Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 31 octobre 2011

The Wicked Lady - Leslie Arliss (1945)


Barbara Worth, beauté du XVIIe siècle, entame sa carrière criminelle en volant le mari de sa meilleure amie, laquelle vient juste de convoler…

The Wicked Lady est une des plus fameuses productions du studio Gainsborough et un des grands succès du cinéma anglais des années 40. Cette popularité s’avère tout à fait fascinante à la vision d’un spectacle délicieusement amoral. Le film s’ouvre sur les amours courtois entre les fiancés Caroline (Patricia Roc) et Sir Ralph Skelton (Griffith Johns) effectuant une balade à cheval en campagne tout en échangeant des mots doux. Cette tonalité douce et timorée se voit en un instant balayé avec l’entrée en scène de Barbara (Margaret Lockwood) meilleure amie de la future mariée et ambitieuse sans scrupule rêvant de la grande vie. Le film adapte le roman The Life and Death of the Wicked Lady Skelton de Magdalen King-Hall qui s'inspirait elle-même des moeurs dissolues de Lady Katherine Ferrers qui fit scandale dans l'Angleterre du XVIIe siècle. Sur ces bases réalistes le film ne se refusera aucune surenchère.

Ainsi vingt minutes ne se sont pas écoulées que la belle a déjà séduit et épousée le fiancé de son amie (qui humiliation suprême est réduite à demoiselle d’honneur de son mariage annoncé) et trouvé le moyen de tomber follement amoureuse d’un autre durant les festivités des noces ! Seulement la vie rurale morne au côté d’un homme qu’elle méprise ne lui sied guère et en tentant de récupérer un diamant perdu au jeu elle embrasse la carrière criminelle où elle va croiser la route du bandit de grand chemin Jerry Jackson.

Il y a déjà matière à trois films avec cet aperçu qui occupe à peine un tiers de l’histoire. Le récit enchaîne sans discontinuer les rebondissements rocambolesques jusqu’à l’excès. Cette frénésie est dictée par la vénéneuse héroïne incarnée par une Margaret Lockwood étincelante de perversion. Guidée par ses seuls désirs, elle éliminera tous les obstacles à son plaisir et ses ambitions sans le moindre remords et par les moyens les plus vils : vol, duperie, assassinat…

Le script noie toute tentative de l’humaniser quelque peu tel ce moment où elle commet son premier meurtre par maladresse lors d’un vol et que dès la séquence suivante elle se réjouit de découvrir que sa prime de capture est plus élevé que celle de James Mason. Ce dernier s’en donne à cœur joie également en voleur à la gouaille irrésistible et porté sur les jolies femmes et les échanges avec Margaret Lockwood sont un festival de sous-entendus sexuels, sans parler des nombreuses situations équivoques. De plus Les décolletés vertigineux des deux personnages féminins vaudront (en plus du reste) les coups de ciseaux de la censure américaine lors la sortie du film outre atlantique.

On comprend totalement le succès du film, divertissant et jubilatoire de bout en bout par son sens de l’excès. Cette Barbara si peu fréquentable (à faire passer l’Ambre de Kathleen Windsor pour un parangon de vertu) s’avère finalement aussi attachante que fascinante dans sa manière de suivre ses envies sans se soucier des conséquences et la délectation de Margaret Lockwood à interpréter un tel personnage est contagieuse.

Tout aussi avenante, Patricia Roc évite de tomber dans la niaiserie pour contrebalancer l’âme noire de sa rivale et maintient également l'intérêt pour la douce Caroline, ce que ne parviennent pas à faire les autres figures masculines (à se demander comment Barbara peut préférer le fade Michael Rennie à Mason) écrasées par le charisme de James Mason. Leslie Arliss mène là un récit alerte et trépidant orné par le luxe et le soin habituel des productions Gainsborough. Un vrai plaisir coupable, scandaleux et charmant. Apparemment, il existerait un remake réputé assez piteux avec Faye Dunaway réalisé par Michael Winner en 1983...

