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jeudi 14 novembre 2013

Heureux Mortels - This Happy Breed, David Lean (1944)


L'action est centrée sur la fortune des Gibbons, une famille appartenant à la classe moyenne la moins aisée et vivant dans les faubourgs du sud de Londres, dans une période allant de la démobilisation qui a suivi la Première Guerre mondiale en 1919 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939.

Deuxième film de David Lean, This Happy Breed voit le réalisateur prendre son indépendance vis à vis de son mentor Noel Coward avec lequel il avait co dirigé l'inaugural Ceux qui servent en mer (1942). Lean seul à la réalisation reste néanmoins dans sillage de Coward (qu'il retrouvera sur L'esprit s'amuse (1945) et Brève Rencontre (1945) qui en signera les scénarios d'après ses pièces toujours) en adaptant sa pièce éponyme jouée en 1939. C'est précisément entre cette année 1939 et le début de la Deuxième Guerre Mondiale et 1919 où la Grande Guerre s'achève à peine que se déroule l'intrigue. On s'y penchera sur cette période au destin de la famille Gibbons, le cadre formant une sorte de paradis perdu dans une Angleterre paisible de l'entre-deux guerre.

La scène d'ouverture voit cette vie de famille reprendre son cours par le retour du front du père Frank (Robert Newton) et la réinstallation dans une nouvelle demeure avec son épouse Ethel (Clelia Johnson), sa belle-mère (Amy Veness) et sa sœur Sylvia (Alison Leggatt). Le film semble divisé en deux avec ces années 20 insouciantes où s'épanouit le bonheur simple du quotidien des Gibbons tout en distillant les signes avant-coureurs des malheurs des années 30 préparant ainsi les évènements douloureux à venir en fin de décennie.

La caractérisation se fait truculente et chaleureuse dans les rapports et habitudes de chacun entre la relation de couple tout en tendresse sobre puis orageux et amusant pour les échanges entre Sylvia et la belle-mère. Cette légèreté confère un sentiment de bonheur diffus qui court tout au long des ellipses s'arrêtant sur divers évènements traditionnels (noël, mariages) où le technicolor et la mise en scène de Lean renforcent le côté théâtral et imperméable à l'agitation de l'extérieur (la majorité des séquence se déroulant dans la maison qui est le vrai fil rouge de cette tranche de vie des Gibbons) de ce quotidien, en renforçant ainsi l'universalité.

C'est par les enfants de la famille que les premiers nuages s'amoncèlent et que la réalité nous rattrape que ce soit face au contexte politique et les velléités sociale de l'aîné Reg (avec la montée du communisme en toile de fond) et à l'inverse les rêves de châteaux en Espagne de Queenie (Kay Walsh) honteuse de cette existence de classe moyenne modeste.

La deuxième partie et les années 30 accentuent ainsi les drames latents, inattendus et plus prévisibles que Lean capture avec une sensibilité déjà éclatante (ce que ne laissait pas forcément présager son premier essai plus froid) dont une scène d'annonce de mort filmée hors champ où un subtil mouvement de caméra ne laissera plus que voir la douleur lourde et insurmontable face à ce deuil. La rébellion puis le retour de Queenie offrira un beau moment également, Lean laissant la part belle à ses comédiens poignants de sensibilité.

Robert Newton en père flegmatique sachant instaurer les moments de partage avec son entourage (superbes échanges avec son fils, ferme et juste sans être autoritaire) et humanisé par ses écarts alcoolisés avec le voisins. Clelia Johnson est tout aussi poignante, dévouée, dépassée et si authentique en mère pour une prestation qui lui vaudra le prix de la meilleure actrice du National Board of Review.

Alors que la peur s'instaure et que les extrêmes pointent avec nouveau conflit qui s'annonce, l'histoire des Gibbons est prête à s'achever avec le départ de cette maison théâtre de tant d'évènements intimes dans un mouvement de caméra répondant à l'ouverture. Dès ce deuxième film, Lean s'affirme comme un maître de l'émotion dans cette œuvre dont la nostalgie inspirera autant le Mike Leigh de Life is sweet (1990) traitant de la même période que dans l'esprit les films de Terence Davies.

Sorti en dvd zone 2 chez Carlotta au sein du coffret David Lean

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