » de révolutionnaire ou non. Le spectateur partage ici la panique de Mrs Miniver qui lui apporte des vivres sous la menace du révolver.

    Si je mets bout à bout des petites séquences comme celle-ci ou le sermon interrompu à l’église (encore debout) par la déclaration de guerre, il est clair qu’on est dans les prémisses de la Seconde Guerre mondiale. Et, dans un mélo traditionnel, c’est Vin l’aviateur, qui n’en serait "pas revenu".

    Enfin une toute petite remarque désagréable, comme j’en ai l’habitude : vous êtes embarrassé par ce féminin qui vous manque, aussi écrivez-vous :
    "l’auteure anglaise Jan Struther"
    la prochaine fois pensez à "romancière", (auteur n’a pas de féminin, sinon autrice ou autruche…)

    J’espère que vous m’accorderez qu’on n’est pas dans un « mélo »





















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  2. je retire ce que viens de dire : je pensais que vous m'aviez boudé.
    Mais maintenez vous qu'il s'agit d'un mélo ? Je ne tiens pas du tout à avoir raison ,mais le théoricien c'est vous.
    Il avait également dans LES PLUS BEAUX JOURS ...
    de Wyler un mariage précipité, qui fut fatal au pilote Dana Andrews. Mélo n'apparut pas dans les commentaires, je crois. La cruauté de la guerre l'avait emporté sur tout le reste.

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  3. C'est sans doute à une définition strictement littéraire que vous en restez en limitant ainsi le contenu d'un mélodrame mais au cinéma du moins le terme est infiniment plus large. Si on en restait à votre spectre pas mal de films communément associés au mélodrame n'en seraient pas, y compris la majorité des Douglas Sirk ce qui serait assez cocasse quand même. Au cinéma cela repose plus sur l'emphase des situations dramatiques, l'exacerbation des émotions, parfois une outrance assumée dans l'invraisemblance et encore je ne le restreint pas à ces seules caractéristiques. C'est loin d'être aussi figé que votre définition en tout cas.

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