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

11 commentaires:

  1. Je suis ravie de voir que vous avez aimé ! (on en avait parlé ici : http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2011/07/contre-espionnage-they-met-in-dark.html?showComment=1319759329068 )

    C’est quand même totalement irrésistible dans son genre, et d’une immoralité totalement jouissive. Je crois qu’ils avaient envisagé une suite, mais Mason a trépigné et cela ne s’est pas fait. (Dommage... mais quand on essaye de s’établir comme un acteur "sérieux" c’est un peu dur d’enchaîner ce type de films !) Je me demande comment ils auraient fait, vu l’hécatombe finale... Jackson aurait eu plus de vies qu’un chat, et on peut toujours imaginer qu’on sauve de justesse la belle Barbara.

    Cette affiche est marrante : on dirait une parodie de "Gone with the Wind" !

    On trouve sur YouTube une interview très enjouée de Margaret Lockwood, qui réagit aussi devant un extrait du film. Elle avait l’air d’avoir un punch fou et un charme inaltérable et inaltéré. http://www.youtube.com/watch?v=6-_Z1zCzh4I

    Il y a quelques mois le "Cinéma de minuit" a rediffusé "The Man in Grey", film qui avait initié cette tendance historique chez Gainsborough. Apparemment le grand public en temps de guerre avait vraiment besoin d’évasion... C’est nettement moins réussi dans la truculence, car les "gentils" sont un peu gnan-gnan, même si Stewart Granger dégouline de charme et de séduction. Finalement, le méchant Rohan (Mason) a des excuses, et il n’est pas très différent de certains aristos de l’époque. Du coup,la fin est toute à fait logique pour la période et totalement politiquement incorrecte. Lockwood, en ambitieuse capable de tout, est aussi bien que dans "Wicked Lady". Ce type de stéréotype l’a suivie, elle aussi. Vous connaissez ?
    Par contre, avec les mêmes, "Fanny by Gaslight" est bien plus ennuyeux, malgré une fin étonnamment dégagée des conventions d’époque et son héroïne en demi-teintes. C’est plus une curiosité qu’autre chose. (Trouvable en DVD italien)
    Autre curiosité "historique", une histoire de maison hantée avec Margaret Lockwood en ingénue (si si), et Barbara Mullen et James Mason en vieux couple de boutiquiers enrichis de 60 ans (alors que les acteurs en avaient la moitié !!) tout à fait crédibles et touchants. Cela s’appelle "A Place of One’s Own" et c’est tout à fait plaisant, même si l’intrigue manque de tension et que la fin n'est pas si surprenante que cela.
    Et toujours, dans le catalogue Gainsbourough, mais dans un décor contemporain, je vous conseille "Ghost Train" (1941) qui est une petite curiosité vraiment très distrayante.

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  2. Oui j'avais le dvd qui traînait dans un coin depuis un moment et votre avis enthousiaste m'a incité à enfin y jeter un oeil je n'ai pas regretté ! J'avais beau être prévenu j'ai quand même été constamment surpris par les audaces du film certaines saillies salaces de Mason sont absolument énormes ^^.

    A par "Une femme disparaît" et sa variante "Train de nuit pour Munich" par Carol Reed (très sympathique et léger film d'espionnage de propagande Rex Harrison en espion précieux est génial j'en avait causé sur le blog) je connaît assez mal la filmographie de Margaret Lockwood. Des lacunes à combler je note tout ces titres et en tout cas un vrai plaisir d'explorer ce catalogue Gainsborough !

    On peut comprendre Mason de s'être lassé de ce genre de rôle (dommage pour la suite envisagée ceci dit) tant son registre est immense mais c'est vraiment jubilatoire de le voir si excessif. Il a quand même eu des rôles plus nuancés chez Gainsborough avez vous vu "The Seven Veil" ? Il y a un rôle passionnant de mentor un peu ambigu d'une prodige du piano jouée par Ann Todd et le film est un des premiers à introduire (un peu lourdement)des notions de psychanalyse au cinéma. Vraiment beaucoup aimé ce film j'en parlais ici http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2011/01/le-septieme-voile-seventh-veil-compton.html

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  3. Et pour l'affiche effectivement ^^ pas réussi à en trouver une anglaise de bonne qualité les étrangères et étonnamment plus folles cette affiche espagnole très jolie aussi

    http://www.moviegoods.com//Assets/product_images/1020/502398.1020.A.jpg

    Et toujours très piquante en interview Miss Lockwood merci pour le lien !

