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mardi 19 janvier 2021

Un été chez grand-père - Dong dong de jiàqi, Hou Hsiao-hsien (1984)


 Tung-tung et sa petite sœur Ting-ting partent pour quelques semaines chez leur grand-père, leur mère étant très malade. À travers les vacances des enfants, lumineuses et gaies, à travers leurs jeux anodins, la mort et des drames insoupçonnés jaillissent dans le monde des adultes.

Un été chez grand-père poursuit le virage personnel et autobiographique entamé par Hou Hsiao-hsien avec Les Garçons de Fengkuei (1983). Après avoir dépeint sa jeunesse délinquante dans le film précédent, ce sont cette fois les souvenirs de sa scénariste Chu Tien-wen qui vont servir de base à Un été chez grand père. Au premier abord on pense retrouver l'imagerie pastorale idéalisée et naïve de ses premiers films comme Green Green the Grass of Home (1982), mais cet aspect va finalement se mélanger au traitement aride de cette campagne expérimenté sur Les Garçons de Fengkuei

On est ici plus proche d'une variation taïwanaise de Du Silence et des ombres de Robert Mulligan (1962). En effet, l'échappée de Tun-tung (Chi-Kuang Wang) et sa petite sœur Tin-ting (Shu-Chen Li) et leur découverte a déjà des prémices douloureux puisqu'ils partent en vacances chez leur grands-parents le temps leur mère malade subisse une opération. Cette peur de la perte et l'ombre de la mort plane sur l'ensemble du récit (et anticipe Mon voisin Totoro d'Hayao Miyazaki au point de départ proche et tout aussi autobiographique), où cette campagne est autant un vaste terrain de jeu que le cadre d'un difficile apprentissage des maux adultes. 

La candeur du monde de l'enfance trouve tout au long du récit son contrepoint (pas forcément négatif) rattaché au monde des adultes. On le comprend dès la scène anodine où Tung-tung tente de chasser sa petite soeur alors qu'il se baigne nu avec ses camarades. L'indifférence de la fillette trahit son innocence intacte quand la préoccupation de son aîné exprime déjà une pudeur (et un machisme feutré) plus mature. La vengeance espiègle de Ting-ting est d'ailleurs contrebalancée par une angoisse morbide (mais sans conséquence) lorsqu'un camarade s'égarera nu et sera cherché par sa mère. Le fil rouge de la voix-off épistolaire de Tung-tung écrivant à ses parents marque aussi la bascule et le changement de ton du film au fur et à mesure des expériences de l'enfant. Sans trame principale, l'intrigue propose une suite de vignettes où de plus en plus la carte postale rurale se verra noircie par différents évènements observé à hauteur d'enfant, mais surtout à distance et dans l'incompréhension à travers la mise en scène de Hou Hsiao-hsien.

C'est d'abord la violence du monde extérieur qui s'impose aux enfants lorsqu'ils sont témoins d'un vol, mais cela s'exprimera surtout par la figure de "la folle du village", une femme-enfant attardée rôdant sans but. Elle passe de bête curieuse et moquée à victime lorsque Tung-tung verra sans le comprendre le viol dont elle est victime, à travers ce travail sur la violence en sortie de champs typique de Hou Hsiao-hsien. Les préjugés s'estompent quand elle sauvera Ting-ting et où par un simple panoramique Tung-tung comprend que "la folle" ramène en fait sa soeur chez eux. Cette évolution des enfants s'oppose à la position tranchée des adultes qui ne voit dans la jeune femme qu'un fardeau ou une proie, et où cette vulnérabilité accentue le modèle familial oppressant (le père regrettant la perte de l'enfant issu du viol, pensant que la maternité apportera l'équilibre à sa fille). 

L'autre découverte sera celle de la fragilité de la cellule familiale. Le grand-père s'avère au départ sévère et intimidant, mais constitue en fait un socle de droiture au sein de la famille et de la communauté par sa fonction de médecin. Ces réactions à vif prêtent à rire (son arrivée tonitruante alors que Tung-tung et Ting-ting chahutent, sa réaction violente face au déshonneur de son fils) mais se révèleront justifiées, tandis que dans la vraie tourmente il s'avère stoïque et rassurant (les nouvelles alarmantes de la santé de la mère, le séjour en prison de l'oncle). Hou Hsiao-hsien travaille de nouveau cette notion de proximité et de distance pour traduire l'assimilation de la logique et droiture du grand-père par les enfants. Tung-tung regarde son oncle banni en plongée depuis l'extérieur de la maison, un peu plus tôt cet oncle est pourchassé par le grand-père furieux et sa silhouette disparait et se fait plus floue dans le cadre. 

La confrontation directe sert le désenchantement quand Tung-tung tombe nez à nez avec les voleurs chez son oncle, ou quand Ting-ting voit la jeune attardée s'effondrer devant elle. Cette alternance entre esthétique douce et péripéties douloureuse donne un ton assez unique au film, ni parenthèse enchantée, ni retour au réel, c'est un entre-deux ténu et touchant. L'interprétation des enfants y est pour beaucoup, la relation fraternelle à cet âge-là est merveilleusement spontanée, et la dernière partie où Ting-ting reste au chevet de son amie inconsciente fera fondre le plus insensible. Tout cela se fait par la grâce d'une tonalité feutrée qui fait de l'ensemble du film un épisode contrasté à l'image de l'enfance, où tout se vit dans l'instant sans que la nostalgie sous-jacente des premiers films n’ait sa place.

Sorti en dvd taïwanais

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