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vendredi 26 octobre 2012

They Were Sisters - Arthur Crabtree (1945)


Trois sœurs se marient. L'une devra subir un époux tyrannique, l'autre trompera stupidement un bien brave époux, tandis que la dernière connait le bonheur parfait, si ce n'est la mort de son enfant.

They were Sisters est un des mélodrames les plus réussis produit par la Gainsborough où si l'on trouve les stars du studio James Mason et Phyllis Calvert le film dénote par certains points avec les classiques du studio. On s'échappe donc ici du film en costume pour une intrigue contemporaine s'étalant sur vingt ans de 1919 à l'époque de production, le ton se fait plus sobre et intimiste loin des récits romanesques aux rebondissements extravagants d'un The Wicked Lady et la dose de provocation habituelle est plus diffuse. On doit sans doute cette retenue au roman de Dorothy Whipple (paru deux ans plus tôt), surnommée la Jane Austen du XXe et dont les ouvrages rencontrèrent un grand succès en Angleterre dans l'entre-deux guerre à l'égal d'un Graham Green. Pour rester dans la comparaison avec Jane Austen, on peut voir There were Sisters comme un Raison et Sentiments moderne avec une intrigue suivant les destins et amours contrariés de trois sœurs sur une période de vingt ans, de la jeunesse insouciante à l'âge mûr douloureux.

 Lucy ( Phyllis Calvert), Charlotte (Dulcie Gray) et Vera (Anne Crawford) sont trois sœurs aux caractères bien différents qui vont les entraîner dans des voies singulières. Arthur Crabtree pose leurs natures respectives en début de film lors d'une scène de bal où leur comportement annonce déjà le futur. La provocante et séductrice Vera (que l'on découvre en bas et sous-vêtements dès l'ouverture) jubile face aux regards admiratifs des hommes sur son élégance sur la piste, la douce et fragile Charlotte en retrait se laisse séduire par le plus vil des séducteurs présents et la bienveillante Phyllis ne se préoccupe que du bien-être de ses sœurs, du plus futile (l'ouverture où elle prête ses bas à Vera) au plus prévoyant puisqu'elle distingue immédiatement la malveillance de Geoffrey (James Mason) faisant la cour à Vera.

Une scène scelle également l'avenir sentimental des trois sœurs avec le mariage de Vera avec Geoffrey dont la désinvolture annonce le pire, la charmante rencontre de Lucy et l'homme de sa vie William (Peter Murray-Hill vrai époux de Phyllis Calvert à la ville) et Vera qui accepte détachée la demande en mariage de Brian (Barry Livesey frère de Roger Livesey) plus par convenance que par amour pour ce prétendant réellement épris d'elle. Une ellipse nous les fait retrouver vingt ans plus tard où chacune a récoltée ce qu'elle a semé.

Lucy vit des jours heureux à la campagne malgré la perte douloureuse de sa petite fille quelques années plus tôt, Vera néglige sa fille et trompe allégrement son mari et surtout Charlotte vit un véritable enfer conjugal face à la tyrannie de Geoffrey. C'est les tourments de Charlotte qui constituent le pivot du récit mettent en valeur les deux autres sœurs dans les caractères dépeint au début, le souci de Lucy pour les autres la faisant s'immiscer dans le ménage pour sauver Charlotte et l'égoïsme et la frivolité de Vera provoquant le drame final.

Le récit alterne donc d'une famille à une autre, le calvaire domestique de Charlotte, le havre de paix de Lucy et l'hypocrisie régnant chez Vera. Le drame personnel des adultes est lié à celui des enfants avec de remarquables et charmants jeunes acteurs joués notamment par la jeune starlette Ann Stephens et la future étoile de ballet anglaise John Gilpin, tous deux très émouvant en rejetons malmenés par un James Mason plus odieux que jamais. Ce dernier campe sans doute là le méchant le plus abject de toutes ses prestations Gainsborough avec cet époux sadique et manipulateur. Sourire en coin maléfique, regard ténébreux et suavité cachant une violence verbale et physique pouvant surgir à tout moment, Mason est l'infamie personnifiée ici et plus que jamais the man they loved to hate comme le surnommais la critique anglaise.

 C'est d'ailleurs avec ce rôle outrancier qu'il prit conscience du carcan où il était enfermé et décida de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis. Dulcie Gray est très touchante en épouse brimée et joue bien de sa frêle silhouette et de son visage triste pour exprimer la destruction psychologique progressive de son personnage. Phyllis Carver est parfaite aussi béquille de toute ses âmes blessées loin de ses personnages de victimes tout en dévoilant subtilement une certaine fragilité quant à son drame personnel d'avoir tant d'amour à offrir et pas d'enfant.

Ancien directeur photo promu à la mise en scène par le studio (on lui doit les somptueuses visions gothique de Fanny by Gaslight ou The Man in Grey) délivre ici une mise en scène sobre qui s'efface pour mettre en valeur son casting inspiré mène avec brio cette intrigue sans véritable temps forts où s'enchaîne bonheurs et malheur jusqu'à un final judiciaire plus surprenant. Les excès de la firme n'ont donc pas cours ici mais pourtant on se rappelle que l'on est bien devant un Gainsborough devant ce sous-entendu à peine dissimulé suggérant l'attirance incestueuse de James Mason pour sa fille aînée Margaret (jouée par Pamela Mason épouse de James Mason et seulement de sept ans sa cadette mais ça passe aisément), leur première scène ensemble laissant même croire qu'ils sont amants. Superbe mélodrame en tout cas qui sera salué par le public puisque le film sera le quatrième plus gros succès du box-office anglais en 1945.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

Extrait

2 commentaires:

  1. Là, j'avoue que je ne suis plus... C'est tellement grotesque comme script et la psychologie des personnages est tellement taillée à coups de serpe, qu'on gémit d'embarras pour les acteurs qui parviennent malgré tout à être convaincants... Cependant, dès qu'on prend un peu de recul, on s'arrache les cheveux tellement c'est grotesque.
    Dans le style mélo un peu maladroit à gros sabots, je préfère largement "The Upturned Glass"... (On y retrouve également Pamela Mason qui se prenait pour une actrice et qui est assez cotonneuse dans tout ce qu'elle joue.)

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  2. Ah c'est drôle que vous trouviez celui-ci grotesque à part le personnage vraiment too much dans le machiavélisme de James Mason c'est limite le Gainsborough le plus sobre que j'ai vu. A quelques excès près c'est même un mélo assez classique ça change des autres plus fous. Après pour le manque de finesse c'est typique du genre et plus particulièrement les Gainsborough qui accumule les situations et personnages outranciers.

    Entre temps j'ai vu d'ailleurs "Madonna of the Seven Moons" et là pour le coup on nage en plein délire mais j'ai trouvé ça assez génial. Je crois que je suis bon client de l'exagération de ses mélos anglais ^^

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