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lundi 29 octobre 2012

La Madone aux deux visages - Madonna of the Seven Moons, Arthur Crabtree (1945)


Traumatisé dans son adolescence, Maddalena possède une double personnalité. Le jour de la fête de sa fille, Angela, elle s'enfuit vivre avec son amant Nino, avec qui elle est Rosanna.

Au croisement du thriller, du mélodrame et du film psychanalytique, Madonna of the Seven Moons est un des films les plus étranges et audacieux produit par la Gainsborough. Le film adapte un roman de Margery Lawrence spécialiste du récit à mystère et surnaturel et on sera servi tant on empruntera ici des chemins inattendus. Alors qu'elle est encore adolescente au couvent, Maddalena (Phyllis Calvert) est violée par un inconnu. La scène est filmée comme dans un cauchemar, saccadée, sans parole et avec un expressionnisme prononcé évoquant un film muet.

 C'est un traumatisme aussi bref qu'halluciné que notre héroïne n'aura de cesse d'effacer de sa mémoire au prix de sa santé mentale. La jeune fille n'aura pas le temps d'encaisser le choc de cette agression puisque dans la foulée elle doit quitter le couvent pour se marier selon la volonté de son père et la douleur refoulée va avoir un effet surprenant sur elle. Nous la retrouvons bien des années plus tard, mariée, heureuse et attendant le retour de sa fille parti étudier depuis de longues années en Angleterre.

Le ton et l'esthétique du film est un choc permanent entre passé et modernité. La demeure de Maddalena à Rome semble restée figée dans une Renaissance pieuse et luxuriante tandis que Phyllis Carver arbore de longue robes sophistiquée qui ajoutée à sa présence évanescente une sorte d'icône religieuse en mouvement. Cela est contrebalancé par l'énergie pétillante de sa fille Angela (Patricia Roc qui a pourtant le même âge que Phyllis Carver) qui affirme sa féminité et sa séduction avec un aplomb qui effraie Maddalena. Quelques indices annoncent le basculement à venir quand on apprend que touché par une maladie mystérieuse la mère n'a pas écrit à sa fille durant une année entière et n'est pas venue lui rendre visite.

Tous ses changements semblent profondément troubler Maddalena jusqu'au vrai choc lorsqu'elle apprend les fiançailles d'Angela. L'agression initiale a en fait provoqué chez Maddalena un dédoublement de personnalité et c'est à Florence qu'elle va fuir pour endosser son autre "moi" et redevenir Rossanna, l'amante volcanique du gangster local Nino (Stewart Granger) dont elle s'est éprise lors d'une précédente crise quelques années plus tôt.

 Phyllis Calvert d'habitude si douce et bienveillante trouve enfin un rôle lui laissant exprimer une vraie démesure avec cette schizophrène. Effrayée par toute évocation du sexe en Maddalena, elle devient lascive et provocatrice en Rossanna les coiffures sophistiquées de la première laissant place au cheveux lâchés de la seconde), Crabtree osant une belle scène en ombre chinoise après l'étreinte entre les deux amants.

Une nouvelle fois les repères sont troublés avec cette intrigue se déroulant de nos jour mais dont tout ramène au passé avec des décors studio jouant totalement la carte du rêve éveillé, via le ton prude issu de la personnalité de Maddalena (la procession religieuse tout droit sortie d'un livre d'iconographie) ou par une outrance et une luxure surprenante avec une pétaradante scène de carnaval finale.

Une pure intrigue policière s'ajoute à tout cela avec les activités illicites de Nino pour un mélange des genres pas loin d'être indigeste dans ses ruptures de ton et multiples personnages secondaires. L'émotion parvient néanmoins à émerger grâce à l'intense histoire d'amour entre Rossanna et Nino, Stewart Granger délivrant une prestation ardente en brute épaisse rongé par la passion.

On en espérerait presque que Maddalena ne retrouve pas sa personnalité initiale pour qu'ils restent ensemble malgré une toujours attachante Patricia Roc en fille menant l'enquête pour retrouver sa mère, seul lien fort avec l'ancienne vie le personnage du mari étant trop fade comparé à Stewart Granger.

 Entre ce passé douloureux et le futur incertain, la résolution semble se trouver dans un présent sous forme de recueillement dans un film multipliant les symboles religieux. Seul moment heureux de son existence, les années de couvent paisible apaise Maddalena par ces symboles tandis que le versant païen par la culture gitane (une récurrence qui teinte une grande partie des productions Gainsborough ici avec le mystère des sept lunes) éveille ses ardeurs mais signifie aussi la malédiction qui pèse sur elle.

Le script ne choisit pas réellement, la paix mais l'ennui domine du côté de Maddalena tandis que la passion et la douleur forme le tempérament de Rossanna. La conclusion poignante résout dramatiquement ce conflit permanent par un poignant adieu. Objet inclassable, Madonna of the Seven Moons sera pourtant un grand succès au box-office anglais, établissant un peu plus Stewart Granger comme la grande star montante locale et saluant les audaces de Gainsborough qui en cette même année 1945 triomphe avec Le Septième Voile autre ovni teinté de psychanalyse.


Sorti en dvd zone 2 anglais au sein du coffret ITV consacré à Stewart Granger et doté de sous-titres anglais et récemment réédité dans un coffret consacré au mélodrames Gainsborough chez Criterion avec "The Man in Grey" et "The Wicked Lady" dont on a déjà dit le plus grand bien sur le blog.

Et il semble que le film traîne en entier sur youtube profitez en tant que c'est là...

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