Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 25 novembre 2013

Vacances sur ordonnance - Last Holiday, Henry Cass (1950)


Petit ouvrier d'une entreprise de matériel agricole, George Bird apprend de la bouche de son médecin qu'il est atteint d'un mal incurable, la maladie de Lampington. N'ayant pas de famille ou d'amis à qui transmettre ses biens, il réunit ses maigres économies, et décide de passer ses derniers jours dans un hôtel luxueux d'une cité balnéaire. Sur place, un certain nombre de rencontres vont changer sa vie...

Vacances sur ordonnance témoigne de l'ascension d'Alec Guinness dans le cinéma anglais puisqu'après avoir été révélé par David Lean (Les Grandes Espérances (1946) et surtout Oliver Twist (1948) où il campe un extraordinaire Fagin) puis affirmé ses talents de transformiste dans le génial Noblesse Oblige (1949), l'acteur accédait enfin à un premier rôle dans ce beau Last Holiday. Il se plonge ici dans la peau de George Bird, modeste ouvrier dont l'existence s'apprête à être bouleversée.

Un banal examen médical va lui révéler qu'il est atteint d'un mal incurable, la maladie de Lampington, et qu'il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Tout le vide de son existence se révèle alors à notre héros célibataire, sans amis ni famille proche et végétant depuis de longues années dans son médiocre emploi de vendeur agricole. Après avoir survécu en automate depuis tant de temps, il décide de vivre enfin pour ses dernières semaines en retirant ses économies et tout quitter s'installer dans le luxueux hôtel d'une station balnéaire.

L'art de la transformation d'Alec Guinness s'exprime magnifiquement ici, habilement guidé par l'intrigue qui le voit passer d'ouvrier insignifiant à résident richissime et mystérieux. Cela passera par l'attitude lorsque George Bird rabrouera un patron le méprisant depuis si longtemps et par la tenue vestimentaire où vestes frustres, pantalons ternes et remontés et chapeau informe son remplacé par une garde-robe plus clinquante tandis que le rasage de sa moustache adoucit ses traits et renforce une prestance insoupçonnée.

Cette mue physique se prolonge ainsi dans le caractère de notre héros naguère effacé mais qui n'ayant plus rien à perdre dit désormais de but en blanc à chacun ce qu'il pense de lui, Lady comme ministre. Sa nature de parvenu allié à ce nouveau caractère désinvolte intriguera forcément les autres clients nantis de l'hôtel qui vont rapidement chercher à percer le secret de ce mystérieux hôte.

Si longtemps endormi dans une situation médiocre, Bird sert au fil des rencontres de révélateur à différents protagonistes engoncés à des degrés divers dans des situations insolubles : une jeune femme (Beatrice Campbell) mariée à un homme endetté et aux activités douteuses (Brian Worth), un inventeur oisif dans l'attente de sa prochaine création (Wilfrid Hyde-White) ou encore une gouvernante (Kay Walsh très touchante) blasée et fermée à toute émotion.

Tous seront bouleversés par leur rencontre avec Bird et lui offriront les opportunités qui ne sont jamais offertes à lui jusqu'ici : l'amour, l'amitié, les emplois prestigieux. Tout cela, Bird ne peut le savourer car n'oubliant jamais que ses jours sont comptés et Alec Guinness distille une mélancolie dans son regard et ses attitudes contenues atténuant constamment la relative légèreté d'un film qui n'a de comédie que le nom.

Le film amène aussi une dimension sociale passionnante par les questionnements qu'il soulève. Les qualités de Bird seront restées invisibles aux autres quand cela avait encore de l'importance pour lui. Le rapprochement et la reconnaissance entre les classes ne semble pouvoir se faire que dans des circonstances exceptionnelles et dans le cas de notre héros être sans lendemain. Le message est ambigu dans sa possibilité à la seconde chance, palpable pour certain (le jeune couple) et inaccessible pour d'autres le plus souvent issue de la classe ouvrière (la servante refusant l'aide de Guinness pour retourner à sa position subalterne).

L'entraide et l'amitié est entraperçue le temps de quelques chaleureuses séquences (les hôtes s'occupant du service lors de la grève) mais largement remise en cause par l'attitude changeante des nantis lors d'un surprenant rebondissement final. C'est cependant la douceur et la bienveillance d'Alec Guinness, au-dessus de tous ces clivages que l'on préférera retenir dans une bouleversante conclusion.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa 

Extrait

3 commentaires:

  1. Ca c'est vraiment une rareté.

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  2. j'ai enfin acheté le coffret Alec Guiness réunissant Captain's Paradise, Barnacle Bill et Vacances sur ordonnance.
    Barnacle Bill est sympathique, agréable à voir mais sans plus. J'ai mieux apprécié Vacances sur Ordonnance, film plus sombre. Alec Guiness est plus touchant aussi dans son rôle de personnage effacé à qui la vie sourit au moment même où il est censé la quitter.
    C'est toute l'ironie de ce film discret, sensible,mélancolique et qui touche au plus profond de chacun, il me semble, sur sa relation avec la vie, ses promesses non tenues,les occasions ratées et l'approche de la mort. Il me reste à voir Captain's Paradise.

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    1. Oui un des rôles les plus touchants d'Alec Guiness, à la belle émotion feutrée et parcouru des thèmes intimes que vous évoquez. Captain's Paradise est excellent et bien mordant je trouve j'espère qu'il vous plaira aussi !

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