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samedi 29 octobre 2011

Collateral - Michael Mann (2004)


Max, un chauffeur de taxi, accepte de prendre un client, Vincent, pour cinq courses. Vincent prétend qu'il a cinq personnes à voir pour conclure un contrat immobilier dans la nuit. Mais, la première de ces personnes tombe, morte, sur le toit du taxi pendant que Vincent est allé le voir. Vincent, qui se révèle en fait être un tueur à gages, décide alors de se servir de Max comme chauffeur tout au long de sa tournée.

Il fallut attendre huit longues années avant de voir Michael Mann revenir à son genre de prédilection, le polar, avec ce Collateral. Heat représentait une forme d’aboutissement absolu pour Mann qui venait conclure les avancées du Solitaire, du Sixième Sens et de la série Deux flics à Miami dont il produisit les trois premières saisons. Dans ces trois œuvres, Mann réinventait le polar avec une touche qui n’appartenait qu’à lui : stylisation visuelle maniaque dans l’art de capturer les pulsations urbaine, immersion par un sens de l’atmosphère hypnotique et aérien au service de récits d’une puissance dramatique brillante. Ces facettes transcendant totalement des archétypes de récits policier se peaufineront entre la fulgurance du Solitaire, l’envoûtant Sixième Sens et bien sûr Heat où ce qui n’est finalement qu’une traque entre gendarme et voleur prend des dimensions épique et émotionnelles insoupçonnées.

Après Heat, Mann comprend bien qu’il est allé au bout de cette logique et s’éloigne du polar pour le biopic Ali et le film à thèse Révélations. Lorsqu’il décide revenir au genre avec Collateral, c’est pour faire sa révolution. Le réalisateur adopte pour le film un nouveau type de caméra vidéo numérique (la Thomson Grass Valley Viper Film Stream pour les férus de technique) afin de saisir avec la plus grande vérité possible l’atmosphère nocturne courant tout au long du film. Alors que d’habitude les polars de Mann tirent des pitch conventionnels vers une emphase visuelle et dramatique toujours plus grande, Collateral fait exactement l’inverse. Unité de temps et de lieu où l’on suit deux uniques personnages et enjeux se résumant (en apparence) à la survie d’un malheureux chauffeur de taxi (Jamie Foxx) pris en otage par un tueur à gage le forçant à l’accompagner pour une tournée de cinq meurtres.

Le parti pris est payant dès la scène d’ouverture montrant le début de tournée du taxi Max (Jamie Foxx) avec son mélange d’élégance typiquement Mannienne (les plans aériens sur la circulation) et un sentiment d’immédiateté, de prise sur le vif amené par la caméra fluide et le montage percutant sur une bande-son parfaite. Tout le film ne cessera de pousser plus loin la note d’intention de ce début, l’intensité dramatique en plus avec d’éblouissantes séquences virtuose comme le gunfight dans la boîte de nuit ou cette instant de poésie suspendue voyant les héros croiser des loups en plein LA. Fort heureusement, cette rénovation visuelle se fait (et c’est toute la différence avec le récent Drive qui singe très bien Mann mais sans en véhiculer l’humanité) au service des personnages, typique de son auteur.

Une étrange relation s’instaure ainsi progressivement entre le tueur et le chauffeur. Vincent, tueur implacable et glacial est l’exact opposé de l’indécis Max qui végète sans oser se lancer dans le projet professionnel auquel il aspire (si ce n’est sous la forme du fantasme avec cette carte postal le rapprochant de James Caan dans Le Solitaire qui affichait aussi son idéal dans un collage papier). Hormis sa profession criminelle, Vincent symbolise tout ce à quoi Max aspire par son charisme, son autorité et sa détermination.

Pourtant au fil de la nuit le rapport s’inverse et l’on est plus sûr de qui doit envier l’autre. Vincent face à ce qu’on devine être son échange le plus intime avec autrui depuis des lustres voit sa volonté vaciller face à ce que Max révèle chez lui. Ce n’est qu’une coquille vide et sans affect n’existant que dans sa fonction meurtrière finalement guère éloignée d’un Terminator. Tom Cruise est formidable dans le rôle, masque froid à la gestuelle robotique savamment étudiée au départ avant que la belle mécanique se dérègle au fil de la nuit.

Mann l’abîme progressivement, la posture et le physique impeccable se dégradant peu à peu tandis que Cruise dévoile peu à peu ses failles au détour de dialogues (l’histoire sur sa famille révélant une douleur plus profonde) et de comportement (il aurait pu plusieurs fois tuer Max et prendre un autre taxi et au contraire va même lui sauver la vie) lui faisant perdre son côté monolithique. Vincent est un héros typique de Mann, professionnel parfait qui se fragilise en s’humanisant comme De Niro dans Heat ou Caan dans Le Solitaire. Jamie Foxx est très bon également mais son personnage a moins de portée.

Passionnant sur le fond comme la forme, on regrettera juste un final un peu trop conventionnel et cédant à certaines facilités pour lier différents élément de son script même si Mann manie un ébouriffant suspense durant les vingt dernières minutes (la traque dans l’immeuble, la poursuite dans le métro). Il poussera les expérimentations de Collateral plus loin encore dans le formidable Miami Vice mais s’y perdra aussi dans son seul film décevant à ce jour Public Enemies. Quoiqu’il en soit, Collateral demeure un jalon majeur de l’immense filmographie de Michael Mann.

Sorti en dvd zone 2 chez Paramount



La belle et riche de sens apparition du loup dans la nuit de LA

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