Ho, truand repenti, aspire désormais à une vie paisible. Mais son passé est sur le point de le rattraper : la police a décidé de l'utiliser comme indic pour démanteler un réseau de faux-monnayeurs. Bien malgré lui, Ho est entraîné dans un incroyable bain de sang à mi-chemin entre Hong Kong et New York où il vient à croiser le frère jumeau de son ancien associé !
Le Syndicat du crime (1986) fut une œuvre où toutes les étoiles s’étaient alignées, tant dans sa conception en coulisse que par son miraculeux résultat à l’écran. Bien que mû comme toute productions cinématographiques d’envergure d’une ambition commerciale, Le Syndicat du crime constituait avant tout un acte de foi de Tsui Hark envers son ami John Woo en lui offrant l’écrin inespéré au sein duquel son talent allait enfin s’épanouir. Woo allait transcender le « cadeau » en livrant un polar chargé de rage et d’émotion qui révolutionnerait l’industrie du cinéma hongkongais. Le Syndicat du crime 2 est malheureusement animé de bien moins nobles ambitions. Le triomphe du premier volet à Hong Kong, en Asie et les frémissements à l’international, éveillent naturellement l’appât du gain des producteurs qui réclament une suite. Celle-ci mettra deux ans à voir le jour (une éternité à l’échelle de la réactivité de l’industrie hongkongaise) alors que les décalques pullulent sur les écrans.
Les raisons de cette lenteur au démarrage viennent notamment de la réticence de John Woo qui estime avoir tout dit et trouve que la conclusion du film empêche tout prolongement. C’est notamment à cause de la mort du personnage de Mark, tant la prestation de Chow Yun-fat avait volé le film pour ce qui n’était sur le papier qu’un rôle secondaire. Woo va ainsi proposer de faire une préquelle, en partie inspirée de sa jeunesse, permettant de retrouver les héros des années plus tôt avec un casting rajeuni. L’idée sera rejetée par les producteurs (mais revisitée par John Woo dans Une balle dans la tête (1990)) qui n’ont qu’une idée en tête, faire revenir Chow Yun-fat entretemps devenu superstar. L’idée abracadabrantesque du frère jumeau va ainsi permettre le retour de l’acteur, ce motif mercantile se télescopant à la volonté de raviver les valeurs d’amitiés ayant guidées Le Syndicat du crime. Dean Shek, un des dirigeants de Cinema City (une des compagnies ayant produit Le Syndicat du crime) et grand ami de Tsui Hark et John Woo, traverse à l’époque une profonde dépression qui l’amène à s’exiler un temps aux Etats-Unis. Woo et Hark décident de le ramener à Hong Kong et d’orienter le script du Syndicat du crime 2 autour de cette question de la dépression, de l’amitié et la renaissance à travers le personnage de Lung que Dean Shek (à l’origine acteur) va interpréter dans le film. Les intentions nobles et mercantiles du projet vont donc se télescoper pour donner un résultat fort discutable. C’est paradoxalement dans ce film bancal que va réellement naître le John Woo esthète et virtuose admiré de tous. The Killer (1989), Une balle dans la tête et surtout A toute épreuve sont des films qui seront entièrement façonnés autour des morceaux de bravoures dantesques filmés par John Woo quand Le Syndicat du crime reposait sur une construction dramatique classique. La méthode sera réellement sublimée dans les films suivants, limpide dans leur logique interne, mais les volontés contraires du Syndicat du crime 2 l’empêchent d’atteindre cet équilibre. L’intrigue américaine semble greffée au forceps pour faire apparaître Ken (Chow Yun-fat) frère jumeau du défunt Mark. Des circonvolutions scénaristiques laborieuses vont former un prétexte à le réunir avec Kit (Leslie Cheung) et Ho (Ti Leung), la fratrie du premier volet, et Lung (Dean Shek) nouveau venu trahi, endeuillé et sombrant dans le désespoir. Le personnage de Leslie Cheung est le grand sacrifié (dans tous les sens du termes) du récit, peinant à exister dans la confusion des sous-intrigues malgré le charisme intact de l’acteur. Lung est une figure tragique intéressante et touchante par moments, par sa déchéance tragique et son progressif retour à la vie. Bien que leur interaction soit piteusement amorcée par le scénario, l’émotion fonctionne dans l’abnégation de Ken à faire renaître Lung de ses cendres. Dans sa volonté conjointe de réminiscence et de différence de Ken et Mark dans les deux films, Le Syndicat du crime 2 force Chow Yun-fat à une prestation plus caricaturale où il ne garde que les motifs « cools » qui n’existaient pourtant que dans la première partie du premier volet. La cohérence est donc aux abonnés absents, mais John Woo parvient à relier les fils dramatiques et à faire exister l’émotion dans l’action. La séquence durant laquelle Ken prend les armes pour faire face à ses agresseurs est un grand moment fonctionnant sur la maestria de Woo, mais aussi par l’éveil progressif de Lung forcé de surmonter ses traumas pour sauver son ami. Le sommet est cependant atteint lors du climax final, vrai prétexte à la raison d’être du film et durant lequel John Woo donne tout. D’un côté nous suivons la progression au forceps, à coup de ralenti, cascades et balles illimitées de Ho et Lung assoiffé de vengeance, et de l’autre on savoure un Ken endossant les habits de Mark décimant les assaillants avec décontraction à coups de bons mots. Les lignes dramatiques ne s’étant jamais vraiment rejointes durant le film y parviennent dans ce chaos démesuré où Woo multiplie les séquences jubilatoires. Voir Ti Lung empoigner un sabre pour achever un ennemi ravive tout le souvenir de son glorieux passé chevaleresque chez Chang Cheh et Chu Yuan, tandis que la noblesse du duel au revolver entre Ken et un tueur réinstalle justement les codes du wu xia pian au cœur du film d’action moderne. Si ce final grandiose ne rattrape pas les errances du film, il en justifie en tout cas la vision, tant il annonce de meilleurs lendemains pour la filmographie de John Woo.Sorti en bluray français chez Metropolitan






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