Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 11 juin 2026

Black Christmas - Bob Clark (1974)

 Des jeunes femmes faisant parties d'une confrérie universitaire passent les vacances de Noël ensemble. Le groupe reçoit d'étranges appels téléphoniques, les jeunes femmes, qui semblent au départ s'en amuser, ne se doutent pas une seconde que les appels sont passés de l'intérieur de la maison...

Black Christmas est une œuvre considérée comme fondatrice du genre slasher, bien que restée dans l’ombre du célèbre Halloween de John Carpenter (1978) pourtant réalisé quatre ans plus tard. On peut d’ailleurs considérer que le film de Bob Clark a sans doute influencé John Carpenter qui en reprend certaines idées comme la caméra en vue subjective du tueur, les jeunes filles pour cible, le cadre d’une fête traditionnelle comme théâtre des meurtres. On peut d’ailleurs étendre cette influence sur des titres plus tardifs mais tout aussi fameux comme Scream de Wes Craven (1996) qui de son côté reprend le harcèlement téléphonique du tueur auprès de ses futures victimes.

Les gimmicks les plus repris d’Halloween sont aussi les plus visibles : le tueur masqué, les meurtres à l’arme blanche, la dimension « moralisatrice » voyant la final girl être la jeune fille chaste alors que les plus « dévergondées » être les premières cibles. Carpenter s’est toujours défendu d’une intentionnalité inquisitrice, mais il est intéressant de voir la manière dont cette question morale est interprétée dans Black Christmas. Le film s’ouvre sur les festivités de noël organisées au sein d’une sororité universitaire, voyant les jeunes femmes flirter, s’adonner à un langage cru et c’est paradoxalement celle moquée pour son tempérament plus sage, Clare (Lynne Griffin) qui sera la première victime. 

Tout le récit tourne autour de cette dualité. Le père de Clare, vieux jeux, se montrera outré par les mœurs qu’il observe au sein de la sororité. Barb (Margot Kidder), la plus audacieuse du groupe, est en défiance explicite de l’autorité des adultes et plus particulièrement des figures masculines, que ce soit quand elle va invectiver l’harceleur téléphonique ou narguer un agent de police. L’incertitude et le conflit générationnel en cours à ce moment social des Etats-Unis se reflète donc dans Black Christmas, d’autant que Bob Clark avait mis un point d’honneur dans sa caractérisation à dépeindre une jeunesse réaliste dans ses attitudes.

Bob Clark travaille cet entre-deux moral des héroïnes à plusieurs niveau. Le tueur pénètre dans la maison le soir de réveillon comme une version dévoyée et maléfique du père noël en passant par la cheminée. Jessica (Olivia Hussey) va entrer en conflit avec son petit ami Peter (Keir Dullea) lorsqu’elle lui annoncera vouloir avorter de l’enfant qu’elle attend de lui, et la réaction épidermique de ce dernier quant à cette décision reflète une pensée passéiste. Dans cette idée, quand Carpenter matérialisera la figure du Mal à travers Michael Myers, Bob Clark maintient son tueur invisible comme une sorte de mauvaise conscience culpabilisant les jeunes femmes lors de ses élucubrations téléphoniques. 

Le mal ici est flottant, incertain, surgit comme de l’inconscient et suscite d’ailleurs le trouble par une dimension macabre, malsaine. La nature des meurtres est punitive dans cette facette morale telle Margo Kidder assassinée comme dans une scène érotique, les râles de douleur se confondant avec ceux de plaisir tandis que la pointe s’enfonce dans sa chair. Elle punit aussi l’individualisme et l’ambition féminine se détachant de l’injonction domestique avec Jessica comme dernière cible mais, comme évoqué plus haut, l’innocence et la candeur ne paient pas davantage pour rester en vie.

Halloween de John Carpenter est bien plus inventif et novateur par sa mise en scène et l’atmosphère installée, tandis que Black Christmas semble davantage un aboutissement de toutes les évolutions du thriller des années précédentes. On a une figure de serial-killer moderne façon Hitchcock de Psychose (1960), le whodunit macabre et fétichiste du giallo, le harcèlement téléphonique finalement déjà fait aussi dans le thriller Allô Brigade Spéciale de Blake Edwards (1962). La fascinante fin ouverte participe ainsi au trouble d’un suspense à la croisée des chemins et contribue à la belle réussite de ce Black Christmas.

Sorti en bluray chez ESC 

5 commentaires:

  1. Alors la ouais, bravo Justin !! Alors même si je n'ai pas lu ta critique (hum), ce sera court, j'aime beaucoup ce film, je ne savais pas qu'il avait initié le genre "slasher", d'ailleurs quand je l'ai découvert je ne l'ai pas spécialement relié à un genre, j'ai découvert "Halloween" + tard je crois et ce n'est pas mon film préféré de Big John". Voilù, j'ai essayé du coup de retrouver le dvd de ce "Noël Noir" dans ma montagne branlante de films empilés en risque d'écroulement total, une tentative, pas trouvé, j'arrête, il fait trop chaud....Je vais plutôt lire ta chronique, au risque de vouloir entamer une nouvelle recherche, ha,ha.

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    1. Les piles branlantes qui menaçent de nous noyer, on en est tous là ! Mais sinon oui oui il y a quelques gimmick qui annoncent le slasher même si le film trouve sa propre voie en dehors de cet aspect.

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    2. Yo je l'ai retrouvé (en bluray s.v.p), avec deux autres film de Clark:; "Le Mort-vivant/Dead of Night" où un jeune homme revient chez ses parents alors qu'il est considéré comme mort durant la guerre du Vietnam, il a vraiment été tué, d'où le titre et va avoir un comportement graduellement monstrueux. Très symbolique je trouve de ce massacre de jeunes américains "engagés". Et puis j'ai vu que j'avais aussi " Children should'nt play with dead things" qui est une série Z pur jus dans ma mémoire et teintée d'humour. Bon, j'ai bien fait de risquer l'écroulement total car, en plus, c'est le genre de films que j'aurais plaisir à revoir en cette période de canicule caniculaire. Merci Justin, c'est rafraichissant.

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    3. Un Bob Clark que je recommande vivement aussi si tu ne l'as pas vu c'est "Meurtre par décret", thriller victorien sur l'affaire Jack l'eventreur c'est très bon j'en parlai ici https://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.com/2019/11/meurtre-par-decret-murder-by-decree-bob.html

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    4. Ah oui, je l'ai aussi, dans la section "Sherlock Holmes", dvd zoné 1, mais je ne l'avais pas trop apprécié (malgré J.Mason en Watson) car déjà je n'aime pas spécialement le personnage de Conan Doyle, ou alors dans des films déviants comme "The 7% Solution"/"S.Holmes attaque l'Orient Express" où Watson (R.Duvall) le ruse (le grand N.Wiliamson) pour qu'il rencontre S.Freud et cesse son addiction à la cocaïne, et se classe en film d'action avec un humour non négligeable.

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