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  4. J'adore "The 7th Veil" qui est un film très riche et très ambigu. Par contre, je n'ai pas encore eu le temps de commenter votre entrée de blog, parce que je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous et qu'il y aurait beaucoup à en dire... Etonnant de voir Herbert Lom là-dedans !

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  5. Pour l'affiche espagnole, je vois que le décoletté de Lady Barbara est exactement au centre de l'affiche. ça, c'est de la promo !! LOL

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  6. On retrouve Margaret Lockwood, Patricia Roc et James Mason, ainsi que quelques mélos Gainsborough, dans un coffret de 12 films consacré à Stewart Granger, "The Stewart Granger Collection", édité par ITV. (sous-titrage anglais disponible) Cela vaut vraiment le détour, si on aime cette période et les films anglais des années 40.
    Et c’est très amusant de retrouver les mêmes acteurs (sous contrat), de film en film.
    Dedans, les principaux films anglais de Granger "call-me-Jimmy" entre 1943 et 1949 : "The Lamp Still Burns" : mélo patriotique à la gloire des infirmières – assez rasoir
    "Love Story" : avec M Lockwood et P Roc. LE mélo absolu : une pianiste condamnée par des problèmes cardiaques rencontre un ancien pilote de guerre qui va devenir aveugle : chacun cache à l’autre son état de santé. La meilleure amie du pilote s’en mêle...
    "Fanny by Gaslight" : re-mélo victorien avec J Mason déjà mentionné
    "Madonna of the Seven Moons" : une histoire de double personnalité, assez indescriptible mais il faut l’avoir vu !! Très distrayant.
    "Waterloo Road" : adultère sur fond de Blitz, film vraiment très intéressant
    "Caesar and Cleopatra" : d’après Shaw, délicieusement kitsch
    "Caravan" : re-mélo total, avec bohémiens, trahisons en pagaille et rivalité amoureuse, dans le style de "Man in Grey" ou "Fanny..." J Kent affriolante en bohémienne espagnole.
    "The Magic Bow" : biopic sentimental sur Paganini refusé par J Mason !
    "Captain Boycott : fim historique sur les mouvements de protestations irlandais et le premier boycott. Distribution très soignée et même Robert Donat !
    "Blanche Fury" : film de Marc Allégret, c'est très étrange et inquiétant. Vaut le détour.
    "Woman Hater" : comédie hilarante avec le premier rôle anglophone d’Edwige Feuillère : on dirait du Preston Sturges… Certaines chutes font penser à "The Lady Eve"
    "Adam and Evelyne" : re-mélo touchant avec Jean Simmons, magnifique.

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  7. Ah dans le lot je connaîs "César et Cléopatre" plutôt sympathique que j'avais évoqué sur le blog ici d'ailleurs

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2010/07/cesar-et-cleopatre-caesar-and-cleopatra.html

    Très alléchant coffret effectivement encore plus que celui consacré à Margaret Lockwood qui me tentait bien aussi

    http://www.amazon.co.uk/Margaret-Lockwood-Collection-DVD/dp/B00141FVCG/ref=pd_sim_d_h__1

    C'est sur la wishlist merci !

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  8. Je vous en prie ... ;-D
    J'ai beaucoup hésité à acheter le coffret Lockwood, mais finalement, non ! A moins de le trouver vraiment pas cher. Sur les 6 films, j'en ai déjà 3. J'essayerai de trouver "Bank Holiday" séparément.

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  9. Je viens de voir le film, alléché par votre avis et vos captures d'écran. Je vous en remercie car j'ai passé une excellent moment, captivé par le portrait de cette excentrique criminelle. Les répliques à connotation sexuelle qui parsèment le film sont la cerise sur le gâteau. La réalisation est un peu plate mais largement compensée par l'abattage de Margaret Lockwood et les piments de l'histoire. Je continue à découvrir des pépites grâce à votre blog enthousiasmant.

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  10. Et un nouveau convaincu, content que de le film vous ait plu ! ;-)

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  11. ravie de lire le succès de SEVENTH VEIL, Par contre
    revoir THE WICKED LADY ne fut pas une bonne idée :
    un peu "cheap, isnt' it ?" James Mason n'est pas à sa place ici. Comme Emma est aimable !

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