Dans une petite ville de Georgie, Annie Wilson a le don de pouvoir lire l'avenir des gens dans les cartes. Lorsque Jessica King, une fille de la haute bourgeoisie disparaît, la police se retrouve sans aucune piste. Jusqu'à ce qu'Annie dise avoir "vu" ce qui s'est passé...
Intuitions s’inscrit dans une période intermédiaire de la filmographie de Sam Raimi. Il a vécu une expérience mitigée lors de la production de Evil Dead 3 : L’Armée des ténèbres (1993) ce dont témoignent les multiples montages disponibles du film, et fut victime d’un four critique et public sur le western Mort ou vif (1995). Raimi a ainsi expérimenté l’interventionnisme de ses producteurs sur un budget plus élevé sur Evil Dead 3, et ressenti le rejet en appliquant son style outrancier sur un style plus « noble » que l’horreur.
Cela va entraîner une remise en question dont le résultat sera Un Plan simple (1998) drame et polar hivernal sobre où pour une fois c’est lui qui va puiser l’inspiration chez ses amis les frères Coen (alors que l’inverse était plus vrai sur des titres comme Arizona Junior (1987), certaines atmosphères de Blood Simple (1984) et la folie de Le Grand saut (1994)). Le sportif Pour l’amour du jeu (1999) va le familiariser au louvoiement nécessaire quand on travaille pour un studio et, fort de cette remise en question c’est par le filtre de cette sobriété nouvelle que Raimi peut revenir au fantastique avec Intuitions. Le surnaturel ne sert d’ailleurs ici que de révélateur aux maux profonds de ce monde provincial que Raimi prend un long moment à dépeindre. Annie (Cate Blanchett), dans ses prédictions, mais ces interlocuteurs en face de qu’ils savent déjà sans vouloir l’admettre ou s’en défaire. Ici une femme (Hilary Swank) battue par son époux (impressionnant Keanu Reeves), là un homme brisé par les abus de son père (Giovani Ribisi), tous sont conscients, à des degrés divers, de ce qui les ronge. Cela s’étend des individus à l’ensemble de la communauté lorsque la fille volage d’un notable disparait puis est retrouvée assassinée. Raimi élague son style outrancier et ostentatoire sans l’effacer pour autant durant les scènes de visions d’Annie. Les mouvements de caméra aériens agressifs d’Evil Dead trouvent ici un pendant plus flottant pour accompagner l’inconscient de l’héroïne recherchant des indices, et installant une inquiétante atmosphère southern Gothic. Même les panoramiques heurtés de la scène où Keanu Reeves revient brutalement chercher son épouse chez la médium trahissent l’ancien Sam Raimi. L’étude de caractères prend le pas sur la seule expérience sensorielle dans l’approche de Raimi, les détours du film par d’autres sous-genre du cinéma américain comme le film de procès en témoigne. Il ne s’agit en aucun point d’une régression cependant, puisque cet équilibre servira la saga Spider-Man, les deux premiers volets étant les mieux équilibrés de la carrière du réalisateur entre cette veine sensible et le plaisir d’en mettre plein la vue. Cela fonctionne bien ici dans une caractérisation où l’ensemble des personnages se montrent, à échelle diverses, faillibles car marqués par des drames passés. Même le détestable redneck incarné par Keanu Reeves sera victime du système, dans un déterminisme inhérent à ce contexte social sans perspectives qui enferme chacun des protagonistes, Giovan Ribisi en tête. Le talent de narrateur de Raimi fait mouche sur ce point puisque c’est la figure la plus propre sur elle qui va en définitive exposer ses démons de manière fatale dans un rebondissement ravivant un whodunit dont on avait presque oublié l’argument. Le fantastique jusqu’ici diffus se déploie dans une touchante conclusion. Le script coécrit par Billy Bob Thornton fait transpirer l’authenticité du contexte (le personnage de Cate Blanchett étant inspiré de sa propre mère) et l’on trouve des réminiscences de son propre travail sur Sling Blade (1997), film qui lui fit accéder à la gloire. Raimi capture tout cela en y apportant sobrement sa propre patte dans ce qui est une œuvre de transition avant le triomphe des Spider-Man.Sorti en bluray français chez L'Atelier d'images





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