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lundi 15 octobre 2012

Rembrandt - Alexander Korda (1936)


Trois ans après La Vie privée d'Henry VIII son premier grand succès dans l'industrie cinéma anglaise , Alexander Korda s'associait à nouveau à Charles Laughton pour signer une seconde fresque historique. Plus précisément, il s'agit ici d'un biopic où Charles Laughton donc l'illustre peintre. Korda propose ici un portrait désenchanté et romantique de Rembrandt au parti pris assez étonnant : si ce n'est au détour d'une scène où il est conspué pour son art étrange, on ne verra pratiquement aucun tableau. La personnalité du peintre imprègne pourtant l'ensemble du film et Korda la soulignera principalement par la grâce de son script et de l'interprétation magistrale de Charles Laughton.

Une large part de l'œuvre de Rembrandt est consacrée à l'illustration des membres de sa famille et notamment les nombreux portrait qu'il tira de ses compagnes Saskia et Hendrickje. La scène d'ouverture montre dans un dramatique montage alterné cet attachement à sa première épouse Saskia pour laquelle il exprimera son amour dans une magnifique tirade à ses compagnons et parallèlement la perte de ce modèle aimé succombant à la maladie. Brisé par cette perte Rembrandt dépressif peut ainsi céder à ses démons et explorer une part plus sombre de son art.

Le scénario introduit ainsi à chaque drame et rebondissement de la vie de l'artiste une facette supplémentaire de ses motifs connus, la seconde étant ici son attrait pour les visages marqués, usés par les vicissitudes de la vie dont il parviendrait à capturer la bonté et l'humanité par son regard unique. Une nouvelle fois une scène explicite bien cette approche avec un Rembrandt qui bien que voyant venir les premières difficultés financières livre une commande importante comme il la voit réellement avec cette peinture de la Garde Civile présentée dans toute la laideur d'âme que ces membres lui inspire tandis que parallèlement il ira chercher un mendiant dans la rue pour en faire un roi déchu sur sa toile.

 Le procédé pourrait sembler lourd mais est si bien lié à la progression dramatique de l'ensemble que ce n'est jamais le cas, Korda sachant faire preuve de plus de finesse comme lors des nombreuses tirades biblique qu'entonne Rembrandt et faisant écho à ses peintures en appelant à l'iconographie religieuse et mythologique. De même la séquence de retour à la campagne, la vue des hommes au travail ainsi que l'altercation amusante avec des paysans rappellera à nouveau les toiles du maître dépeignant les milieux populaires.

C'est principalement quand il joue sur le registre de la pure émotion que Korda exploite le mieux cette idée tel le lien qui se noue puis se défait à travers les scènes de rencontre puis de cruelle séparation entre Rembrandt et sa seconde épouse Hendrickje Stoffels (magnifique Elsa Lanchester, épouse de Charles Laughton à la ville) où les même dialogue saisissent la première rencontre innocente puis les derniers instants avant la mort. Un même effet miroir s'effectue entre le début et la fin du film, Rembrandt célébrité au centre de l'attention puis source de moquerie d'un banquet dans les deux situations temporellement éloignée quittant ses convives pour se consacrer à son art. Là encore le vendeur obséquieux pour le jeune peintre vedette laisse place à un accueil bien plus sec pour le vieillard sans le sous venu acheter ses peintures.

Alexander Korda reprend sa mise en scène statique mais aux compositions de plans fouillés entrevue dans La Vie privée d'Henry VIII, en beaucoup maîtrisée. On a ainsi des plans d'ensemble où ce le mouvement tout en retenue et riche de la reconstitution somptueuse (Vincent Korda signe des décors impressionnant) renforce ce sentiment d'assister au défilement d'une suite de tableaux. Charles Laughton, incroyablement habité impressionne de bout en bout avec cette figure de Rembrandt détachée, rêveuse et obsessionnelle. L'acteur dégage une belle mélancolie, jamais aussi forte que lors de cette dernière scène où désormais seul et son pinceau comme seul compagnon il contemple ses traits fatigués dont il s'apprête à tirer un autoportrait.

Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous-titres français ou encore dans un coffre Criterion consacré à Korda et doté de sous-titres anglais

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