Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 2 novembre 2013

Le Diable par la queue - Philippe de Broca (1968)


Dans un château délabré du XVIIe siècle, propriété d'une famille de nobles désargentés, on attire les touristes avec la complicité du garagiste local. Jusqu'au jour où arrivent un séduisant gangster et ses deux complices qui transportent le butin de leur dernier méfait. La famille de châtelains n'a aucunement l'intention de laisser passer une pareille aubaine et le gangster est-il vraiment si pressé de partir...

Tous les meilleurs films de Philippe de Broca voient leurs héros lunaires et excentriques se créer et évoluer dans un ailleurs fantaisiste représentant constamment une alternative à la réalité qui ne manque pourtant pas de les rattraper. L'expression la plus fameuse de ce motif est bien sûr Le Magnifique (1973) et son héros perdu entre fantasmes et ou encore le Brésil de bd de L'Homme de Rio (1964). Dans Le Diable par la queue, cet ailleurs est représenté par un château du XVIIe siècle où subsiste de nos jours tant bien que mal une famille de nobles ruinés. Cette situation ne leur a en rien fait perdre de leur prestance et excentricité, comme le prouve leur manière de subsister dans leur demeure aussi prestigieuse que délabrée.

Avec la complicité du garagiste local (Xavier Gélin) amoureux d'Amélie (Marthe Keller) cadette de la famille, les voitures des rares voyageurs sont sabotées afin que ceux-ci se réfugient au château transformé en auberge. La dernière fournée va leur ramener un séducteur vantard (Jean-Pierre Marielle) et sa maîtresse récalcitrante, un groupe de nudiste allemand et surtout le baron César Maricorne (Yves Montand) faux noble et vrai escrocs en fuite après un hold-up.

Philippe de Broca crée un décalage constant entre le vestige du passé que constitue le château et l'agitation bien contemporaine qui guide ses habitants. Dans un premier temps on appréciera la présentation savoureuse que fait le réalisateur de cette famille d'allumés (qui rappelle celle tout aussi azimutée du Farceur (1961)) entre le comte à la nonchalance toute aristocratique (Jean Rochefort parfait), la malicieuse grand-mère (Madeleine Renaud), la très avenante et séduisante comtesse (Maria Schell), l'effacée et discrète Jeanne (Clotilde Joano) et surtout Amélie et son sex-appeal ravageur.

De Broca leur conserve cette langueur et port altier typique de leur rang à travers leur phrasé, leur maintien (Jeanne et ses poses mélancolique jouant du piano) tenues et respect des traditions (le dimanche matin tout le monde va à la messe bien évidemment). La rencontre avec leurs hôtes plus inscrits dans la réalité devraient donc créer un choc des cultures mais c'est tout l'inverse qui se produira.

La période de tournage en plein été et aussi ce moment de la vie de De Broca (qui vient d'épouser Marthe Keller et la magnifie comme rarement sourire éclatant, coupe à frange et minijupe) qui confère au film une joie de vivre et une légèreté irrésistible. C'est cet esprit représenté par ses nobles insouciants qui contamine progressivement tous les autres personnages du film.

Ce sera bien sûr le cas pour le malfrat joué par Yves Montand d'abord présenté sous un jour menaçant, tout de noir vêtu et taciturne. Afin de donner le change et échapper un temps à la police, il va donc se fondre dans le décor en y allant lui aussi de ses attitudes exubérantes, Montand s'en donnant à cœur joie dans un grand numéro de clown séducteur et beau parleur, forçant tous ses tics hâbleurs pour notre plus grand amusement.

Le charme des lieux et de ses occupants opère donc lors de merveilleuses séquences où l'imagerie ensoleillée, le brio du réalisateur pour mettre en valeur le château (le château de Fléchères dans le département de l'Ain) et la musique envoutante (évoquant bien cette insouciance du passé) de Georges Delerue offre de pur moments de grâce tel cette partie de chat dans le parc. De Broca sait également s'éloigner de ce registre contemplatif pour des élans plus boulevardiers hilarant dans le climat de séduction entre Yves Montand et Maria Schell (ou les essais infructueuses de conclure pour Xavier Gélin) et surtout les tentatives d'assassinat ratées afin de récupérer le fameux magot qui permettrait de restaurer le château.

Ce cadre est donc propice à libérer la fantaisie qui sommeille en nous, pour un temps ou pour de bon à l'image d'un Montand qui comprendra qu'il ne joue pas mais est enfin lui-même dans cette légèreté qu'il dégage (voir le moment où il rejoint les nudiste en riant après avoir manqué de se noyer). Une belle réussite au charme contagieux et pas dénué de la mélancolie typique de De Broca (Claude Piéplu étonnamment tragique dans le délire ambiant son dépit rappelant celui de Jean-Louis Maury dans Les Jeux de l'Amour) dans cet idéal de comédie populaire.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

making of d'époque

2 commentaires:

  1. Votre blog est très intéressant, chronique de films assez rares parfois, anciens et nouveaux. Je reviendrai.

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  2. Merci à vous content d'avoir un(e) nouveau lecteur (trice) ;-)

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