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dimanche 31 janvier 2021

À des millions de kilomètres de la Terre - 20 Million Miles to Earth, Nathan Juran (1957)

De retour sur Terre au terme d'une expédition spatiale sur Vénus, une fusée sombre au large des côtes italiennes. À son bord, deux survivants et un cocon qui, bientôt, libère le Ymir, un alien dont la vitesse de croissance défie l'entendement et constitue une menace pour les populations...

À des millions de kilomètres de la Terre est le troisième film de la collaboration Charles Schneer/Ray Harryhausen et en quelque sorte leur dernière production « d’apprentissage » avant de façonner un imaginaire qui leur est propre avec Le Septième Voyage de Sinbad (1958) de Nathan Juran qui suivra – c’est d’ailleurs la première collaboration avec Juran dont le savoir-faire apportera une vraie plus -value par rapport aux faiseurs habituels. Le point de départ du film naît d’une idée de créature de Harryhausen, qu’il appelle Ymir et imagine d’origine nordique.

Après avoir brodé une trame avec la scénariste Charlotte Knight, le postulat croisant science-fiction et film de monstre (soit les genres des deux premières productions Le Monstre vient de la Mer (1955) et Les Soucoupes volantes attaquent (1956)) s’amorce donc. Il s’agit de loin du meilleur film de Harryhausen/Schneer à ce stade, notamment car il fait d’un des défauts récurrents de ces premiers temps un atout. On y retrouve souvent  des acteurs de seconds plans dans des intrigues humaines poussives servant de remplissage entre deux morceaux de bravoure en stop-motion. À des millions de kilomètres de la Terre ne déroge pas à la règle avec ses tunnels de dialogues, ses personnages prétextes et sa romance téléphonée. Mais l’intérêt ici est d’opposer à ses protagonistes neutres et interchangeable la figure de la créature qui véhicule toute les émotions du récit. 

Dès la magnifique scène d’éveil du monstre, sa fragilité et sa stupeur s’oppose à la peur et violence des humains qui l’enferment. Il est d’ailleurs amusant de constater que trente ans plus tard dans une production Amblin à la E.T. (1982), l’intrigue aurait privilégié l’interaction avec le petit garçon découvrant le spécimen alors qu’ici c’est la traque et la crainte de « l’autre » qui prime. Le design et l’animation d’Harryhausen joue grandement pour l’empathie envers Ymir (qui perdra ce paronyme dans le film par crainte d’association avec le terme oriental Emir). Il allie une morphologie humanoïde bipède avec une texture de peau et queue de lézard tandis que son visage évoque le dinosaure. Harryhausen fait passer une incroyable expressivité par le langage corporel de l’alien, sa démarche gauche et imposante, et les efforts simple et imperceptibles pour montrer sa respiration ou ses clignements d’yeux contribuent à cet attachement. Dans le récit chaque réaction de la créature répond à une agression non provoquée et l’ensemble des éléments précédemment évoqué traduit la détresse sa détresse et incompréhension dans cet environnement inconnu et hostile. Cela prend bien sûr des proportions de plus en plus spectaculaires au fil de la taille changeante du monstre, mais là encore cette mue au lieu de le rendre plus menaçant au contraire l’expose et le rend plus vulnérable aux instincts humains belliqueux.

La scène de la grange où il est attaqué par un chien fait d’un aléa technique (l’animation stop-motion du chien ne fonctionnant pas) le vrai reflet, tragique et poétique, de cette incompréhension en montrant l’affrontement sous forme d’ombres. Tout en payant son tribut au King Kong animé par son mentor Willis O’Brien, Harryhausen orchestre des morceaux de bravoures impressionnants et originaux. L’affrontement entre l’alien et un éléphant illustre le génie de fidélité morphologique de l’animateur où la lourdeur, la puissance et l’impact des combattants se ressentent physiquement. 

Le travail sur les incrustations est bien plus fluide que dans les précédents films (y compris la version couleur qui trahissait bien plus les trucages visuels) et le climax dans le Colisée est un moment aussi tragique qu’épique pour notre créature. Harryhausen rappelle avec malice dans les bonus du dvd une remarque du réalisateur Eugène Lourié avec lequel il travailla sur Le Monstre des Temps Perdus (1953) qui disait qu’il faisait mourir ses monstres comme dans des tragédies d’opéra. C’est tout à fait vrai ici avec une créature qui annoncent les grandes créations à venir tel le cyclope de Le Septième voyage de Sinbad. On dépasse enfin la simple démo technique pour atteindre l’équilibre ténu entre émerveillement et émotion. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Sidonis

 

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